Pas de déconstruction du masculin sans attention aux classes sociales

Il y a longtemps que je voulais concevoir un article sur ce thème. L’actualité de la « Ligue du Lol » et un article publié par Egalitaria sur son blog (qu’on trouvera ici https://egalitaria.fr/2019/02/13/quelque-chose-de-pourri-dans-la-masculinite/ ) sur « l’oppression en bande masculine » que révèle cette actualité, m’oblige à travailler cela. L’article de Egalitaria est excellent, instructif et éclairant. Mon but est uniquement de suggérer une piste supplémentaire.

Elle a écrit :

Ne nous leurrons pas : des « ligues du LOL », il en existe partout – dans les médias, les grandes écoles, les entreprises, la politique, et tous les lieux de pouvoir en général. Elles ne sont que l’expression d’une domination masculine qui entend bien résister à la mixité et à la prise de pouvoir des femmes. Une sorte de « backlash » organisé, qui compte sur la force du groupe pour mieux régner.

Au-delà d’une possible réflexion sur la classe sociale (il y aurait sans doute des choses à dire sur les milieux privilégiés, sur le sentiment de toute-puissance et d’impunité qu’éprouve « l’élite » intellectuelle de la société), cette affaire est surtout l’occasion de réfléchir à la domination masculine et à la façon dont elle s’organise.

À mon sens, l’affaire de la « ligue du LOL » met parfaitement en exergue la façon dont certains hommes utilisent l’oppression en bande organisée pour structurer une solidarité masculine qui leur permet :

  • De renforcer leurs liens et leur sentiment d’appartenance, en se regroupant autour de « valeurs » communes

  • De s’entraider pour gravir les échelons et monter dans la hiérarchie

  • D’exclure tous ceux qui ne leur ressemblent pas, c’est-à-dire qui ne correspondent pas à une masculinité perçue comme représentant le « neutre » et l’universel. Et, ce faisant, de conserver leurs privilèges.

Ce « boys club » permet donc aux hommes de se coopter, se promouvoir, se protéger, et bien sûr de monter dans la hiérarchie – un système particulièrement efficace, puisqu’il ne se fonde ni sur le mérite ni sur les compétences.

Ainsi, la domination masculine est pyramidale. Ce sont des hommes qui se font la courte échelle, s’aident mutuellement à grimper, se recommandent les uns les autres, tissent une toile autour de leurs « adversaires » (les femmes, les gays, les « minorités ») pour mieux les exclure des sphères qu’ils entendent être les seuls à occuper.

Je lui faisais remarquer que les futurs journalistes sont promis à pouvoir fréquenter le pouvoir et que cela peut induire un positionnement de dénigrement actif des autres (femmes, blogueuses&gueurs) en même temps que de survalorisation de soi. Elle m’a renvoyé à une remarque effectivement mise en avant au début de son article (et je viens de la citer) mais me mettait en devoir de développer ma remarque, rejoignant ainsi une intention ancienne de ma part. D’où cet article.

***

On sait qu’il y a différentes hiérarchies qui traversent les sociétés. Pour le dire vite, le genre (masculin/féminin), la couleur de peau (blanc, noir, etc.), les classes sociales (bourgeois/aristocrates, agriculteurs, ouvriers, déclassés), les nationalités ou communautés (intégré/étranger à elles). Certaines communautés peuvent être vues négativement dans de nombreux contextes nationaux ou continentaux, tels les juifs, les arabes… et bien des minorités nationales le sont à l’échelle d’une nation. Sans parler de relations héritées de situations coloniales. Et les groupes linguistiques, les religions, etc., peuvent aussi être source ou motif de discrimination.

La liste est longue et je ne suis pas certain qu’elle puisse être complète. Il y a les discriminations liées à une profession, telle la prostitution mais aussi le statut de « serviteur » d’une personne dominante, ou à un niveau professionnel (le personnel de nettoyage, de collecte des déchets, etc.). Il y a aussi des discriminations individuelles, liées à des critères physiques ou mentaux (le handicap) ou d’age ou que sais-je encore.

Et pour chaque hiérarchie, il y a des pratiques de domination/soumission et des effets qui sont les violences, le mépris, les discriminations, les inégalités.

Certaines personnes peuvent combiner des situations de domination (homme blanc bourgeois, comme c’est mon cas) ou de soumission (la femme noire au pays des blancs, par exemple ; mais déjà l’ouvrier noir dans les pays riches, etc.). Et des situations croisées, tel un homme « de couleur ».

On parle généralement « d’intersection » pour ces combinaisons de situations hiérarchiques. Mais le mot me paraît faible, car il perd l’idée de combinaison, à chaque fois spécifique, de telles discriminations. Je pourrais suggérer le mot d’ « entrelardé », tel qu’employé en géologie pour désigner des couches de matériaux qui se superposent et se mélangent parfois en cas de faille ou d’effondrement. Ce mot résonne également pour moi sur le plan de la psychologie, quand un traumatisme récent fait résonner un traumatisme davantage enfoui dans le passé.

Mais je conçois évidemment que ce mot qui provient d’abord du langage de la boucherie soit inconvenant pour évoquer des situations qui peuvent léser gravement des personnes au plan physique. Comment trouver le bon mot ?

Bref, les situations sociales des individus et des groupes ont tout du « sac de nœuds », et sont souvent non considérées pour ce qu’elles sont, parce qu’on ne s’attache qu’à un cliché dénigrant (« des barbares, des dangereux, des incultes ») sans veiller du tout à la situation vécue par la personne discriminée.

De plus, les situations de domination sont le plus souvent l’objet d’un déni de l’état social et de ses effets discriminants) : le bourgeois, l’homme, le blanc ne voient nulle part qu’ils dominent, mais simplement qu’ils peuvent prétendre à une supériorité naturelle et utile, non discriminante. Rappelons que c’est une femme blanche qui, choquée par l’affirmation qu’elle dominait les femmes noires, a ensuite constitué la « liste des privilèges » en tant que blanche, qui lui faisaient un joli « sac à dos » de ressources privilégiées et d’avantages tout en étant brimée en tant que femme. La démarche a été fructueuse, au point que de nombreuses listes de privilèges ou de discriminations ont été progressivement constituées. C’est une manière de bousculer « le déni de domination » en le rendant conscient.

***

La question de la classe sociale est donc un aspect des hiérarchies sociales, que je veux aborder ici. Pouvons-nous faire aisément un tableau sociologique des classes sociales, de leur culture propre, de leur état économique, de leur modes de relations particulières, et des interactions entre elles ? Bref, de ce qui structure notre société ? Vous en pourrez décrire quelques bribes, si vous êtes attentifs à la question. Mais c’est un sujet peu analysé, peu décrit. On s’en tient à des description sommaires. L’élite, les super-riches, les « 1% » sont le plus souvent réduits à un simple cliché, mal informé. Bref, la problématique est totalement taboue. Je vais juste dire deux mots (vraiment deux mots) de la bourgeoisie, et deux mots du monde ouvrier.

Par exemple (je m’inspire des travaux de Thomas Piketty), on parle souvent des « 300 familles » qui dominent une société, y font ce qu’elles veulent, y compris la distribution du pouvoir. Un rapide calcul ? En France, il y a 32 millions de foyers fiscaux :10% font 3,200,000 foyers, 1% rassemble 320,000 foyers, 0,1 % représente 32000 foyers et 0,01% (un foyer sur 10,000!) désigne 3,200 foyers. Comme les grandes familles combinent souvent de grandes fratries et de belles alliances et plusieurs générations qui se partagent ou qui gèrent ensemble une commune fortune financière, foncière ou industrielle, on peut estimer qu’on a avec ces 3.200 foyers, nos 300 familles. Par principe, il n’y a là aucun gros commerçant, aucun chirurgien, aucun intellectuel de renom ; ou alors, c’est un accident. Cahuzac, le fraudeur ministre du budget ? Un self made man à moitié fortuné. Ces gens-là sont dans les 1 % ou 0,1 %. Et les intellectuels atteignent en général le groupe des 10 %. De même les ministres et en général ceux que nous nommons « l’élite » ont un confortable revenu, mais qui ne fait pas une richesse toute-puissante.

Selon Piketty, en matière salariale maintenant (donc sans regarder les fortunes), les plus gros salaires représentent huit fois le salaire « médian » (50 % gagnent plus, 50 % gagnent moins). Ce salaire médian n’est pas bien plus haut que le SMIC, disons 1250 euros mensuels. Le gros salaire des 10 % les mieux payés fait donc quelque 10.000 € ? Que nenni, vous êtes déjà dans les 10 % avec un salaire de 3000 € mensuels, et les plus gros salaires sont le 1% des salaires. À ce niveau, vous avez sans doute des propriétés et des capitaux, donc des loyers/et ou des rentes qui arrondissent votre salaire ? Vous êtes encore un riche très moyen ! Redisons-le : votre médecin n’est pas riche, votre chirurgien est bien récompensé, mais ceux qui naissent avec « une cuiller d’argent en bouche », c’est à dire avec de la fortune qui se reproduit sans grand effort, on imagine mal qui ils sont. On nous vante des capitalistes nouveaux riches, comme Gates (Windows) ou Zuckerberg (Facebook) ou Brandon (Virgin) ou O’Leary (RyanAir) ; mais avez-vous jamais pensé (et ce ne sont que deux suppositions de ma part pour illustrer le raisonnement) que Jean d’Ormesson (Jean Bruno Wladimir François de Paule Lefèvre d’Ormesson) n’avait pas besoin de gagner sa vie en publiant ses livres ? Que François Fillon ne voyait pas pourquoi il ne pouvait financer sa propagande par de l’argent public grâce à des comptes un peu « arrangés », plutôt que d’entamer la fortune qui maintenait l’entretien de son domaine foncier de châtelain ?

Bref, voilà deux mots tracés sur la « bourgeoisie » pour simplement dire qu’on ne sait souvent pas clairement de quoi on parle comme situations concrètes quand on parle de l’élite. Mais que des traits communs aux diverses strates bourgeoises peuvent être tracés. Par exemple, les grands bourgeois n’imaginent que rarement la violence qu’ils font exercer par leurs gestionnaires d’industrie, leurs métayers du domaine agricole ou forestier, dans l’intérêt de leur fortune. Bref, ils « s’en lavent les mains » et restent propres aux yeux de leur conscience, en ne s’approchant pas du « cambouis ». Quand on liquide une grande entreprise et qu’on condamne au désœuvrement durable des centaines de travailleurs, les actionnaires qui se partagent le capital ne s’imaginent pas responsables et le gestionnaire audacieux et cynique est félicité et rémunéré grassement pour cette décision financièrement heureuse… Une armée de bourgeois exercent des métiers d’élite et d’intellect (ministres, professeurs, scientifiques, hauts fonctionnaires et serviteurs directs du pouvoir, conseillers d’industrie et de communication, éditorialistes…) et s’estiment légitimes, indispensables au fonctionnement social (c’est à dire à sa structure de pouvoir) et payés à un niveau qui ne fait pas une future fortune : eux aussi exercent une violence sociale en légitimant la sélection sociale, la mainmise d’un pouvoir qui se reproduit dans les mêmes milieux. En France, la pratique des « Grandes écoles » (hiérarchiquement supérieures aux universités) assume ce type de légitimation des élites. (Le processus n’est pas le même en Belgique, et la sélection sociale s’y pratique par d’autres canaux). On dit souvent que la haute bourgeoisie entretient un « entre-soi » jaloux et excluant, qui la protège. Elle fréquente des lieux, des milieux que les « non-distingués » ne fréquentent pas. Elle n’aime pas devoir se trouver dans les transports en commun ou les ascenseurs ! Ce n’est pas tant la promiscuité qu’elle craint, que la confrontation. Cet entre-soi lui permet aussi de ne pas se remettre en question. Alors que les chefs gaulois étaient désignés en fonction de leur capacité à vaincre (et se faisaient dégommer en cas de défaite), alors que les seigneurs féodaux devaient être des modèles de bravoure, les aristocrates modernes et les bourgeois ont mis à l’écart toute proximité avec la violence. Pas de plaisir de la bagarre à mains nues pour eux au stade ou au bal du samedi soir ! Pourtant, la masculinité bourgeoise peut aisément exercer une violence sexuelle, par exemple sur le personnel domestique (thème littéraire choyé, loin des violences réelles), sur des prostituées « réservées » (de luxe) ; et elle peut pratiquer une violence financière, des délits d’initié, etc., qui ruineront d’autres personnes et la collectivité aussi, bien souvent. On imagine mal l’innocence consciemment cultivée par la bourgeoisie, nourrie de satisfactions esthétiques et culturelles, permettant de s’illusionner et d’oublier la vie des autres strates sociales, sauf à les magnifier dans une œuvre d’art. La prétention morale et la prétention culturelle sont les deux drogues addictives du grand bourgeois. Elles habillent le « souverain mépris » appliqué à tous les autres segments de la société que ces gens-là pratiquent avec délectation.

Pour ce qui précède, je m’appuie notamment sur une émission de télévision des années ’80, de la série Nuances à la RTBF, avec l’ethnologue Jean-Paul Colleyn, et qui mettait en évidence les pratiques différentes de « valeurs » (cultures/principes moraux) suivant les classes sociales. Elle fut longtemps disponible en médiathèques (il semble qu’elle est numérisée mais peu accessible – on en trouve un écho partiel ici https://www.magic.be/InterieurNuit/Sitedec/Social.html . Plusieurs travaux parlent de la « distinction » recherchée et affichée par ces milieux, par exemple « La distinction » ou encore « Ce que parler veut dire » de Bourdieu ou « Les héritiers » de Bourdieu et Passeron. On peut évoquer les travaux plus actuels de Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon).

Le milieu ouvrier, maintenant, qu’en savons-nous ? Combien gagne un smicard, un chômeur ? (question piégeuse pour les grands bourgeois mais aussi les petits qui prétendent à être « l’élite »). Pourquoi les Gilets Jaunes ont des fin de mois difficiles ? Ils ne savent pas tenir leur budget, dit le mépris bourgeois, sans savoir. L’ouvrier a parfaitement conscience de la soumission qui lui est imposée. Le couple ouvrier, historiquement, a quitté la misère de l’emploi de salarié agricole (et d’aidante pour la jeune fille), il a choisi l’anonymat de la ville et des masses ouvrières. Il est tenu par un contrat de travail. Au XIXe, le développement de l’industrie lui laisse une grande liberté de chercher un autre travail, un meilleur salaire, un dépaysement parfois nécessaire. On va donc chercher à le contraindre et le soumettre par le livret ouvrier (où son histoire professionnelle ou répressive est rendue publique), par les règlements sociaux, par les interdictions d’emploi et même par les organisations syndicales, revendicatives mais disciplinantes, que le patronat va rapidement soutenir. Il est souvent dans la misère et le mal logement, et ne dispose d’aucune éducation, d’aucune culture. Il est tenu par les dettes, par l’alcool, mais que peut-il faire d’autre que des fêtes, des rigolades, du folklore traditionnel des sociétés rurales ? Il vit dans la malpropreté, la promiscuité. La propreté, il va l’acquérir au XXe siècle, et elle va devenir une valeur propre de sa classe : c’est un signe extérieur de richesse, d’un vivre mieux. Il « s’endimanche » pour singer le bourgeois ce jour-là. Il n’a que peu de souci de culture ou d’éducation scolaire : autant rester ouvrier, ne pas viser plus haut et se compromettre, s’écarter de ses pairs. Ce n’est que tardivement (années 50-60, avec les collèges, et les écoles professionnelles) que la classe ouvrière va laisser ses enfants s’intéresser à l’ascenseur social, avec la démocratisation des études pour les meilleurs écoliers.

On aurait difficile à imaginer la fierté identitaire qui a porté les classes populaires au sortir de la guerre et durant les « Trente glorieuses » (1948-1978). Les communistes sont puissants, les organisations syndicales sont fortes, les acquis de protection sociale sont amassés et percolent jusque dans les petites entreprises. Ce n’est pas la gloire et la fortune, mais c’est le logement moderne et la petite bagnole, le camping pour profiter des congés payés…

Mais la classe ouvrière est aujourd’hui totalement déstructurée. L’emploi a nettement reculé, les grandes entreprises réunissant des milliers de salariés ont disparu, volontairement pour liquider les « bastions ouvriers », type Renault Billancourt) puis par la délocalisation et l’automation. Et avec cela, les organisations ouvrières qui structuraient la classe prolétaire, qui lui apportait une culture commune, ont été liquidées sans qu’on s’en aperçoive ou qu’on l’explique.

Ainsi que l’a expliqué Beverley Skeggs, dans son livre : Des femmes respectables. Classe et genre en milieu populaire, Marseille, Éditions Agone, collection « L’ordre des choses », 2015, traduit de l’anglais par Marie- Pierre Pouly : dans la classe ouvrière, les hommes sont plus atteints dans leur identité que les femmes. C’est tout leur fonctionnement social qui a été déstructuré, c’est à dire ces moments de regroupement masculin et populaire à l’usine, au café, au stade, à la cité. Les épouses ouvrières sont tenues de gérer le ménage, de faire « tenir son rang » à la famille et aux enfants, de faire encore bonne figure de propreté. Et elles sont appelées à apprendre des petits boulots déclassés, de soin ou de propreté, mal payés et à horaire incomplet, mais rien n’est proposé aux hommes ou presque. (Elle évoque la période où Margaret Taetcher a liquidé la résistance ouvrière, notamment dans les bastions miniers). Plusieurs femmes avouent qu’elles ont pitié de leur époux et de la vie qui lui est faite, sans grande lueur d’espoir. Les livres de ce type sont rares ( en cherchant ma référence de Skeggs, je suis tombé sur la page https://www.cairn.info/revue-actes-de-la-recherche-en-sciences-sociales-2012-1-page-114.htm qui paraît aussi intéressante). Et cela m’amène à parler de la hiérarchisation et de la discrimination des lieux, des quartiers et banlieues, et des villes ouvrières comme Saint-Étienne, Dunkerque, Roubaix ou Charleroi, et des stigmates qui y sont attachés par des clichés socialement entretenus et répétés. Edouard Louis aborde aussi ces thématiques, notamment dans Qui a tué mon père ?, où il essaye de décrire la déchéance sociale et sanitaire qui va emporter ce père qu’il n’a pas pu comprendre et aimer.

Arrêtons ici, pour ces deux mots sur les ouvriers. Ici aussi, la connaissance est de toute façons aussi limitée.

***

Et alors quoi, pour ce qui est de la déconstruction du genre masculin ? Par principe, j’estime que le cadre masculin est le même pour tous les hommes. C’est un cadre qui se résume à de la domination des femmes (et des hommes faibles), avec de l’exploitation sexuelle, de l’exploitation de travail ménager, de la violence économique et privée, et de la jouissance de cette domination (Cfr le résumé du féminisme par Léo Thiers-Vidal iciici). Mais on comprendra que cette domination se pratique selon des modèles et des contextes très différents. Autrement dit, qu’on peut mettre « tous les hommes dans le même sac » et que pourtant ils peuvent avoir des vécus très différents.

On constate de la violence masculine, physique et sexuelle dans tous les milieux sociaux. On constate de l’incapacité masculine à prendre une part des travaux ménagers (et de la charge mentale bien plus encore) dans tous les milieux. On constate de la répugnance ou de la maladresse à s’occuper des personnes et des relations humaines (le soin, le « care ») répandue chez tous les hommes. On pourrait presque dire que les hommes sont tous fabriqués dans le même moule.

Et pourtant, il y a aussi des différences manifestes. Pour bien des ouvriers, atteindre un niveau de salaire qui permettait que l’épouse « reste à la maison » était un idéal affirmé. Pour bien des bourgeois, c’est la multiplication du personnel domestique qui était l’idéal, et le rôle de l’épouse comme gestionnaire de la maison, mais aussi de la culture et de la morale, était recherché. (Je parle au passé, car ces visions caricaturales ont sûrement évolué, et notamment l’autonomie économique de la femme est moins combattu qu’auparavant). Et on peut comprendre que les hommes de la classe ouvrière vivent des frustrations (de soumission) que la haute bourgeoisie ne connaît pas. Mais on ne fait aucun rapprochement entre la soumission professionnelle de l’ouvrier et la soumission personnelle de l’épouse ! Pourtant ces deux types de soumission amènent les intéressés à des compromis, un refus de rébellion (refus du féminisme pour elles, refus de se battre collectivement pour eux) qui pourrait leur ouvrir les yeux…

Je ne veux pas dire que les situations sociales distinctes des hommes ouvriers ou bourgeois permettent de parler de Masculinités différentes. Je ne le crois pas. Je pense que tous les hommes ont à se confronter à leur même statut de dominateur, individuellement et collectivement (c’est le sujet d’un autre article à écrire), même s’il y a des variations d’expérience vécue. Il y a une « proximité de genre » offerte et partagée par tous les hommes d’une même société, avec des rituels communs ou proches (il y a des sports de prolo et des sports de bourge…). Ils se reconnaissent, même s’ils se méprisent dans leurs relations entre milieux sociaux distincts (peu fréquentes).

Il y a sans doute des variations, et des visions sociales distinctes, et cela amène à penser que la communication sur la masculinité pourrait être déclinée avec des accents différents. Des hommes subissent une violence sociale particulière à leur milieu et traumatisante (violence qu’ils peuvent avoir tendance à reproduire) et il faut alors partir de cela. Mais cela n’est pas vrai pour tous, loin s’en faut. D’autres peuvent avoir vécu une violence individuelle particulière. Paradoxalement, le milieu bourgeois peut présenter des travers déshumanisants, avec des relations de parade et peu sincères.

***

Voilà pour le thème que je voulais brièvement aborder. Il est assez peu concret, car je n’ai pas mes notes et ma documentation accessible autant que je l’aurais souhaité. Mais je n’ai pas une compétence de sociologue et, encore une fois, ce n’est pas un sujet tellement exploré.

***

On peut alors prendre l’actualité de la « Ligue du LOL » comme un exercice pratique… Quel « entre soi » est révélé par ces harceleurs ? Quel exercice du pouvoir ou quelles valeurs sont pratiquées qui faciliteront la fréquentation des élites politiques et économiques ?

Mais je renonce en fait à explorer ce sujet. Deux bons articles ont paru depuis ma rédaction (ci-dessus) sur l’affaire, notamment par Crèpe Georgette ici et par la revue Axelle ici, mais aussi par d’autres. Je m’abstiens donc.

 

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