Une « leçon de choses » : les fruits des adultes

Récréation. Le texte qui suit a été conçu en prévision d’une « soirée poétique pour adultes » proposée comme animation dans notre bibliothèque municipale. Je l’ai appelé une « leçon de choses » : c’est une technique éducative de la fin XIXe (et après) qui consiste à partir d’un objet concret pour transmettre un savoir à l’auditeur. Et ici, il s’agissait de parler d’un fruit que les hommes devraient mieux connaître. Ce n’est pas un poème, mais seulement un texte rythmé pour une lecture publique. Il a eu son petit succès. Bonne lecture.

Nous aimons les fruits retrouvés,

nous redécouvrons avec plaisir les légumes oubliés.

Qu’on songe seulement au fameux verger conservatoire associatif d’un village voisin, comportant 200 arbres fruitiers : c’est encourageant !

Des pommes, des poires, des scoubidous, non, mais des cerises des prunes, de la vigne aussi.

En outre, on voit fructifier bien des livres sur le sujet qui nous parlent de plus de 600 variétés de fruits.

N’évoquons qu’une pomme de notre région, (même si j’ai récemment goûté à une autre, la mystérieuse « Patte de Loup »), je parlerai brièvement de la Pomme « Barbe ».

Si la barbe est à la mode dans certains pays, à certaines époques, si c’est une question pour tout homme un jour (« La barbe, la porter ou pas ? »), au point que d’un sujet ennuyeux, on dit « La barbe! » ,

eh bien, il existe en Ardèche, en Drôme, et à la limite de l’isère, dans les régions montagneuses, me dit-on, un fruit excellent qu’on appelle « la Barbe ».

Précision : Elle n’a rien à voir avec la barbe à papa ! À l’épiderme jaune ou rouge, à la chair blanc verdâtre, elle est délicieuse en bouche…

On l’appelle aussi « Courby » ou « Courbis ».

***

Mais je m’égare, hésitant d’aborder un sujet plus piquant. Je souhaite en réalité vous parler d’un légume récemment redécouvert. Un légume qu’en vérité, on n’avait jamais sérieusement étudié. Pourtant c’est un légume très courant, que nous avons qui sous les yeux, qui sous la main.

Oh c’est un légume discret, caché presque sous la surface, tout petit Et caché sous une jolie touffe, herbeuse disons. Et pour le faire apparaître, on a coutume d’y passer le doigt, délicatement, écartant des pétales extérieures comme des lèvres, pour faire apparaître un joli bouton de fleurs, plutôt un bourgeon.

Pour autant qu’on le caresse ainsi adroitement, ce légume se fera plus gros, plus juteux et, disons le mot, plus appétissant, propre à nous appeler à une promenade gustative.

Mais, me direz-vous, ce n’est pas un légume ! Ce n’est pas le bon mot, c’est plutôt un fruit, en apparence un petit fruit rouge !

Bref un légume dénommé le plus souvent par toutes sortes de noms d’emprunt, imprécis mais imagés, qui sont des noms de fruit : un abricot, une prune, que sais-je encore.

Un fruit, j’en conviens, et ce fut ainsi jusqu’il y a peu.

Pour tout dire, les hommes de science ne s’étaient jamais penchés sérieusement sur le sujet, à croire qu’ils se déchaussaient de leurs lunettes quand ils s’approchaient de la chose…

***

Petit fruit qui resta donc toujours enrobé de mystère. À la vérité, que de bêtises les hommes ont pu raconter sur ce petit fruit ! Trois petits mots d’histoire…

L’antique Hippocrate estimait que les femmes ont une « semence » : la cyprine, et qu’il leur suffit de jouir pour être enceintes.

Par suite, au Moyen Âge, selon cette doctrine et malgré la profonde méfiance de l’Église vis-à-vis du plaisir charnel, les médecins préconisent des traitements pour assurer une bonne fertilité : enduire d’huile parfumée un doigt et frotter le bouton d’amour dans un mouvement circulaire.

En 1751, un médecin philosophe français, Julien Offray de La Mettrie, , écrit L’Art de jouir, une apologie de la volupté, évoquant le bouton de rose.

Tout au contraire, en 1760, Samuel Tissot, médecin suisse, dénonce vigoureusement la masturbation clitoridienne dans L’Onanisme, dissertation sinistre sur les maladies produites par la masturbation.

Robert Bourguignon, un assistant du chirurgien de Napoléon, exécute plusieurs ablations de clitoris, le considérant déjà comme une excroissance tumorale bénigne.

D’autres scientifiques en prônent l’excision, comme excroissance hermaphrodite, une erreur de la nature en quelque sorte.

Cette manie de l’excision sera pratiquée dans les pays protestants, plus puritains, mais aussi en France, jusque dans les années 1960 ! Qui l’eut cru !

Il s’agissait, prétendait-on, de guérir l’hystérie, la nymphomanie , l’épilepsie, etc.

Alors que d’autres voyaient un meilleur traitement dans le petit massage déjà connu d’Hippocrate… remis au goût du jour vers mai 1968 !

Voilà pour les bêtises masculines.

Ce n’est qu’en 1998, qu’un premier résultat un peu sérieux de recherche mené par une femme, Helen O’Connell, nous est venu d’Australie. Elle avait voulu retrouver chez la femme l’équivalent du « nerf érecteur » présent chez l’homme et avait ainsi relancé un secteur de recherche très négligé.

Et ce n’est qu’en 2009 qu’on va faire la découverte, grâce à la technique du sonographe, utilisée par la gynécologue Odile Buisson, avec l’aide d’un urologue.

Et ce n’est que depuis un an ou deux, que j’ai appris la découverte : non ce n’est pas un fruit de surface, mais c’est tout un légume, qui comporte deux bulbes (cela, on le savait depuis 1668 avec un médecin hollandais, mais on y avait pas attaché d’importance, durant quelques 340 ans), des bulbes qui deviennent avec l’excitation des excroissances qui s’enfoncent bien profondément, sur quelques 10 centimètres.

Et vous, le saviez-vous ? Moi, je l’ai trouvé sur l’encyclopédie du Web !

***

J’entends déjà ici les commentaires des jardiniers prétentieux,

s’exclamant : « Comment ! Seulement 10 centimètres ?

Mais chez l’homme, le légume atteint couramment 14 centimètres ! »

Ouh, les prétentieux, n’allez pas trop vite en besogne,

car chez la femme, il y en a deux !

Et dix plus dix, faites le compte, vous voilà méché !

Bien plus, en se gonflant, ce petit légume ouvre un long chemin sous la surface, vers ce nid fameux, qui accroit la fertilité du jardin humain.

***

Quand on y pense, c’est proprement incroyable. Nous sommes si souvent passé auprès de ce légume, plongeant notre petit outil, passant et repassant selon notre bon plaisir, et nous n’avons rien vu de cela, résumant le monde à notre propre vision d’homme. Faut-il être bête !

Et c’est bien l’avantage des fruits retrouvés, des légumes oubliés, qui nous fournissent l’occasion d’une « leçon de choses », cette belle expression de jadis pour les leçons simples et pratiques, indispensables à l’enfant comme à l’adulte.

Aujourd’hui je vous en ai évoqué deux : la Courbis et le Clitoris, en français courant la Barbe et l’abricot.

A la réflexion, c’est peut être un autre nom qu’il faudrait adopter pour ce légume/fruit : puisqu’il n’est pas très différent de celui de l’homme, on pourrait désigner le petit fruit des femmes sous le nom de GLAND !

Et vous penserez à tout cela quand vous y goûterez un de ces prochains jours.

***

Revenant sur ce sujet, notamment sur la page Wikipédia qui m’avait instruit, je vois qu’elle a fortement évolué depuis 2015 et que ma trouvaille du nouveau nom de fruit pour le clitoris (le gland) était déjà adoptée  par les scientifiques depuis des décennies ! J’ai lu récemment un article sur Mme Helen O’Connel, l’australienne devenue première urologue féminine ; et cet article de commentaire montre que le clitoris est périodiquement « découvert » tout simplement parce qu’il est régulièrement « remis dans le tiroir » par les faiseurs d’opinion scientifique : abandon des illustrations, des références, etc. Une méconnaissance organisée, contre laquelle les chercheures femmes doivent lutter. Cet article est ici.

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