Ligue du Lol : « La honte n’atteint pas les messieurs »

C’était nouveau. C’était le début des réseaux sociaux, Tweeter et Facebook. C’était si fun. C’était pour rire. Un amusement de potaches, de sales gamins. Ils sont des hommes connus, ils l’étaient déjà à l’époque. Une trentaine. Membres d’un « groupe secret » qui existe toujours. Ils avaient des followers qui les ont aidé à mieux rire avec eux.

Ils ont profité de leur pouvoir pour harceler. Ils se sont amusés à dire du mal de certaines personnes. Ils ont invité leurs amis à en rajouter. A les dénigrer par des images. Fausses. A les abuser par des fausses nouvelles, par des pièges téléphoniques.Ce furent jusqu’à des campagnes terrorisantes, traumatisantes. Qui vous blessent à jamais. Qui laissent des cicatrices, une faiblesse définitive.

Parce qu’elles étaient femmes, parce qu »elles étaient grosses, parce qu’elles étaient non blanches. Parce qu’elles n’étaient pas comme eux. Et qu’ils pouvaient les dominer à plaisir. Elles étaient parfois leurs collègues, ou candidates dans ce milieu professionnel.

On en a tous entendu parler de ces harcèlements traumatisants sur les réseaux sociaux. On accusait souvent la bande des « 18-24 » sur un site de forums autour des jeux vidéos. Il n’y avait donc pas que cela : il y avait des hommes arrivés, installés. C’était de la masculinité ordinaire. La part de mépris, indifférente aux conséquences, présente en toute domination. Qui rend la domination si fun. Le plaisir pris entre soi.

***

Suite à un article dans une sous-page web de « Libération », ils ont commencé à reconnaitre. A minimiser ( » Les images, c’est pas moi » ; « après deux ans seulement, j’ai arrêté »).

Il y avait beaucoup de fascination autour de nous, on était un peu les caïds de Twitter. Il y a une part de vrai là-dedans, une part de gens qui ont pu se sentir légitimement harcelés. Mais il y a aussi une grosse part de fantasme. On nous a un peu attribué tous les malheurs d’Internet.

Et à « s’excuser » :

Aux personnes qui se sont senties visées ici ou ailleurs depuis 11 ans par une ou plusieurs de mes saillies ricaneuses, je peux difficilement dire autre chose qu’un sincère « je m’excuse, c’était vraiment pas malin, et ça ne se reproduira plus, dit l’un.

« (Ce que j’ai fait) c’est de la merde, on est d’accord. (…) Ce n’est pas un truc de groupe, j’ai fait ça tout seul, dans mon coin. C’était des personnages qui avaient une résonance un peu plus forte sur Twitter, qui pouvaient t’agacer, et tu viens les titiller de manière bête. Mais ce n’était pas dans le but de faire du mal. On ne se rendait pas compte des conséquences. Ce n’était pas spécialement ciblé contre les féministes ; à l’époque, je ne savais même pas vraiment ce que c’était. Avec le recul, ça peut donner cette impression, c’est vrai», concède un autre

J’espère avoir cessé depuis, et je me sens très stupide d’avoir eu à attendre des témoignages pour me rendre compte de cet effet de meute, a écrit un troisième.

Je mesure aujourd’hui la dégueulasserie de ces actes et je n’ai pas d’excuses pour cela. Je suis désolé.

Ce qui me frappe, c’est l’incapacité des mecs à avoir vraiment HONTE. Et à le dire. A trouver les mots. Si, il y a quelques aveux sincères. Mais partiels, mais minimisés. Et avec toujours l’affirmation d’une bonne foi de gamin surpris par les conséquences.

Les hommes n’étalent pas leurs turpitudes en public. Même pas à leurs amis. Parfois ? Très rarement. Ils ont très difficile à reconnaître qu’ils ont honte. Le déni, l’effacement, cela les connaît.

ET pourtant la honte, les hommes connaissent. Tous nous connaissons des personnes « qui devraient avoir honte » : ce n’est que l’expression de notre mépris (qui est parfois justifié). Cela nous donne un sentiment passager de pouvoir et de domination.

Mais pratiquer le dénigrement en groupe en visant des personnes plus faibles, leur « faire honte », c’est spécialement une pratique d’hommes. Et exiger des femmes qu’elles soient assez irréprochables pour « éviter la honte » qui les menace, c’est une pratique d’hommes. Et les punir d’avoir « attiré la honte sur le clan » en les tuant, les lapidant, les bannissant, c’est une pratique d’homme. En groupe ou individuellement, c’est une pratique de dominant.

Aujourd’hui, le cyberharcèlement en groupe est un délit. Punissable. Suite à ces abus constatés depuis longtemps. Aujourd’hui #MeToo a renversé la peur.

Mais la plupart des faits sont antérieurs à la loi. Et effacés. En fait, le phénomène était connu depuis longtemps. L’article fait faussement l’impression de répondre à la question « cela a-t-il vraiment existé » mais donne aux criminels la possibilité de donner leur version d’abord. Il a fallu que les victimes s’expriment pour que l’affaire soit médiatisée.

Les femmes sont souvent méfiantes envers les hommes. Tous les hommes. Et autant envers les hommes « alliés » au féminisme. Ou alors une confiance limitée. On ne peut leur donner tort.

Tant que le dominateur en nous ne sera pas déconstruit.

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