Faire peur pour ameuter les mecs virils

Je tombe sur un blog, dont je ne donnerai pas le nom, dont l’auteur a fait une démarche exemplaire de masculinisme « spontané ».

Il commence en énonçant une « perplexité », usant de l’expression interrogative « Combattre le mâle par le mal ? » :

Quelque peu perplexe sur l’efficacité réelle du hashtag « #BalanceTonPorc » pour aider les femmes à se faire davantage respecter dans notre douce France, je me suis imaginé ce que pourrait donner la parole libérée d’un féminisme poussé à l’extrême. Celle d’un féminisme profondément misandre, manichéen, qui consisterait à voir en chaque homme un porc, un pervers, et en chaque femme, une victime, une proie. Comme une version caricaturale hardcore d’un type de discours féministe dans lequel la cause des femmes se résumerait à une partie de chasse à l’homme interactive.

Mais ces doutes sur « l’efficacité pour aider les femmes » ne demandait pas de s’imaginer un enfer pour les hommes, de se préoccuper de tous les porcs !

L’auteur énonce trois ou quatre phrases imaginant cette « chasse à l’homme » : il n’est sans doute pas facile pour lui de s’appesantir sur un délire si éloigné de toute réalité. Mais bon, on a le droit de rêver…, et même d’imaginer le pire, pour se faire peur. C’est l’opération qui était souhaitée ici par notre auteur. Et il ne s’arrête pas là.

C’est ensuite que vient l’intéressant : on nous sert un « Manifeste de l’utra-féminisme, mouvement de résistance à l’oppression masculine ».  J’ai été interpellé par quelques arguments de ce texte, et j’ai vérifié sur Internet : aucun texte de ce genre n’est public, il n’existe que sur ce blog. Et effectivement, j’avais sauté le paragraphe terminant le délire précédant et introduisant ce titre et ce texte du « Manifeste » :

Tout ceci est bien sûr fictif. A l’instar du manifeste purement imaginaire qui suit, proposé par des « ultra-féministes », tout aussi imaginaires, qui entendent faire cesser le « grand complot masculiniste ». Est-ce que ce grossissement des traits est l’occasion de rire, ou de s’inquiéter ? A chacun/e de voir.

Pour moi, c’est l’occasion de dénoncer toute l’opération !. Car ce « grossissement des traits » est un fantasme nettement masculiniste, d’un masculinisme très grossier, dans les deux sens du mot.

Juste un exemple (en 4e ligne) :

On sait désormais avec certitude que chaque membre de l’espèce masculine est un prédateur sexuel en puissance qui s’ignore, un simple animal assoiffé de chair et de sang, obligé de calmer l’appétit vorace de son entrejambe sous peine de se découvrir tel qu’il est vraiment ; un criminel en liberté, un coupable présumé innocent, un chasseur en chaleur. De l’autre côté, se trouvent les femmes. Les victimes non consentantes des actes de barbarie du sexe « fort ». Condamnées pour toujours à supporter la pénétration en leur fort intérieur de l’oppresseur, à…

La description de l’homme est tout à fait « essentialiste » : « un animal assoiffé de sang » (vous aurez reconnu le dangereux moustique ou le requin dans certaines conditions), soit tout le contraire d’un homme socialement acculturé pour dominer.dans une société hiérarchique et qui abuse de son pouvoir (sauf éventuellement dans certaines conditions). La description de « la femme » découle de cet essentialisme et en fait une victime éternelle, par pure logique ou pure imagination. Ne cherchez aucune ressemblance avec le vécu de femmes concrètes, par exemple celles qui ont témoigné sur « MeToo » !

En fait, ce qui a révulsé notre auteur, c’est l’expression « Balance ton porc ». C’est un pur délire, semble-t-il dire, il n’y a aucun porc parmi nous, et la charge n’est donc pas efficace pour « amadouer » les hommes. Et, hypothèse logique que je déduis de cette affirmation, la nature des hommes n’a pas être discutée, ils sont naturellement comme ils sont (plutôt que fabriqués dans une culture sociale), et il faudra « se les farcir », mesdames, car on ne saurait être victime de ce qui est naturel et donc légitime. D’ailleurs, il évoque une « douce France », lisez : où toute violence est absente par nature.

Non, les masculinistes veulent qu’on considère le mâle comme un bien ! Ils n’accepteront aucune critique.

C’est scandaleux, mais c’est bien moins important que la situation réelle des femmes. Plutôt qu’un combat anti-masculiniste, Il faut à mon avis surtout un mouvement des hommes favorables au féminisme qui s’affiche comme tel, pour apporter leur aide à ce mouvement.

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