Ces coups de boutoir et notre forteresse

(texte revu — et je recommande de consulter aussi l’article « 11 façons dont les hommes dont les hommes peuvent répondre de manière productive au mouvement #Moi Aussi » qu’on pourra lire ici  ainsi qu’un autre qui l’a inspiré « Oui, vous aussi. Qu’en est-il des hommes ? » qu’on trouvera sur Tradfem ici, tous les deux traduits par Yeun L-Y).

Les hommes sont des porcs.

(C’est pas gentil pour les porcs ! Disons en fait : les hommes sont des hommes.)

Toute femme vous le dira. Ma mère me le disait : « presque toutes les femmes sont agressées sous une forme ou une autre, alors… ». Elle savait donc : les hommes se conduisent comme des porcs. Mais ma mère voulait sous-entendre « alors c’est rien d’extraordinaire ».

Pourtant, nous le savons tous. Nous sommes des… hommes à un degré ou à un autre. Nous le sommes entre hommes, en évoquant les femmes avec des mots de cochon. Nous sommes nombreux à avoir des gestes et des expressions qui agressent les femmes. Nous sommes plusieurs à passer à l’acte d’une manière ou d’une autre. Et entre le geste et l’expression, il n’y a qu’une différence de degré, la volonté d’agresser, de mépriser, de mésuser et de jouir est la même.

Aujourd’hui sont mis au pilori des hommes qui ont un pouvoir, une autorité. Des femmes nombreuses pourraient aussi bien dénoncer « Monsieur tout le monde », leur frère, père ou cousin, mais cela n’aurait pas grand effet.

Hommes, en tant que profitant de la domination masculine, nous avons tous une parcelle de pouvoir (même le plus démuni domine des femmes), et tous nous pouvons en jouir. Qui d’entre nous est certain de ne pas pouvoir être dénoncé, d’être « clean » sur tant et tant d’années ? Donc la dénonciation de ces hommes publics possédant un pouvoir vaut pour nous aussi.

La jouissance est déjà contenue dans une agression verbale : notre pouvoir de dominer est satisfait.

Voilà encore un coup de boutoir dans notre forteresse. Un mouvement d’ampleur qui dénonce notre camp retranché, après ces dénonciations du harcèlement de rue (rappelez-vous ces vidéos et ces campagnes qui ont suivi), de la mort quotidienne d’une femme sous les coups d’un homme (rappelez-vous l’affaire Sauvage), de la banalisation par la police (rappelez-vous le dossier Cologne), etc.

Pourtant tout se passe comme si c’était banal. Comme si c’était évident. « Alors c’est rien d’extraordinaire » (ma mère disait cela en 1975, paix à son âme). Et cette banalisation, cette inertie, cette indifférence, voilà qui devrait nous mettre aujourd’hui en colère.

Cette colère est bien expliquée par celles qui sont féministes. Par exemple ici (Christine Delphy, reprenant un post d’Irène KAuffer) ou ici (Crèpe Georgette) ou ici (Irène Kauffer) ou ici (Marie Donzel). Elles nous donnent des bonnes raisons d’être en colère. Car ce sont les arguments masculins en faveur de la tolérance qui les mettent en colère. Et notre silence aussi bien.

Alors notre forteresse du confort mâle tient toujours. Il faudrait un mouvement d’hommes significatif qui relaye cette légitime colère et qui appuie une décision institutionnelle pour que les choses changent. Que nous ne laissions plus passer ni les expressions ni les gestes. Que la honte change de camp, que la peur change de camp. Que les clients de la prostitution aient peur d’être poursuivis.

Un « gros porc » va peut-être être écarté. Un de plus, et sans grande souffrance pour lui. En réalité, rien ne change dans notre forteresse, rien n’appelle à changer les comportements, sauf à être « plus prudent » ou plus discret.

Nous sommes des cochons, et des complices des cochons et solidaires des cochons, de ces cochons que sont les hommes. Nous considérer comme meilleurs que les autres hommes, comme capables de nous maîtriser, c’est à dire de réfréner nos expressions et nos gestes tout en les tolérant sous la surface, c’est participer au déni et aux délits.

Que répondons-nous à ce coup de boutoir ? Individuellement nous ne pouvons faire que si peu, et rien ne change de fondamental en nous. Il y a un travail de fond à faire. Il faut être plusieurs pour le faire. Il faut s’y mettre. Une fois de plus.

***

C’est bien trop court. Se limiter à dire cela, c’est se contenter d’être une « belle âme » avec des sentiments bien fondés. Je tiens à rajouter ceci. Il est très clair que ce sont des femmes qui, dans ce coup de boutoir, font tout le boulot. Et celles qui dénoncent le déni et l’inertie des hommes, ce sont aussi des femmes. Il n’y a pas une voix d’homme ayant du pouvoir social qui se fasse entendre. (Christine Taubira, injuriée de manière raciste, et laissée très seule à se défendre, avait eu cette remarque : « j’aurais aimé qu’une belle et grande voix… »).

Il faut donc se demander comment un groupe significatif d’hommes peut renforcer ce mouvement des femmes, lui donner de la légitimité parmi les hommes. Comment faire entrer dans la forteresse le cheval fougueux ? serait une image adéquate. Un tweet ou un mouvement « #un homme mais pas comme ça »  serait un bon début.

Par ailleurs, quand je dis qu’un travail de fond est nécessaire, je m’explique : la sexualité masculine est pétrie de domination. Il y a sans doute une part de violence dans les relations entre le sperme et l’ovule, qui se cherchent mais veulent garder leur libre arbitre. Le sperme cherche à multiplier les relations, l’ovule cherche à sélectionner le meilleur sperme (clivage conflictuel quantité/qualité).  Sur ce sujet, je renvoie au livre de…

Mais cela est la vie de tout animal (insectes y compris) et a donné une infinie variété de collectivités animales. Notre collectivité humaine en est une et se marque par le choix de la domination des mâles sur les femelles (héritée peut-être de singes hominiens antérieurs). Ce choix est un choix de ‘civilisation’, il a connu des variations dans sa formulation et sa pratique. Il est aujourd’hui bien plus obtus (dans la tête des hommes) et scandaleux (dans le vécu des femmes) que dans d’autres périodes historiques. Ce choix n’est pas imposé par la vie sexuelle sperme/ovule évoquée brièvement. Et ce choix, il faut pouvoir le considérer comme obsolète, inadapté à nos conditions de vie (qui ont évolué depuis la vie des singes dans la savane) et à nos conditions culturelles et nos technologies (dont celles de la contraception).

Je renvoie ici à un autre article de Crêpe Georgette ici, et un article de John Stoltenberg . La question qui est débattue ici est la nature de la sexualité masculine d’aujourd’hui. J’ai toujours postulé qu’elle est la même partout, elle part de nos « idées cochonnes » pour aboutir à la violence sexuelle. Il n’y a que des gradations, il n’y a pas de sens de penser que il y aurait des hommes différents, des bons et des mauvais qui ne seraient pas de même nature. Non, il y a un contrôle ou une maîtrise de soi qui varient selon les tempéraments, les éducations, et les moments…

Or il n’y a quasiment aucun regroupement efficace d’hommes, que ce soit sur ces positions ou sur d’autres. Il n’y a qu’une association faible de quelques hommes aux mouvements des femmes quand elles appellent à manifester (pour la défense de l’avortement libre, pour la condamnation des clients prostituteurs, par exemple).

 

***

Je reproduis ici l’article publié par Zero MAcho sur le mouvement de dénonciation d’aujourd’hui. Je ne vais pas le discuter ici, s’il peut être une base de regroupement :

Insulter une femme ? Frapper une femme ? Violer une femme ?
C’est nous, hommes, et nous seuls, qui décidons d’agir ainsi. Ou non.
Une femme insultée, brutalisée, violée ? Quoi qu’elle ait pu faire, c’est l’agresseur, et lui seul, qui est responsable.
Nous sommes capables de retenir nos mots, de réfréner nos pulsions, de nous maîtriser.

Nous, hommes du réseau Zéromacho engagés pour l’égalité femmes-hommes, sommes solidaires des femmes victimes. Nous les écoutons. Nous les croyons. Nous ne mettons pas en doute leur parole.
Nous ne sommes pas solidaires des hommes violents.
Nous ne rions pas aux blagues grivoises. Nous ne cautionnons pas les pratiques de harcèlement. Nous élevons nos enfants dans le respect de l’autre.
Aujourd’hui, nous taire, c’est être complices.

Ce que nous voulons : un monde sans harcèlement, ni insultes, ni coups, ni viols.

Ce que nous demandons aux pouvoirs publics :

  • augmenter les subventions aux associations accueillant des victimes de violences.
  • organiser la formation de professionnel·les (police, justice, centres d’urgence) à cette écoute spécifique.
  • développer à l’école une éducation contre le sexisme et pour l’égalité

 

Cet article, publié dans Féminisme, patriarcat, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Ces coups de boutoir et notre forteresse

  1. bonjour, pour préciser la note introductive de l’article, je n’ai fait qu’une relecture de ce travail de traduction signé tradfem.
    néanmoins, merci beaucoup d’avoir signalé ces articles issus du site feminist current.
    yeun l-y

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.