France : le pouvoir judiciaire et le gouvernement ne veulent-ils pas entendre les femmes violentées par les hommes ?

Dans le dossier « Jacqueline Sauvage », j’avais souligné plusieurs attitudes étonnantes des milieux judiciaires durant les deux procédures (instance et appel) et pour l’examen de la libération sous conditions souhaitée par le président de la république. Que ce soit le procureur, les juges et les commentateurs, que ce soit le tribunal d’application des peines, On a pu relever des erreurs, mais aussi des contre-vérités et des manipulations, et un manque de respect pour la femme violentée qui avait tué. Je ne fus pas le seul à le dire.

Deux chroniqueuses judiciaires ont assisté récemment à une procédure d’appel qui portait sur le meurtre par son fils d’un père violent. Elles en font un récit des débats qui est choquant. Elles soulignent qu’elles ont été choquées.

On y voit la Présidente de la Cour d’assises, statuant en appel après une condamnation à 7 ans et demi de prison,  s’acharner sur la nouvelle épouse du père assassiné, qui avait suivi l’enfance malrtraîtée du fils depuis ses trois ans. Alors que cette femme est appelée à la barre pour témoigner de ce que ce fils a subi et de ce que ce père et époux était terrorisant, voilà qu’elle se fait questionner durement sur sa propre vie et son absence de plainte à la police. Elle est tombée évanouie, et a été évacuée à l’hôpital, sans un regard de la juge qui avait suspendu l’audience et s’était retirée. Et c’est très simple : ce violent questionnement à charge a fait que le témoignage de cette femme en faveur de l’accusé n’a pu avoir lieu.

Le gouvernement espagnol avait décidé il y a peu de donner des formations à ses juges concernant les violences faites aux femmes. Et la libération sous caution de cinq violeurs condamnés en première instance et soupçonnés dans une autre affaire, libération dans l’attente du déroulement du procès d’appel montre à l’évidence que ces formations et sensibilisations sont nécessaires. Cette affaire française montre à l’évidence que le besoin est aussi réel en France !

On trouvera l’article (paru dans l’OBS) ici. (1)

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Mais le gouvernement français donne un signal contraire à cette attention nécessaire. L’association Européenne contre les violences faites aux femmes au Travail (AVFT) avait protesté de manquer de moyens pour assurer une permanence téléphonique d’écoute et d’aide des femmes avec le surcroit de demandes avec la campagne MeToo, et avait interrompu cette permanence (elle a été rétablie depuis). Qu’a fait le gouvernement ?  Il a ouvert sa propre ligne téléphonique et vient de fait paraitre un appel d’offres pour tout organisme qui voudrait assurer non seulement ce service mais toutes les missions dont est chargée l’AVFT, dont l’écoute, l’information, l’accompagnement. Et cet appel vaut pour à peu près 18 mois (jusque fin 2019), durée qui ne permet pas de constituer une équipe compétente et de la conserver… Ici encore c’est le mépris des méthodes et des compétences nécessaires pour aborder la question des violences faites aux femmes, qui est choquant. Une lettre explicative, ainsi que les organisation signataires, peut être consultée notamment ici.

(1) On méconnait aussi les différences de milieu social et culturel entre les personnes qui comparaissent aux Assisses et les autorités judiciaires. On voit les juges dénier toute confiance aux paroles des femmes de ces dossiers, parce qu’il ne peuvent ajouter foi au récit d’un vécu qui est totalement étranger à leur propre culture sociale. Là aussi une formation et sensibilisation devrait veiller à rapprocher le « Siège » du « terrain »…

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