« Les couilles sur la table », le livre de Victoire Tuaillon : enfin un vrai guide pour les hommes et sur les hommes à la lumière du féminisme !

J’ai commenté jadis quelques « guides sur le féminisme » expliqué aux hommes. Ici c’est autre chose. C’est bien plus : interpeller les hommes à partir du féminisme, aller les chercher dans leur confort et leur dire : « on est pas homme, on le devient » et on peut donc le devenir autrement. C’est bien le projet de « Les couilles sur la table », paru chez Binge Audio, Paris, octobre 2019, 18 € seulement.

Et je me rends compte que j’ai négligé de parler de l’émission de radio en postcast développée depuis plus de deux ans par Victoire Tuaillon ! Cette émission qui offre tous les quinze jours une interview sur un aspect du masculin vu à la lumière du féminisme, auprès de personnes compétentes et pertinentes sur le sujet, est vraiment excellente ! Non seulement elle est pionnière, elle est aussi culottée que son titre « Les couilles sur la table », elle est instructive et elle donne à réfléchir. Grande qualité des interviews. Tous les quinze jours, c’est beaucoup. Elle en est au 64e épisode. Elle a 500.000 auditeurs par mois. Un travail courageux, et indispensable. Trouvez-le ici !

C’est donc une vraie négligence de ma part. Et que je m’explique mal…Et j’ai répété cette négligence avec ce livre ! Un vrai déni ! Décidément, il va falloir expliquer.

Victoire Tuaillon a lancé une souscription au printemps 2019. Voulant s’assurer d’avoir 2000 souscripteurs avant de se mettre au travail (pour pouvoir assumer l’édition sous le label de la boîte à postcast Binge Audio, qui accueille l’émission, elle en a récolté bien plus : 4200 !. J’ai donc reçu mon livre à l’automne. Et, pris par une autre lecture très dense (1200 pages austères , livre en prêt), j’ai laissé le livre traîner sur une pile. Je ne l’ai ouvert qu’en fin février, et j’ai un peu perdu la tête avec l’arrivée du confinement au moment de la fin de la lecture. Le confinement fut pour moi long et pénible pour diverses circonstances. Ma plume était plutôt en panne (un seul billet de blog sur quatre mois).

Voilà qui explique un peu le retard… mais pas le déni de deux ans ! Le déni, c’est sans doute une méfiance masculine qui ne veut pas reconnaître l’oeuvre convaincante, qui attend l’erreur ou le pas de trop d’une femme, ou encore qui espère le succès d’un homme qui « ferait mieux ». Déni inexcusable.

Or j’ai pu découvrir que ce livre a connu un important succès de librairie (elle parle de 40,000 exemplaires vendus) autant que… un insuccès médiatique : on trouve très peu de références sur le web, aucune critique développée dans les médias classiques. Quelques avis très brefs de lecteurs sur Babelio ou sur les sites de vente (Fnac, etc.). (petite recherche de presse en fin de billet, pour aller plus loin). Je pourrais citer aussi les blogs de quelques amis militants pour le féminisme et dont je ne m’explique pas le silence.

Victoire Tuaillon a donc voulu présenter une synthèse de son travail. Et par là expliciter sa démarche :

« … Ce n’est pas un point de vue personnel sur le masculin que j’aurais tiré d’observations plus ou moins inspirées de mon entourage proche. Ce livre est une tentative de synthèse des centaines de travaux – articles, thèses, essais, documentaires – concernant la masculinité, les hommes et la virilité, que j’ai eu la chance de lire dans le cadre de mon travail. » (p.9).

« S’intéresser aux masculinités, retourner le regard, c’est donc aussi remettre en question notre économie, nos institutions politiques, judiciaires, médicales, autrement dit, nos structures de pouvoir. Je crois que le féminisme n’est pas une guerre contre les hommes, mais une lutte contre ces structures qui permettent à la domination masculine de perdurer » (p.13).

Et trois grandes questions sont au centre du livre, explique-t-elle en introduction : le sens de la violence des hommes ; les stéréotypes et les injonctions viriles ; enfin la logique de domination (de genre, de classe, de « race », d’age et de sexualité) de certains hommes sur d’autres hommes.

Je ne vais pas répéter le contenu du livre (lisez-le!) de Victoire Tuaillon qui s’appuie sur des citations et références aux interviews qu’elle a travaillés et aux livres qu’elle a lus. Tache impossible : il y a une quarantaine de sections, comportant des encadrés, et une dizaine de « focus » (extraits de textes mis en évidence). Oui, le livre est très riche en idées diverses.

Au bout de la lecture, j’ai ressenti pourtant une certaine frustration. J’avais un vague souvenir de beaucoup de ses poscasts. Et au fil de mon travail de blog, j’ai aussi certaines idées divergentes avec les textes proposés… Comment expliquer ce désenchantement ?

En fait, à la réflexion, par un esprit de compétition très masculin ! Il « faudrait » rajouter telle référence ici ou discuter telle autre idée… Je ne suis pas astreint à additionner tant de ses bonnes idées et explications aux miennes, mais me suis restreint à soustraire dans une approche négative (inconsciente, malgré l’attente positive?). Il est d’ailleurs frappant de constater que je n’ai pris aucune note (ce que je fais d’habitude pour nourrir ma distance critique, pour travailler avec l’auteur et ressentir son cheminement à travers ses mots, parfois derrière la structure donnée à voir). (En fait, je viens de retrouver une ou deux objections notées à la fin de la lecture !) Je suis surtout sorti de la lecture début mars avec une motivation compétitive : écrire ce texte de livre que je construis dans ma tête et dans des notes depuis longtemps, mais dont la rédaction me fait sans doute peur. Bref, j’ai écris trois pages… et la panique de la pandémie m’a saisi et tétanisé pour longtemps. Tant que je n’aurai pas trouvé une posture modeste (non compétitive), je n’y arriverai pas.

Donc, lisez ce livre, nourrissez-vous de lui, et n’écoutez pas ceux qui font la fine bouche… comme moi. D’ailleurs, pour ma « pénitence » (sic), plutôt mon devoir d’éducation contre le déni et la compétition, je vais lire « King Kong théorie », de Virginie Despentes, que nous recommande Victoire Tuaillon (et qu’elle a longuement interviewée dans le postcast).

*****

Quelques liens trouvés dans la presse :

Bref pas grand-chose, pour un livre qui a connu une très bonne vente et de nombreux souscripteurs !

En cherchant alors sur les blogs, j’ai trouvé le témoignage d’une québecoise, https://delphinefolliet.com/2020/03/15/les-couilles-sur-la-table-par-victoire-tuaillon-dissection-des-masculinites/ et aussi d’un magazine de jeunes journalistes, https://maze.fr/2019/11/les-couilles-sur-la-table-de-victoire-tuaillon-hommes-de-tous-les-pays-questionnez-vous/

Enfin j’ai trouvé une interviewe de l’auteur sur base du livre, juste avant sa publication : https://www.20minutes.fr/societe/2634183-20191025-feminisme-guerre-contre-hommes-contre-domination-masculine-selon-victoire-tuaillon

Donc, lisez-le !

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Violences, répression : deux remarques

Le confinement vous amène des infos qu’on ne suit pas toujours.

1.-

Dans un article belge sur les prisons, avec une belle infographie (sans quoi les pages seraient trop blanches…), je note que les prisons belges abritent « 10.825 détenus, dont 490 femmes ». Et donc 10.335 hommes, me dit ma calculatrice. Il y a des chiffres que, même avec beaucoup de place, il vaut mieux ne pas publier. Donc 4,52 % de femmes et 95,47 % d’hommes. (L’infographie divise les chiffres entre régions et est centré sur l’allègement de la détention, pour 1128 hommes, soit 11.1% d’eux, et 63 femmes, soit 12,28 parmi elles. (Encore mon calcul, à partir de chiffres globaux).

Ce n’est pas là à strictement parler un bon thermomètre de la violence des hommes et des femmes : c’est ceux que notre système judiciaire a décidé de tenir en détention. On sait que de nombreuses violences masculines envers les femmes ne débouchent pas sur une plainte et que, des plaintes pour faits graves, peu aboutissent à une condamnation à la prison. Et d’un autre point de vue, la violence des hommes envers les biens les amènent à prendre des risques et à encourir une répression policière plus attentive. Enfin il y a un biais de classe : les fraudeurs (la violence financière contre l’Etat) sont plus rarement mis en prison du fait des responsabilités sociales qu’ils exercent et du respect social dont ils bénéficient de la part des milieux judiciaires. Il y a même une compétence particulière développée pour léser le bien commun sans se faire prendre : l’ingénieurie « sociale et fiscale », évitant les impôts et les cotisations à la Sécurité sociale.

Il n’en reste pas moins que ces chiffres sont indicatifs d’une différence majeure entre comportement des hommes des femmes. Combattre l’autorité est une tendance sociale du groupe masculin (rappelons-nous cette étude qui montrait que les jeunes garçons affrontaient les sanctions scolaires comme valorisantes parmi eux) ; dominer et soumettre les femmes est une tendance sociale du groupe masculin, sous les formes de la conquête sexuelle, du mépris social et du défoulement violent contre les frustrations.

On en voit la confirmation durant cette épreuve du confinement : beaucoup plus d’appels aux lignes de secours contre les violences sexuelles ; davantage d’hommes désobéissant aux règles du confinement (10% des hommes contre 5 % de femmes, dont une surreprésentation de jeunes de 18/24 ans, dit un journal belge du jour, selon une enquête par sondage portant sur 40.000 personnes).

On peut mesurer combien d’activités sociales rituelles sont offertes aux hommes à titre de satisfaction collective, justement parce qu’ils sont en manque à ce sujet : le café, le stade et, bien sûr, le travail. Autant de frustrations qui ont marqué les hommes dans leur activité sociale leur offrant de la convivialité et de la reconnaissance de leur identité de mâle au sein du groupe.

(NB. Ici viennent dix lignes que je n’aurais pas du rédiger. C’est de la « mecsplication » de la situation des femmes. J’ai beau prendre une perspective anti-virile, anti-dominatrice, je suis quand même à parler à leur place ! Bon, j’ai pas le livre de Titou Lecoq sous la main, où j’aurais déniché la citation nécessaire. Dites-moi mon fait…).

Cela ne veut pas dire que les femmes ont une vie très différente ? Effectivement, elles ont aussi besoin de convivialité et de la reconnaissance. Mais elles sont forcées de satisfaire ces besoins en investissant… les tâches ménagères (et oui, en tirer une valorisation permet de subir cette exploitation avec moins de colère…), les relations à l’intérieur du foyer, et les relations entre femmes par des rencontres en faisant les achats, en fréquentant les écoles (jadis aussi les églises)… On dit que les femmes bavardent ? Sans doute parce le temps de rencontre leur est compté et le temps de solitude « devant l’évier » maximisé ! Nuance : de nombreuses femmes travaillent et c’est un progrès, et de nombreuses femmes ont toujours travaillé : dans le travail agricole, dans les fabriques et les services (La Repasseuse, de Zola). Elles connaissent donc cette socialisation et cette valorisation collective, mais pas trop : leurs salaires sont réduits par rapport à ceux de leurs collègues et accèdent plus difficilement aux places valorisantes ou de pouvoir. Remarquons aussi que les hommes ont des activités spécifiques de loisir collectif (sport, spectacle, café), bien moins répandu pour les femmes.

On constate qu’en prison également, les hommes réclament des compensations à leur frustration : les visites ont été interrompues, ce qui est un manque pour les familles autant que pour les prisonniers ; mais la circulation de la drogue l’a été également, ce qui crée une situation dangereuse, nous dit-on. Ce qui semble dire que les familles de prisonniers doivent se soucier de procurer de la drogue au détenu, en plus d’aliments. Donc que nombre de femmes doivent entrer dans la délinquance, en plus des difficultés financières de la situation pénitenciaire, pour compenser les frustrations.

Le système pénitenciaire comporte couramment des allègements de peine pour « bonne conduite », ce qui est aussi une forme de compensation et de gestion de la frustration, par cet espoir donné. Ce « tribunal »  a permis d’organiser des libérations « sous condition » (bracelet électronique de confinement) parmi les condamnés. Par contre, les personnes retenues pour la durée des enquêtes avant procès ont été beaucoup moins libérées. De sorte qu’on trouve des surpopulations fortes dans ces « maisons d’arrêt », alors que dans les « maisons de peine », on est à un niveau juste acceptable. La surpopulation comporte un risque grave de contamination, si le virus parvient à s’introduire dans la prison. Quand on songe que sont arrêtés préventivement de nombreux petits délinquants (qui ne seront pas davantage emprisonnés avec leur condamnation éventuelle), ou même simplement des sans papiers, ou réfugiés, c’est spécialement injuste.

Nuance traditionnelle pour finir, que les lecteurs attendaient (et qui ne surprendra pas les lectrices) : non, tous les hommes ne sont pas en prison ! Le taux apparent est d’un pour 1000 à peu près (La Belgique compte 11 millions d’habitants). Enfin, il est plus exactement de deux pour 1000 pour les hommes, et d’un pour 10.000 pour les femmes.

Donc, les hommes seraient-ils dans leur immense majorité non violents ?

Il est curieux de savoir que les hommes ont une double injonction sociale : ils doivent savoir se maîtriser, mais aussi ils doivent savoir user de virilité dans des circonstances légitimes. Virilité, c’est à dire violence, et domination/conquête des femmes. De ce fait, les hommes sont enclins à tolérer beaucoup la pratique de la « virilité excessive » ou de « perte momentanée de maîtrise » (ils jugent que : ce n’est pas un salaud, c’est seulement un connard, qui a fait une connerie passagère). Et à penser tous qu’ils assurent globalement leur maîtrise de soi. Il faudra extirper cette double injonction sociale masculine pour que le vécu des femmes qui subissent les violences soit pris en compte. Mais sous quelle forme ?

***

2.-

On sait que la prison est considérée comme un système peu efficace – il assure une répression, il ne garantit pas un changement de comportement. Et la promiscuité carcérale amène le développement et l’apprentissage d’autres violences : drogues, violence sexuelle entre hommes, etc. Notons aussi la radicalisation religieuse, comme basculement vers une virilité morale et sanctifiée. (J’ai évoqué cette virilité grandie par la religion à propos de séminaires catholiques sur ‘la crise de la masculinité’ prétendue).

Un article de Tiphaine Guéret vient de paraître sous le titre : « Le système pénal prévient mal les violences faites aux femmes » dans le CQFD de mai 2020, qu’on trouvera ici. Elle interviewe une chercheuse américaine, Gwenola Ricordeau, qui y parle de justice réparatrice mais aussi de « justice transformative ». (pourquoi pas « transformatrice » ?). La chercheuse souligne que l’espoir et l’exigence mise dans plus de répression pénale, portées par le  mouvement féministe, constitue peutêtre une impasse et un aveu d’impuissance, un pouvoir laissé aux institutions liées à la domination masculine. Et que d’autres voies seraient plus porteuses. Deux extraits :

S’inspirant notamment de pratiques traditionnelles autochtones, elles tablent sur la résolution des conflits par la communauté elle-même. En résumé, il s’agit de privilégier ce que Gwenola Ricordeau nomme « la médiation, la réconciliation et la guérison » plutôt que le recours au système punitif étatique.

La « justice transformative », qui met en avant la responsabilité collective face aux actes des individus. La communauté doit dès lors s’impliquer dans le soutien à la victime d’une agression, à « sa sécurité et son autodétermination ». Le concept repose également sur la reconnaissance par l’agresseur de sa responsabilité et son « changement de comportement ». Il s’agit aussi de se diriger collectivement vers « des changements politiques et structurels des conditions qui permettent au préjudice de se reproduire ».

Si dans son livre, Gwenola Ricordeau reconnaît que « le développement de la justice transformative ne garantit pas une future abolition du système pénal », elle revendique le nécessaire développement d’alternatives de ce genre pour « les communautés les plus impactées » par le système punitif d’État.

En fait, je me demande si le placement de l’homme violent face à la communauté publique, avec le message : « tu as fait une connerie qui te dévalorise aux yeux des femmes et des hommes », un flétrissement plutôt qu’une répression, n’aurait pas un impact juste. Jadis on pratiquait la « mise au pilori » (une cage sur la place publique) Et je me demande si cela n’aurait pas une efficacité suffisante (on connait le pouvoir des réseaux sociaux !). Il faut bien sûr en définir les formes et l’accompagnement…

 

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Tout homme est un abuseur (2)

Au moment où une vague de violences masculines survient, est signalée même par l’OMS, où des mesures de plainte, de refuge sont instaurées en urgence, je me suis souvenu de mon premier article de ce blog, qu’on trouvera ici. J’en reprends le titre : tout homme est un abuseur. Les femmes devront ré-ouvrir les sites « Me Too » avec la mention ‘confinement’… !

La question d’aujourd’hui est : pourquoi, en situation de confinement, les hommes perdent leur maîtrise de soi et s’en prennent avec violence à leur compagne et à ses enfants ? Dans le premier article, je disais combien l’idée avait dû faire son chemin en moi.

En fait, l’abus est en tout homme, mais aussi la maîtrise de soi. Et ce serait une erreur de penser que la maîtrise est morale, culturelle, tandis que l’abus est naturel, instinctif.

La violence est un droit que les hommes s’octroyent. Un privilège. C’est un abus de leur force. Dans le « règne animal » (qui est aussi le nôtre, bien que nous nous en sommes éloignés beaucoup), les mâles défendent le groupe contre les prédateurs d’une autre espèce. Entre mâles d’une même espèce, ils entrent en compétition, pour instaurer des relations de domination au sein du groupe, mais ils se font rarement mal. Ils maîtrisent leur force. Notre espèce est la plus meurtrière d’elle-même. Et j’en arrive à penser que cette violence sans limites va croissant. Avec la venue de l’Homo Sapiens, les autres espèces d’Homo, elles aussi venues d’Afrique, ont disparu soudain (après quelques interactions quand même, car notre ADN d’aujourd’hui garde des traces de croisement avec les Néandertaliens et les Dénisoviens. Serions nous l’espèce qui domine par sa méchanceté ? Ce n’est pas impossible, juste une hypothèse. Bref, l’abus ne fait pas partie de notre nature animale. Mais peut être de notre culture de mâles humains. Aujourd’hui, nous voyons des guerres partout. Comme on l’a fait remarquer, l’image est très mal choisie au moment où l’humanité lutte contre le virus par une marée de « soins » , pratique qui est surtout portée par les femmes (par des infirmiers et médecins mâles aussi).

Et les hommes paraissent mal supporter la frustration. Très mal. Je crois que les hommes comprennent très vite leur position privilégiée de dominant. Elle est visible dans la posture du père. Il coupe la parole, il prend les décisions suprèmes, il a le dernier mot. Et elle est souvent reconnue par la mère qui souhaite voir en son fils les caractères d’un dominant, un homme, un vrai. Un garçon, on lui passe ses caprices et ses violences (jusqu’à un certain point). Les garçons sont donc difficiles à contrôler (j’en ai entendus plusieurs à crier dans les logements, durant le confinement – ce n’est pas un échantillon valable, bien évidemment). A la limite, ils cherchent la confrontation à l’autorité et, comme l’a montré une étude sur les sanctions scolaires, ils tirent une renommée à être sanctionnés, plutôt qu’une dévalorisation.

Il y a donc une conjonction entre l’idée de « force » (défensive), de « domination » sur ses semblables, et de privilèges de jouissance reconnus au dominant. Dans ce cadre, toute frustration remet en cause la hiérarchie vécue. Dans cette situation, le dominant s’autorise à perdre la maîtrise de soi. Et les autres hommes l’autorisent, ils tolèrent le dépassement des limites sociales. Cette violence s’exerce sur des êtres « inférieurs » dans la hiérarchie, et des quasi-objets de jouissance (out en étant des humains), les femmes et les enfants. Cette violence est bien moins tolérée quand elle s’exerce sur des égaux, des hommes (certains confinés ont été condamnés pour avoir craché sur des gendarmes du maintien du confinement).

Rien de cela n’est lié à une nature, à une pulsion (sauf l’avantage de la force). Tout est dans une posture sociale de privilégié qui ne supporte pas d’être frustré de ses marques de domination. On dit souvent que la violence des hommes dans les relations familiales appartient à tous les milieux : c’est que parce que la frustration peut se vivre dans tous les niveaux de domination.

Il faut « détrôner » les hommes. C’est pour cela que toutes les femmes indignées de leur dévalorisation (elles le sont toutes, mais elles font des compromis) sont des féministes, opératrices de ce renversement. Et quasiment aucun homme ne peut arrêter la violence d’un autre homme (sauf à user de la force, en cas de besoin).  Il faut « détrôner » les hommes. Cela passera par un mouvement social dominant, qui va dévaloriser les abus des hommes. Les hommes doivent revenir à la maîtrise de soi, qui est une limite à la force, imposée par une norme sociale (portée surtout par les hommes auprès des autres hommes, mais par les femmes aussi). Ce n’est pas un devoir moral qu’on s’impose individuellement. Car c’est la domination masculine qui doit être détrônée, la hiérarchie sociale qui octroie des valeurs arbitraires et des dévalorisations, qui doit être repensée. Car c’est une culture perverse.

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Où mène la compétition…

Où mène la compétition ? Albert Jacquard s’exprime sur le sujet, et la vidéo a été reprise ce 31 mars sur un site, à propos de la crise économique en cours avec le coronavirus, et de la perte de sens. Et je dois l’info à Rannemari ici.

Mais elle illustre très bien aussi ce que la Masculinité fait aux hommes, avec son contenu de compétition plutôt que d’empathie humaine.

La voici ici : « ON est en train de sélectionner les hommes les plus dangereux »

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Violences des hommes confinés : impliquons-nous !

Je vais créer un message FB (et vous pourriez le créer aussi) :

Avoir un bon copain : si tu te sens devenir violent, téléphone-lui, il t’écoutera !

On parle beaucoup d’augmentation des violences des hommes suite au confinement. On nous parle de task force (sic), de mesures policières (dans telle ville belge, la police va téléphoner à toutes les personnes ayant fait appel antérieurement, pour leur dire qu’elles ne sont pas seules) et de mesures associatives. On peut penser à des lignes téléphoniques d’urgence.

Mais ne faudrait-il pas téléphoner aux hommes avant tout ?

Et si on impliquait les hommes ? La violence des hommes, cela nous connait ! Nous nous maîtrisons avec fierté, nous réservons la violence aux cas légitimes (l’auto-défense, dirons-nous), mais nous pouvons comprendre nos amis qui ont des rages mal contrôlées. Tout homme peut avoir connu des frustrations, de la violence parentale ou sociale, des échecs qui lui paraissent « insurmontables » parce qu’il n’a pas eu les moyens de surmonter à un certain moment. Et nous pouvons les lui fournir. Nous sommes mauvais en écoute, mais si notre copain a besoin de nous, nous allons trouver les questions qui font échanger, nous allons faire appel à ses émotions que nous pouvons partager sans les rejeter. Alors soyons disponibles.

Et téléphonons à un ami chaque jour, même un vieil ami. Dont nous avons des nouvelles parce que nos compagnes se parlent de nous. Peut-être a-t-il besoin justement d’un bon copain.

Peut-être une initiative appelant des hommes bénévoles à être correspondants et écoutants serait utile ?

Ajout : En Belgique, il y a une ligne d’aide. Le numéro d’appel est le 0800/30.030. Une permanence est assurée par des spécialistes qui travaillent avec les victimes et avec les auteurs du lundi au vendredi de 9 h à 19 h. En dehors de ces horaires, la ligne d’écoute reste accessible 24 heures sur 24 mais renvoie vers un service d’écoute généraliste.

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Les hommes et leur justice (Weinstein, Polanski…)

Ainsi, après un intense mouvement de dénonciation par de nombreuses femmes, Harvey Weinstein, un homme bien ordinaire, a été condamné « par la justice ».

Quand nous employons cette formulation, nous faisons appel à une valeur importante de nos sociétés : l’idée de la gestion juste des violences entre les humains est gérée par une institution séparée, professionnelle et indépendante ; elle ne s’applique pas par une vengeance personnelle ou clanique (oeil pour oeil), ou par un lynchage collectif sans procédure de jugement, mais selon des règles qui sont applicables au sens de la loi, et au sens de la coutume de l’époque (les condamnations au sortir de la guerre ont été plus répressives, elles ont été revues et adoucies par la suite) et selon des procédures qui font respecter les droits de se défendre contre l’accusation publique.

Est-ce ici bien le cas ? Les hommes ont-ils  à subir les foudres de la justice, comme les autres ? On peut en douter.

Il faut avouer que le déroulement des procédures en justice étasunienne a de quoi dérouter. On apprend ainsi que Harvey Wenstein a seulement été poursuivi pour deux chefs d’accusation, mais que d’autres motifs plus graves ont été abandonnés, « faute d’unanimité du jury » ! Le jury l’a disculpé de trois des cinq chefs d’accusation, les plus sérieux, dont le « comportement de prédateur ». Il semble bien que les accusations doivent obtenir l’unanimité d’un jury et que tout doute, bien plus que de devoir « profiter à l’accusé » pour un acquittement au terme d’un procès (comme en Europe) sert ici à écarter toute poursuite plus approfondie et dédouane le suspect avant le début du procès. C’est ainsi que Harvey Wenstein n’a été poursuivi que pour deux faits, tandis que 80 plaignantes attendaient justice. Ce rendu de justice était nécessaire pour qu’elles puissent enfin tourner la page de ce qui s’est passé, faire sortir cet homme menaçant de ce placard non encore vidé, et mettre en place enfin le traumatisme vécu.

Pour la justice, les faits rassemblés et incontestables permettaient néanmoins de condamner lourdement cet homme et ainsi le but de la justice et de la société est atteint. Harvey Weinstein a été condamné à 23 ans de prison (il encourrait jusqu’à 25 ans). A 67 ans, c’est long. Enfin, cela se discute. En Europe, les peines sont toujours adaptées durant l’emprisonnement : la loi sur l’enfermement estime qu’il faut toujours donner au condamné l’espoir d’une réduction de peine, ce qui instaure un meilleur espoir de ‘bonne conduite’ en prison, de meilleur prise de conscience de sa responsabilité, et de meilleur espoir de réinsertion, tous objectifs socialement compréhensibles. Weinstein pourrait réclamer une sorte de réduction de peine : l’avocat de l’intéressé annonce la couleur quand il souligne qu’il a des arguments à faire valoir :

Depuis octobre 2017, leur client avait perdu sa femme, qui l’a quitté, son emploi, sa société (The Weinstein Company) et faisait encore face à des manifestations d’hostilité constantes. La défense avait mentionné aussi ses deux jeunes enfants, de 6 et 9 ans. « Il se pourrait que je ne revoie jamais mes enfants« , a dit mercredi Harvey Weinstein, qui s’exprimait pour la première fois depuis le début du procès. Durant son allocution, il s’est présenté en victime du mouvement #MeToo. « J’étais le premier exemple et maintenant, il y a des milliers d’hommes accusés« . « Je suis inquiet pour ce pays« , a-t-il expliqué.

La défense avait plaidé que toute autre peine que le minimum légal (5 ans, moins les réductions de peine !) équivaudrait à une condamnation à perpétuité, vu l’age du condamné ! La défense annonce déjà qu’elle va interjeter appel, mais cela ne suspend pas l’exécution de la peine qui vient d’être prononcée. Le condamné a obtenu un placement en hôpital, au vu de son état de santé : celui-ci parait s’être dégradé avec les poursuites. Alors qu’il était resté en très bonne santé (sexuelle !) jusque là.

Il faut ajouter, comme l’a dit la procureur, que :

elle attendait du juge une peine qui reflète « la gravité des crimes du condamné, son absence totale de remords (…) et la nécessité de le dissuader, lui et d’autres, de commettre de nouveaux crimes« . A l’audience, mercredi, elle a de nouveau rendu hommage aux victimes qui ont témoigné lors du procès. Sans elles, Harvey Weinstein « n’aurait jamais pu être stoppé« . Elle a souligné « l’absence d’empathie » et « l’égoïsme » du producteur indépendant.

Harvey Weinstein n’a jamais reconnu publiquement autre chose que des relations consenties avec les femmes qui l’accusent et, de fait, n’a exprimé aucun remord ni présenté d’excuses. Et il faut rappeler qu’il a tout fait pour échapper à la dénonciation. Il a fallu l’obstination de quelques journalistes, pour que l’affaire éclate, et l’implication de nombreuses femmes pour que le cas ne soit pas enterré :

L’affaire Weinstein a été déclenchée après la publication par le New York Times, en octobre 2017, de témoignages de femmes accusant Harvey Weinstein, alors patron du studio Miramax – l’un des plus grands producteurs de films de notre époque -, de harcèlement sexuel pendant près de trois décennies. Le journal révélait par ailleurs qu’il avait passé des accords avec au moins huit femmes pour acheter leur silence. Mais on sait aussi que des journaux avaient au départ renoncé à sortir cette affaire.

Cinq jours plus tard, le magazine The New Yorker citait plusieurs femmes, dont l’actrice italienne Asia Argento, accusant le producteur de viol ou d’agressions sexuelles. Ces articles ont conduit à de nombreux autres témoignages de femmes, parmi lesquelles de grandes stars hollywoodiennes telles que Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie et Lupita Nyong’o. Celles-ci ont également accusé Harvey Weinstein de comportements indésirables et d’abus sexuels. Plusieurs femmes ont en outre révélé qu’elles n’obtenaient plus de rôle dans les films du producteur américain parce qu’elles refusaient des relations sexuelles avec lui.

****

Je reviens sur ces faits (je me suis appuyé sur un article de la RTBF qu’on trouvera ici) parce qu’il faut selon moi aussi s’interroger sur les relations de Roman Polanski avec « la justice ». Dans ce cas, j’ai surtout consulté la page Wikipedia.

Roman Polanski a vu au départ, la plupart des charges contre lui être abandonnées. Il avait en 1977 largement abusé d’une fille de 13 ans qu’il avait droguée… Mais la mère de S. G. a souhaité que le procès ne soit pas public. Et l’acteur a fait la même demande (pour sa propre réputation). Cela a amené le juge à réduire largement les chefs d’accusation, afin que cette non-publicité soit légale. Et de ce fait, il a prononcé une peine de prison ridicule de 92 jours de prison, dont Polanski a exécuté la moitié. Fin du premier acte.

Par la suite, le juge a souhaité à nouveau juger le cas, sans doute au vu du tollé provoqué dans les mouvements féministes. Et le juge pouvait effectivement craindre pour sa réélection ! Car les juges sont élus aux USA.

Dans de nombreux épisodes suivants, le juge a été désavoué, la justice américaine a reconnu qu’elle avait été déloyale et que Polanski ne pouvait être rejugé ; elle a seulement maintenu l’obligation pour l’acteur de se présenter devant le juge pour refermer le dossier. Depuis, l’Etat des Etats-Unis a maintenu cette intention, ce qui a amené la Suisse, puis la Pologne à emprisonner l’acteur et à le maintenir en résidence surveillée avant de rejeter tous deux l’exigence étasunienne. La jeune fille, SG, mariée depuis, a aussi souhaité que cette affaire soit enterrée; car la procédure et l’acharnement médiatique ont pourri sa vie, bien plus que les faits qu’elle a eu à subir, pour lesquels elle souhaitait une condamnation, mais ensuite un oubli.

Dans cette affaire, Polanski a aussi échappé à une procédure judiciaire normale (c’est son droit) et il a dédommagé financièrement la jeune femme. Mais il s’est abrité derrière cette justice amoindrie jusqu’au ridicule pour se protéger d’une telle procédure normale. Il s’est ainsi satisfait d’une culpabilité qui ne correspondait pas aux faits, et il n’a plus voulu rien publiquement reconnaître : il se présente alors lui aussi comme victime d’un acharnement judiciaire et médiatique (comme sa victime, fille mineure). Et le fait qu’il ait choisi de réaliser un film sur une « erreur judiciaire » telle que l’affaire Dreyfus, sous le titre « J’accuse » va dans ce sens de la construction d’une autre vérité que la vérité des faits, qu’il avait bien dû reconnaître au départ.

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Deux cas, et deux affaires où les accusés ont pu échapper à une complète Accusation et de ce fait à une plus lourde condamnation. Dans les procès qui sont tenus en Europe, on entend aussi de nombreuses raisons pour « comprendre » l’accusé, pour s’émouvoir du traumatisme que la procédure judiciaire lui crée… Comme si les hommes avaient accès à une justice particulière, la justice des hommes, avec une solidarité masculine et des privilèges octroyés aux hommes , d’autant plus s’ils sont puissants. Il ne faut pas perdre cela de vue, même si on doit se réjouir que le premier homme dénoncé par le mouvement #Me Too n’ait pas échappé à une condamnation judiciaire significative.

 

 

 

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Violences sexuelles masculines : Amnesty encore dans le flou coutumier

Remarque : depuis l’écriture de ce texte hier soir, sur base des infos de presse, j’ai pris le temps de consulter l’étude (lien sur le site d’Amnesty Belgique). Elle est pénible à lire (tableaux et slides touffus) mais mériterait un commentaire approfondi. Certaines données paraissent utiles. De plus, il y a une enquête d’opinion très large, avant un sondage sur l’évocation des faits de violence. C’est l’enquête d’opinion qui intéressait les groupes demandeurs de l’étude. Je n’ai pas le temps pour un travail approfondi de lecture critique. Je vais seulement annuler ou compléter certaines formulations d’hier.

Les journaux belges font état ce 5 mars 2020 d’une enquête demandée par l’association SOS Viol (mandatée par les autorités belges pour l’accueil de plaignantes & plaignants et pour le suivi d’une ligne téléphonique de premier conseil) et par Amnesty International, section belge. , dans le cadre de sa campagne « droits des femmes ». Elle a été confiée à un organisme professionnel de sondages d’opinions et d’études de marché, l’Institut Dedicated.

En principe, le thème portait sur « l’exposition aux violences sexuelles », dont le viol (« rapport sexuel imposé à une personne non consentante ») et la « relation sexuelle forcée par le/la partenaire ». Mais aussi les préjugés sur le viol (analyse d’opinion). Et pour porter l’attention sur les jeunes, l’échantillon avait été surévalué pour cette catégorie (15-24 ans).

Bravo ? Non, les biais sont innombrables. On peut se demander si le but n’était pas uniquement de « faire le buzz » à l’occasion du 8 mars.

D’abord, la notion de « exposition à » pouvait concerner les auteurs autant que les victimes ! Comme le précise le journal Le Soir (les autres négligent ce détail) :

La question posée par le formulaire était : « Personnellement, êtes-vous ou avez-vous été exposé.e à ce type de violence sexuelle ? » Le Soir a décidé de ne pas utiliser le terme victime, mais de conserver la formulation initiale, à savoir exposé. Il est en effet plausible que des personnes sondées aient répondu (…) en tant qu’auteur ou en tant que témoin.

Remarque : cette question est posée après de nombreuses questions sur vos opinions. Ensuite, le « personnellement exposé » peut se comprendre comme « avoir subi », et l’auteur d’étude parle de « victimes ». Mais l’ambiguité signalée par Le Soir reste indéniable.

Cela parait une source réelle de confusion, quand on voit que les femmes ont déclaré avoir été exposée pour 20% d’entre elles, et les hommes pour 14% au viol ; et respectivement à 23 % et 14 % à la « relation forcée par le/la partenaire ». Ces chiffres sont étonnants et flous, surtout avec ce nombre important d’hommes « exposés ».

Ensuite, les chiffres concernant les jeunes sont bizarres. Le sondage a interrogé 2300 personnes, mais il a interrogé parmi eux 300 jeunes pour le sondage d’opinion (soit 13% de l’échantillon, alors que cette catégorie ne fait que 10 % des adultes,  selon moi mais 14% selon l’auteur). Cela parait « mieux » mais c’est en réalité totalement insuffisant.  il faut toujours au moins 360 répondants pour avoir un groupe suffisant, avec une marge d’erreur de moins de 5%. Ici la marge d’erreur est… incalculable, entre 5 et 20 % (je ne suis pas spécialiste, mais c’est l’idée retenue de ce que j’ai appris jadis…).

Que disent les chiffres ? Les jeunes ont déclaré avoir été exposés au viol pour 24% d’entre eux, à la relation forcée pour 23 % d’entre eux. Et quelle répartition entre filles et garçons ? Bonne question, mais réponse impossible : l’échantillon est bien trop petit pour être divisé !

Au total, voilà une enquête qui ne connait pas le nombre de victimes et encore moins le nombre d’auteurs ! Et, comme d’habitude, rien n’est dit sur les auteurs des viols subis par les hommes : les auteurs sont des hommes le plus souvent !

Enquête imprécise encore sur les cas de violences sexuelles, car rien n’est dit (publié, en tous cas) sur les chiffres de harcèlement, par exemple (la question de la demande insistante et celle du consentement imprécis sont pourtant recherchées parmi les opinions des jeunes). Et enquête mal conçue : on ne comprend pas bien cette séparation entre viol et relation forcée ! Alors qu’une remarque générale bien connue que la grande majorité des viols sont commis par des proches de la victime…

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J’ai discuté précédemment de la difficulté à chiffrer le nombre d’auteurs de violences sexuelles masculines, et la pratique coutumière de négliger cette question. J’en avais parlé ici. C’est un commentaire d’une enquête australienne qui porte sur un échantillon exceptionnel de jeunes étudiants universitaires. Avec des chiffres détaillés sur diverses violences sexuelles masculines. Harcèlement, agressions en groupes, etc. Et pourtant des chiffres pas toujours clairs sur les auteurs. Et surtout, une dissimulation de la responsabilité masculine dans les messages mis en avant par les responsables de l’étude.

C’est que qui motive mes critiques envers l’étude d’Amnesty en Belgique : une étude avec des questions confuses, un échantillon insuffisant et des objectifs limités (promouvoir l’éducation affective et sexuelle à l’école), et se terminant par des messages discutables,  ce n’est pas sérieux, ce n’est pas une avancée. SOS Viol parait vouloir s’appuier sur cette enquête pour justifier une extension de l’aide publique. Mais les chiffres de son activité croissante envers les femmes plaignantes étaient évidents pour cette justification : les pauvres conclusions du présent sondage ne l’aideront pas beaucoup !

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Les César : pourquoi une procédure très opaque ?

Ainsi donc un artiste et un homme condamné jadis pour viol, et en fuite d’un appel à être rejugé pour ces faits, et accusé d’autres faits, a reçu un prix prestigieux de « meilleur réalisateur » par  l’Académie des César ce 28 février 2020.

On glose beaucoup sur la distinction de l’artiste et de l’homme, ou encore de l’oeuvre et de l’homme. Je dirai seulement ceci brièvement : c’est l’homme qui est seul responsable d’avoir sali son oeuvre par sa conduite indigne. Toute suspicion ou toute condamnation envers lui entache également son oeuvre. C’est tout autant le cas pour un traître à la patrie, un meurtrier, un violeur ou autre (par exemple un homme politique fraudeur). Il est le principal responsable de ce qui lui arrive. L’oeuvre ne justifie pas qu’on mette en doute la décision de la justice ou les constatations de l’enquête. Et il est sans doute socialement légitime que l’oeuvre ainsi salie connaisse un certain purgatoire, et que l’artiste connaisse un rejet social. Nul être humain n’est parfait, mais la société est en droit de dénigrer une activité artistique (ou une carrière politique) qui reste entachée par la salissure, (indépendamment de la sanction pénale visant l’homme, et de la fin de la peine).

Je me suis demandé qui avait décidé de cette nomination. Je viens de parcourir le règlement disponible sur le site de l’Académie des César. Et le moins qu’on puisse dire est que cette décision est dans une procédure plutôt opaque.

De nombreuses personnes ayant partie liée avec le cinéma français (au sens large), réalisateurs, comédiens, techniciens, producteurs, distributeurs de fils français et personnes invitées par le bureau de l’académie peuvent en être membres. Actuellement, il y a plus de 4000 membres. Mais la liste des membres est tenue secrète ! C’est ainsi, nous dit-on, afin de ne pas permettre aux candidats d’influer sur les votants… Donc il est impossible de savoir par exemple le nombre d’hommes et de femmes parmi les membres.

Ensuite un vote est organisé. On ne connait pas le nombre de votants pour chaque prix. C’est un vote à deux tours : on vote d’abord pour désigner 5 ou 7 « nominations », parmi les candidatures de plus de 600 films ! Peu de membres pourront dire qu’ils ont vu la totalité des films. Et qu’ils auront un avis sur 600 décors, 600 séries de costumes ou coiffures ou maquillages du film… Ensuite un deuxième vote des membres est fait sur les nominés pour désigner le lauréat.

La critique et le succès des films auront une influence certaine sur le vote. C’en est au point que le « César du public » est en fait un vote des membres de l’Académie sur les cinq meilleurs succès du box office des films français. Et pas du tout le vote d’un public. De même le « Prix des lycéens » est en fait le vote d’un seul Lycée désigné par le Ministère (et non connu).

Il est donc pas non plus possible de juger la répartition d’hommes et de femmes dans les divers votes.

L’Académie est dirigé par un bureau, lequel a énormément de pouvoir. Et un pouvoir qui peut paraître obscur. Ainsi il peut donner des indications pour orienter le premier vote afin d’éviter une trop grande dispersion, dans certaines catégories. Dans certains cas, c’est un comité (aussi  à la composition secrète) qui opère des pré-sélections ou pré-indications. En cas de litige, en cas de double prix (meilleur film et meilleur premier film, meilleur premier rôle et meilleur second rôle, par exemple), c’est le bureau qui tranche. Le bureau peut également faire évoluer le règlement à tout moment. (Je crois d’ailleurs que ce bureau a démissionné, mais nous n’en savons pas plus).

Une telle procédure, totalement non transparente, est plus qu’étonnante. Dans la plupart des concours, c’est un jury, nommé et présenté à l’avance, qui établit le palmarès. Souvent, des critères sont explicités. Dans certains cas, le juré doit donner des notes objectives sur chaque concurrent, et c’est un secrétariat qui soumet au jury la conclusion du vote (Concours international Reine Elizabeth par exemple). Parfois le vote est public (concours de patinage artistique).

Non, ici c’est une forme de plébiscite. Et dans ce cas, c’est la subjectivité, les rumeurs, les influences qui sont prégnantes. Le fait que les résultats détaillés soient secrets entraîne la suspicion.

C’est ici qu’intervient la polémique de cette année. Le milieu des professionnels concernés par le cinéma a dû se partager sur cette polémique. Et sa décision a été politique autant qu’artistique. Le caractère polémique de la décision de ces membres de l’Académie se montre déjà dans les nominations : 12 pour le film litigieux. C’était une volonté de s’assurer qu’il soit primé.

On peut donc la prendre comme une volonté anti-féministe, refusant de se plier comme « milieu » spécifique au sentiment de la société. Et notamment aux critiques portant sur le sexisme de ce milieu ! Pas seulement les violences sexuelles (après le mouvement #Me Too, mais déjà les barrières apparaissant pour que les femmes puissent faire carrière dans le cinéma, que leurs films soient visibles, etc.

Le quasi-rejet d’un autre film, féministe celui-là, où Adèle Haenel tient le rôle principal, sauf un prix secondaire, va dans le même sens d’une décision polémique.

De là à penser que ce sont surtout des hommes qui dirigent la manœuvre et les votes dans la boîte noire de l’Académie des César, il n’y a qu’un pas. Il faudra qu’on nous prouve le contraire.

Post scriptum : J’ai déjà trouvé une bonne part des réponses à mes questions dans Wikipedia qu’on peut lire ici (j’ai supprimé les notes contenues dans cette citation) :

Le 13 février 2020, l’Académie des César annonce la démission collective de son conseil d’administration et promet le « renouvellement complet » de ce dernier et de son organisation suite à une fronde massive de la part du milieu cinématographique français. En cause — suite à une tribune parue le 10 février dans Le Monde et dans laquelle 400 personnalités du cinéma réclament une réforme en profondeur de l’Académie des César — des « dysfonctionnements », une « opacité des comptes » qui ne sont plus publiés, des statuts qui « n’ont pas évolué depuis très longtemps » et qui reposent toujours sur la « cooptation », le manque de parité (l’Académie ne comporte que 35 % de femmes), le vieillissement de ses membres (la moitié d’entre eux est composée de septuagénaires ou plus) et la gestion autocratique de son président depuis 2003, Alain Terzian. « Une poignée d’hommes pose problème dans le cinéma français en se cooptant mutuellement depuis 30 ans à la tête de toutes les commissions, toutes les organisations. Outre d’être illégitimes, ils empêchent le renouvellement. » (Vincent Maraval, producteur).

On peut donc même incriminer une forme de solidarité masculine aggravée, de vieux hommes septuagénaires et plus, majoritaires, avec un vieillard prédateur de 86 ans aujourd’hui…

 

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La justice masculine a encore frappé

Une épouse a assassiné son mari de 37 coups de couteau, en septembre 2017. Après deux jours de procès d’assises, elle a été condamnée à 13 ans de réclusion criminelle. Voilà qui est sans doute expéditif !

Selon Le Monde de ce 10 février, l’avocat général a voulu prémunir la cour (sic, c’est le jury) du « syndrome Jacqueline Sauvage » : « ce n’est pas la victime que l’on veut bien dire. Elle n’a jamais été frappée, elle a frappé son mari pour priver sa rivale du couple idéal ». 

En s’exprimant ainsi, le procureur a pris une position confortable : on peut aller vite tout en restant objectif, sans céder à la victimisation. C’est doublement injuste.

Faut-il rappeler que Jacqueline Sauvage avait été sévèrement condamnée par deux fois ? Que le procureur n’avait retenu aucune circonstance atténuante pour cette épouse battue et bafouée durant 48 ans ? Qu’il avait prévenu d’emblée : ce n’est pas le lieu de faire le procès du mari (violent envers tous, et père incestueux envers ses deux filles), il n’est plus vivant. Technique récurrente et facile d’un procureur pour tronquer le débat en définissant ce qu’il ne faut pas discuter, selon lui.

L’article souligne que, parmi les « homicides conjugaux » (sic : mariés ? pacsés ? en couple ? avant séparation, longtemps après ? Etc.) il y a 20 % d’auteurs féminins, selon une étude nationale de la Délégation aux victimes du Ministère de l’Intérieur. Parmi celles-ci, 48,4% ont subi des violences : l’accusée n’en fait donc pas partie. CQFD.

Il faudrait sans doute souligner à ce moment que 80 % des auteurs d’homicides « conjugaux » sont des hommes — et que chez eux, c’est sans doute bien plus que 50% qui ne sont pas victimes de violences. Et pourtant, ne trouve-t-on pas complaisamment étalées des motifs de compassion pour ces auteurs de « drame passionnel » ? La fatigue, l’alcool, les difficultés au travail, sinon même que le fait d’être quitté vous fait perdre tous vos repères sociaux.

Rien de cela ici : selon le procureur, l’accusée a agit « pour priver sa rivale ». C’est un « meurtre par intérêt ». Un meurtre calculé, donc : le pire. Aucun motif de compassion.

Ce n’est pas ce que disent les experts : comme le mari (qui avait prévenu par téléphone qu’il ne rentre pas ce soir et qu’il veut divorcer) venait récupérer « le livret de famille » (geste hautement symbolique de pouvoir), l’épouse « a été saisie d’une furie inconsciente« , « elle était dans l’incapacité de survivre par ses propres moyens, la séparation l’a précipitée dans un état de mort psychique« . On va comprendre pourquoi.

Et c’est là que surgit la domination masculine, que le procureur n’a pas voulu considérer ni débattre, prolongeant la violence vécue. L’article explique :

« Délaissée par sa mère, elle a été violée durant plusieurs années par son père adoptif et son oncle, dans la crasse et le froid, ce que confirme sa sœur au procès, elle aussi victime des abus répétés des deux adultes alcooliques ».

Précisons encore ici : deux adultes masculins.

Voilà donc une femme qui n’a subi de son mari que quelques injures, puis un abandon : circulez, il n’y a rien à voir. Elle avait été dans son enfance détruite par les hommes. Tant pis, elle est dans la mauvaise portion des statistiques; celle des épouses « n’ayant pas subi de violences ». Et c’est ce que le procureur a établi d’emblée en tronquant le procès. C’est ce que j’appelle une justice masculine qui frappe : celle qui ne veut rien entendre.

***

Cet article de « fait divers » voisine par hasard avec un autre article sur le travail de la Commission d’écoute des victimes d’abus sexuels dans l’Eglise. Malgré un travail de rencontre active des victimes, et d’appel à prendre la parole, le traumatisme est difficilement exprimable et montre que le savoir des victimes ne peut être présumé :

« Je ne mesurais pas combien les victimes et ce qu’elles nous disent nous apporteraient. En fait nous apprenons tout des victimes, Nous apprenons des sentiments de honte, des expériences d’emprise qui n’ont rien à voir avec ce que nous pouvions imaginer », dit une commissaire, juriste de formation.

Je ne discute pas ici des faits constitutifs du procès et je ne porte pas de jugement. Je souligne seulement des élément de contexte qui transparaissent et qui racontent autre chose. Et je trouve que treize années d’enfermement ne vont pas aider à soigner ce traumatisme d’enfance imputable à deux adultes alcooliques, deux hommes. Ce n’est pas une répression sociale satisfaisante.

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« Le masculin, cet inconnu »

J’emprunte ici un sous-titre de l’article La violence de type masculin (« Male-Pattern Violence »), par Jennie Ruby, dans la revue Off Our Backs, sept-oct. 2004, dont la traduction a été proposée par la Collective de traduction TRADFEM ici.

Dans cet article, Jenny Ruby montre que la violence masculine est l’objet d’un déni de la part des hommes, et que le sujet est donc difficile à aborder avec eux. Mais est-ce une raison pour ne pas le regarder en face, et l’interroger ?

En voici quelques extraits :

Pourquoi les hommes et les femmes évitent-ils d’admettre l’existence de la violence de type masculin et de l’analyser ? Se pourrait-il que nous ne voulions pas réellement mettre fin à cette violence ? Avons-nous peur, en tant que société, que si nos hommes se détournent de la violence, nous devenions vulnérables à la violence d’autres hommes, d’autres cultures ? Les femmes trouvent-elles les hommes violents attirants ? Les hommes ont-ils peur que si on leur demande de mettre fin à leur violence, ils deviennent vulnérables à la violence d’autres hommes ? Ont-ils peur que sans la violence, ils perdent leur domination sur les femmes ? Ont-ils même peur que sans recours à la violence, les hommes perdent une partie de leur identité ?Il se peut que nous devions tous examiner nos craintes afin de mettre au jour la résistance à une cessation de la violence. Et il se peut que nous devions examiner les façons dont notre économie, notre pays et notre mode de vie sont soutenus par la violence avant de pouvoir démanteler tous les mécanismes qui perpétuent la violence dans nos vies, que ce soit la glorification de la violence par les médias, notre industrie des jeux vidéo violents, notre amour des sports violents, ou la violence institutionnalisée de nos forces armées.Cette réticence à parler de la violence des hommes est très répandue et semble presque l’équivalent d’un tabou. Les médias nous disent des choses comme « une femme a été violée », mais ne disent jamais « un homme a violé une femme ». Les analyses de la violence à l’école parlent d’« enfants qui tuent des enfants », en gardant sous silence le fait que ce sont presque exclusivement des garçons qui commettent cette violence. Des termes comme « violence domestique » ou même « conjugale » occultent la réalité que la plupart de ces violences sont commises par des hommes.  (…)

L’une des raisons est que nous avons peur d’insulter, d’aliéner ou de mettre en colère nos parents et amis de sexe masculin — et le fait est que les hommes affichent souvent de l’irritation lorsque l’on parle de violence masculine. Les hommes sont notoirement réticents à accepter leur responsabilité ou à s’excuser de leurs gestes au plan individuel. Lorsqu’il s’agit d’assumer des responsabilités au niveau de la société, nous heurtons de front cet ego masculin réputé si fragile. Bien sûr, tous les hommes ne sont pas comme ça. Mais l’homme qui refuse systématiquement de reconnaître ses torts est un thème culturel omniprésent dont nous sommes toutes conscientes. Et il est assez souvent vrai, au niveau de notre vécu, que les femmes et les hommes savent qu’il faut éviter de déclencher cette posture défensive masculine. Lorsqu’il se sent accusé, un homme peut s’emporter en soulevant des contre-accusations, en brouillant les enjeux, en niant ses torts, en devenant sombre et renfermé, ou même, oserai-je le dire, en devenant violent.

Une autre raison pour laquelle les hommes résistent à l’idée de nommer la violence masculine est que les hommes ont tendance à considérer l’homme comme l’être humain générique. Cela signifie qu’ils n’arrivent pas à identifier comme tels les schémas masculins — ils les voient simplement comme des schémas humains. Les chercheurs et les théoriciens masculins discourent donc souvent sur l’agression « humaine », les guerres « de l’humanité », etc. Mais pouvons-nous mettre fin à la violence « humaine » sans reconnaître et examiner le fait qu’elle est presque toujours commise par des hommes ? Je ne le pense pas.  Nous devons cesser de débattre de la question de savoir si les hommes sont plus violents ou de chicaner sur le fait que les femmes pourraient être aussi violentes que les hommes si elles en avaient la possibilité, et faire un inventaire précis des éléments de preuve à cet égard. Par exemple, des statistiques assemblées par la Commission économique pour l’Europe des Nations unies montrent qu’aux États-Unis et en Europe, 85 à 100 % des personnes condamnées pour agression sont des hommes. Et 90 % des meurtres sont commis par des hommes. Les hommes sont de loin les principaux auteurs de viols, de guerres, de torture, d’inceste, d’agressions sexuelles, de meurtres sexualisés et de génocides. Nous devons enquêter sur ce qui, chez les hommes et dans la masculinité, favorise et nourrit un aussi large éventail de comportements violents. (…)

Certains font déjà ce travail. Le film Tough Guise, produit par Jackson Katz, montre qu’en arrivant à dépasser notre déni de ce schéma masculin, nous pouvons explorer les aspects de la masculinité — définis dans les familles, à l’école et dans la culture populaire — qui encouragent et excusent la violence de type masculin. Le livre Men’s Work, de Paul Kivel, et l’ouvrage Refuser d’être un Homme, de John Stoltenberg, examinent également le lien social entre la masculinité et la violence.

Je renvoie à l’article sur Tradfem pour retrouver les conseils et suggestions de l’auteure pour aborder le sujet, notamment sa suggestion de faire usage de l’expression « les violences de type masculin » plutôt que « les violences masculines »afin que les hommes ne se rebellent pas contre une généralisation qui les englobe tous.

 

Et je signale sur ce sujet une conférence de Jacson Katz en 2013, avec sous-titres en français (en 27 langues !) ici. (Je m’aperçois que j’avais déjà évoqué cette vidéo en septembre 2016… mais un rappel n’est pas inutile).

***

De nombreux questionnements que j’ai abordés sur ce blog sont énoncés dans cet article. Mais ses questions restent le plus souvent sans réponse. Il y a encore du boulot !

J’en profite pour redire que l’apparition d’une telle violence masculine dans l’humanité est un sujet d’étonnement, laquelle est liée sans doute à l’apparition de la domination masculine. C’est un événement dans l’histoire de l’évolution, même si nous avons du mal à le situer historiquement. Bien des groupes de singes (babouins, bonobos…) ne connaissent pas cette violence, ni cette domination masculine. Même si un Mâle Alpha domine, sa violence est mesurée et les femelles disposent de certains pouvoirs et d’un rôle social important. Et entre groupes d’une même espèce, il y a coexistence sur des territoires voisins. Ce n’est donc pas dans la nature de l’humain mâle, mais une invention de sa part, de leur part.

Faut-il incriminer la tribu des Sapiens ? Les tribus précédentes d’Homo disparaissent rapidement avec l’arrivée de ces nouveaux-venus  hors d’Afrique (même si il y a eu des interactions entre ces tribus). Faut-il faire l’hypothèse d’une surpopulation sur les territoires de chasse et de pêche, amenant à inventer la guerre ? Et peut-être en même temps que l’agriculture et l’élevage ? Comprendre une organisation sociale sur le simple examen d’ossements fossilisés n’est pas aisé.

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