Ni rumeur ni condamnation, mais…

Il me semble que le mouvement « #me too et #balance ton porc » mérite aujourd’hui une définition claire. Il faut sortir de la confusion. Ce n’est pas un mouvement féministe organisé. Ce n’est pas d’abord un mouvement de plaintes judiciaires. C’est d’abord un mouvement de dénonciation collective. Et c’est cela qui est important.

Sur base d’une organisation plutôt spontanée de blogueuses, tant aux USA qu’à Paris, un mouvement spontané de mise au pilori des violences sexuelles a démarré. Pour beaucoup de femmes, ce fut une libération de pouvoir dire : « vous aussi ? moi aussi ! ». Et de pouvoir ainsi d’abord rendre publique l’agression qu’elles devaient taire jusqu’ici : un mail inaproprié, un geste salace, sinon une violence grave ; et de pouvoir témoigner que toute violence sexuelle subie est une marque qui n’est que partiellement surmontée.

Certaines femmes, allant plus loin, ont désiré désigner plus précisément le coupable de l’agression sexuelle, le soumettant à la vindicte publique qui est aujourd’hui celle des médias sociaux ou commerciaux. Elles n’ont pas déposé formellement une plainte réclamant justice. Mais les médias et les firmes qui emploient des hommes ainsi mis au pilori, en ont tiré des conséquences afin de protéger leur propre réputation. La dénonciation a valu répression immédiate, mais ce ne sont pas les femmes plaignantes qui en sont responsables : ce sont les médias amplificateurs et les firmes soucieuses de leur réputation qui portent la responsabilité de leur décision. Dans ce cadre, les droits légitimes de la défense (être entendu, pouvoir faire valoir des soupçons contre les plaintes…) sont peu appliqués. ils l’ont été pour le Ministre Darmanin, par exemple. Il paraissent moins appliqués aux USA, le « puritanisme » y étant un principe en vigueur dans l’opinion.

Mais ce mouvement de dénonciation collective de toute violence sexuelle me parait très important. C’est un mouvement de masse qui rend visible sur la place publique un ensemble de phénomènes connus mais rendus invisibles par la tolérance masculine. Le retournement de la preuve est essentiel : le phénomène de la violence sexuelle doit être considéré comme l’évidence naturelle, c’est le contraire qui doit être prouvé. Andréa Dworkin affirme (dans le dernier recueil publié en français) que les combats à mener  sur le terrain de la domination masculine sont ceux contre la violence sexuelle, la violence brutale intra-familiale, la prostitution, la pédophilie et la pornographie.

Vouloir amoindrir ce combat en le regardant comme une forme de puritanisme, mené par des féministes à l’agenda caché, c’est une démarche qui renforce le déni masculin. Je cite :

Le procureur de la République de Paris, François Molins, a salué dimanche la libération de la parole des victimes d’abus sexuels dans le sillage de l’affaire Weinstein mais il a mis en garde contre les dangers d’un « tribunal médiatique ». « Si cette chape de plomb cède enfin, c’est très bien. Mais il ne faudrait pas que ‘rumeur vaille  condamnation’. (…) Il existe un droit absolu à l’information mais il ne saurait y avoir de tribunal médiatique », affirme le procureur dans un entretien au Parisien. Le procureur rapporte également que le nombre de plaintes pour harcèlement et agression sexuelle a augmenté de 20% à 30% à Paris à l’automne à la suite de la campagne #balancetonporc, avec un pic de 154 plaintes pour le seul mois d’octobre. « Mais cet effet est en train de retomber pour revenir à la situation antérieure, soit entre 80 et 120 plaintes par mois. Quant aux viols, les chiffres sont restés stables avec environ 700 plaintes annuelles », ajoute-t-il. Dans ce domaine, il souligne que des mesures ont été prises pour mieux accompagner les personnes désirant porter plainte. « Une victime de viol qui se rend désormais à l’hôpital avant d’avoir porté plainte sera tout de suite examinée. Et au nouveau tribunal (qui ouvrira à Paris en avril, ndlr), un dispositif permettra à celles dont l’état le nécessite une prise en charge immédiate sur le plan psychologique ou social », détaille François Molins.

Dans cet entretien, il se dit par ailleurs favorable à ce que soit fixé à 13 ans l’âge minimum du consentement à un acte sexuel, qui doit être tranché par un futur projet de loi. « Il y aurait ainsi une cohérence avec l’ordonnance de 1945 sur la protection des mineurs: 13 ans, c’est l’âge à partir duquel on est accessible à des sanctions pénales. Ce serait le seuil du discernement, en quelque sorte », fait valoir M. Molins. En novembre, le président Emmanuel Macron s’est prononcé à titre personnel pour 15 ans. Un projet de loi avait été annoncé après la polémique créée par le cas d’un homme de 28 ans poursuivi en justice pour « atteinte sexuelle » et non pour viol, car sa victime de 11 ans était considéré comme consentante.Un rapport d’information de l’Assemblée nationale présenté jeudi propose notamment que tout acte sexuel commis par un majeur sur un mineur de moins de 13 ans soit considéré comme « une agression sexuelle aggravée et, en cas de pénétration, un viol ».

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