« brouillon » (une lettre d’hommes)

Je republie ici la lettre d’interpellation — excellente — produite par ZéroMacho et qui concerne l’examen par le Conseil Constitutionnel d’une plainte contre la loi du 13 avril 2016 qui a établi la pénalisation des clients « prostituteurs » (demandeurs de prostitution). En fait, nous étions quelques-uns à faire connaître cette lettre quand elle est apparue, mais il nous a été demander de postposer notre publication, car on annonçait que « Le Journal du Dimanche » la publierait sans doute en se revendiquant d’un « scoop » ou d’une « exclusivité ». J’avais donc remis mon article dans mon tiroir « brouillons » avec une mention « à publier le 28 février ». Ce que mon serviteur robot vient de faire ! Alors que je l’avais fait de moi-même, encore en janvier… (L’Intelligence Artificielle a encore des progrès Relationnels à faire).

Je profite de ce petit « chapeau » pour insister sur autre chose. C’est faire beaucoup trop d’honneur à cette bonne démarche ! Beaucoup trop d’honneur à ce bon geste des hommes en lui donnant un parfum de généreux altruisme du dimanche. Car c’est (comme d’habitude) d’abord une coalition d’organisations luttant depuis longtemps contre la prostitution qui ont mené campagne pour équilibrer la force des opinions voulant influencer le Conseil Constitutionnel. Quelles forces ? D’un côté la coalition des « plaignantes » : des « travailleurs du sexe » (qui réunit sans doute une majorité de femmes, mais aussi quelques hommes au travail – et qui ne représente pas, loin s’en faut, l’ensemble des travailleuses du « secteur » (économique…), dont la plupart n’ont pas le droit ni les moyens d’exprimer leurs volontés librement !) et, bien évidemment, sans doute dans l’ombre, la coalition des « industriels du sexe », tous ces « gentils organisateurs » qui s’en mettent plein les poches en exploitant le corps (et l’équilibre et le bonheur) d’autrui. De l’autre côté la coalition de nombreuses associations qui offrent une aide et un espoir aux prostituées et parfois depuis très longtemps (le Mouvement du Nid est créé en 1946, reprenant une action entamée avant la Guerre), et d’importantes associations féministes, telles Osez le féminisme et La CLEF (Coordination française des mouvements européens de femmes) et d’autres.

C’est donc faire beaucoup trop d’honneur aux hommes que de mettre en avant leur démarche qui est donc très secondaire. Néanmoins, cette organisation masculine d’alliance avec les mouvements féministes a le mérite d’exister et d’avoir pris comme premier objectif l’abolition de la pratique masculine du recours à la prostitution. Une organisation et un « manifeste » qui a trouvé de nombreux appuis masculins en France et en Europe mais dont les actions restent très faibles et dès lors confidentielles. Le machisme a encore quelques beaux jours devant lui ? Donc, persévérons ! Et réjouissons-nous que le Conseil Constitutionnel n’ait pas trouvé de raison fondamentale de détricoter la loi de 1916.

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil constitutionnel, vous allez examiner une Question prioritaire de constitutionnalité visant à abroger la pénalisation des clients-prostitueurs prévue par la loi du 13 avril 2016, c’est-à-dire à rendre de nouveau légal l’achat d’actes sexuels.

Nous, les hommes, sommes l’immense majorité des clients de la prostitution. Avant la loi « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées », nous jouissions librement et sans complexes du droit, contre paiement, de disposer sexuellement de personnes dites prostituées. C’est ce même droit que certains voudraient aujourd’hui graver dans le marbre constitutionnel au nom de curieux principes : est-ce à dire que nos éventuelles difficultés sociales ou relationnelles, nos fantasmes, nos pulsions prétendument irrépressibles, ou notre simple statut d’homme nous autoriseraient à louer un être humain, le plus souvent une femme, sans aucune considération pour elle et pour son propre désir ?

Ce privilège archaïque nous permettant de contraindre une personne à un acte sexuel contre de l’argent, nous n’en voulons pas ! 

Nous n’avons rien à gagner à cet acte qui fait de nous des agresseurs ne pouvant jouir qu’en dominant l’autre. Acheter un corps, très majoritairementcelui de femmes en situation de précarité ou de détresse, souvent trompées par des proxénètes ou des trafiquants, nous enferme dans un rôle de prédateur.

Un principe de précaution élémentaire nous impose de ne pas ajouter cette violence à toutes celles qu’elles ont, le plus souvent, déjà subies : machisme, maltraitances, agressions sexuelles…

Pénaliser depuis 2016 des clients-prostitueurs a été un puissant symbole adressé à tous les hommes. Cela nous a obligés à réfléchir à notre rapport avec les femmes, à notre sexualité.

Voulons-nous continuer à contraindre et à violenter des femmes ? À ignorer la situation sociale, économique, culturelle qui les condamne à la prostitution, et donc les inégalités dont elles sont victimes, en France et dans le monde ?

A l’heure où, dans le monde entier, elles sont enfin des millions à dénoncer le harcèlement sexiste et sexuel qu’elles subissent, n’y a-t-il pas d’autre urgence que celle d’inscrire dans nos principes fondamentaux un « droit de harceler » tristement négocié avec un billet ?

Nous ne voulons plus de ce système patriarcal, inégalitaire et porteur de toutes les violences : verbales, physiques, sexuelles, psychologiques.

En nous interdisant d’acheter le corps d’autrui, le législateur a posé comme principe que les femmes ne sont pas prédestinées à servir d’exutoires ou d’objets de défoulement aux hommes,lesquels ne sont pas davantage prédestinés à se comporter en prédateurs sexuels. C’est plutôt ce principe-là que nous voulons voir confirmé par la loi.

Nous affirmons que les femmes sont nos égales en tous points, et qu’il ne peut y avoir d’égalité tant que des hommes pourront, en payant des femmes, leur enlever le droit de dire non, droit si chèrement acquis et aujourd’hui si unanimement célébré.

Nous affirmons que la liberté sexuelle n’est pas à sens unique : elle ne peut se construire que dans une relation égalitaire, sur la base d’un désir réciproque. Nous voulons vivre dans une société où les infinies possibilités de la sexualité humaine s’expérimentent entre personnes libres et désirantes.

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil constitutionnel, ne sanctuarisez pas le statut d’agresseur sexuel ! En cette période de grands changements dans la société, offrez-nous la possibilité de changer avec elle,affirmez le principe d’égalité femmes-hommes !

Cordialement,

Les responsables de Zéromacho

 

Il y a sûrement dans votre entourage des hommes prêts à dire publiquement NON à la prostitution et OUI à l’égalité femmes-hommes. Prière de leur proposer de signer le manifeste sur le site zeromacho.org ! L’union fait la force !

Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.