« Tu ne tueras point », cette hypocrisie masculine

On pourrait se moquer du pape. Mais le problème est bien plus général.

Une des caractéristiques de l’espèce humaine, c »est sa propension à tuer ses congénères. En général, les animaux mâles se mesurent au combat, mais ils en arrivent rarement à s’infliger des blessures mortelles. Ils ne tuent pas gratuitement. Les humains au contraire ont développé ce travers à un point terrifiant, et ils l’ont décuplé par l’invention d’armes de plus en plus sophistiquées.

Par ailleurs, notre espèce a eu le malheur de « dépasser les limites ». Sans pouvoir s’en rendre compte à temps, elle est arrivée à un point d’exploitation des ressources terrestres qui menace son existence sur terre : trop d’humains demandent trop de confort qui compromet l’environnement naturel nécessaire à la survie humaine, à commencer par les conditions climatiques, mais en songeant aussi aux moyens de se nourrir, de se chauffer, d’assurer sa sécurité. Il semble qu’elle doive aujourd’hui prendre des mesures draconiennes dans la précipitation. Et la limitation de l’accroissement démographique est une de ces mesures importantes.

Mais pour le pape, l’important n’est pas là. L’intolérable, c’est l’avortement.

« Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ? », a demandé le pape argentin aux fidèles rassemblés sur la place. « Ce n’est pas juste de se débarrasser d’un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème ».

L’Église catholique a toujours eu un problème avec les enfants. Jadis elle a imaginé un « jugement dernier » à la fin des temps : mais alors où se trouvaient conservés les innombrables enfants qui mourraient en naissant ou en bas âge : elle a imaginé un paradis provisoire, les Limbes, réservé à ces âmes pures. Par la suite, ayant imaginé un jugement dernier immédiat à la mort de chaque individu, elle a sacralisé tout enfant dès avant la naissance.

On sait que le patriarcat masculin a pour volonté de s’approprier les enfants des femmes (ce sont elles qui portent et développent, qui font naître et qui nourrissent les enfants) en leur donnant le nom paternel et en revendiquant l’autorité sur leur destin. On sait que les hommes ont longtemps négligé la survie des femmes au cours de leurs trop nombreuses grossesses.

L’église catholique pousse cette prétention jusqu’à l’absolu en prétendant que le foetus est dès l’origine un être humain, un « quelqu’un ». Ce qui est absurde. Et, sachant que le personnel de santé aujourd’hui assure heureusement les avortements dans des conditions suffisantes d’hygiène pour ne pas mettre en danger la femme gestatrice, elle s’en prend à ces personnes en les traitant de « tueurs à gages ». C’est odieux.

Elle n’avait pas de prise jadis sur les « faiseuses d’anges » qui se savaient dans la clandestinité, dans la solidarité féminine.

On aimerait que l’Église soit plus prompte à résoudre les conflits armés ! (Il ne suffit pas de proclamer « Plus jamais la guerre !). On souhaiterait que l’Église soit plus prompte à dévoiler les criminels dans ses rangs, auteurs d’agressions pédophiles et autres viols au lieu de devoir admettre les rapports des autorités civiles.

On souhaiterait que l’Église montre sa capacité à mobiliser les hommes pour le bien de l’humanité, pour sa sauvegarde face au dérèglement du climat, aux guerres endémiques et face à l’exploitation excessive des ressources.

L’humanité masculine s’entretue et elle ne s’offusque que de ce que font les femmes. Or les grossesses sont aussi dues aux hommes ! Ceux-ci devraient donc se taire à ce sujet, rien de plus.

Rajout : L’Ordre des Médecins français s’est offusqué par une lettre ouverte au pape, des propos scandaleux qu’il a tenu. Quand j’ai avancé mon argument, je me demandais si cette analyse était fondée. Voilà une belle confirmation ! L’église n’a pas réagi, mais les divisions augmentent manifestement parmi les ecclésiastiques, et le récent forum sur les jeunes n’a pas convaincu grand monde.

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