D. Trump n’est pas un mâle Alpha

Les États-Unis avaient deux solutions : en réalisant l’étendue de la mutation et l’immensité de leur responsabilité, ils pouvaient devenir enfin réalistes
en menant le « monde libre » hors de l’abîme, ou s’enfoncer dans le déni. Ceux qui se dissimulent derrière Trump ont décidé de faire rêver quelques années
encore l’Amérique pour retarder l’atterrissage en entraînant les autres pays dans l’abîme — peut-être définitivement. (Bruno Latour, Atterrir)

«Je suis la personne la moins raciste au monde», a déclaré Trump, président de l’hyper puissance étasunienne. Cela après plusieurs attaques délibérées envers des élues & élus de couleur non blanche, qui ne lui avaient pourtant rien fait.

Déclaration ridicule, car il n’y a pas de compétition à être « le moins raciste », cela n’a aucun sens : on est raciste ou non, on peut l’être à moitié, mais pas « doublement » non-raciste.

Mais déclaration totalement masculine, car les hommes sont sans arrêt en compétition pour « être le plus » ceci et cela que leurs congénères, et notamment « la personne la plus virile au monde ». John Stoltenberg a construit une jolie image pour faire ressentir cette compétition : la masculinité est comme un mur contre lequel chaque homme vient appuyer son échelle et se met à grimper ; et chaque homme acquiert de la fierté en fonction des autres hommes qu’il parvient à dominer de la hauteur qu’il a atteinte, mais se sent mis au défi par les hommes montés plus haut que lui et se préparent à le mépriser aussi. Quant à ceux qui n’ont pas d’échelle, hommes hors d’état de participer à cette compétition pathétique et traités de « femelette », femmes et enfants, personnes handicapées, elles & ils endurent le mépris souverain de tous ces gens juchés sur leurs échelles, qui trouvent là un sentiment de gloire à bon compte. C’est exactement ce que fait Trump en s’en prenant à des personnes hors compétition, disqualifiées d’office par son attaque : ces personnes ne sont pas dans la course sur les échelles des blancs.

Trump se plait à diviser profondément l’opinion publique étasunienne, car il regroupe ainsi une catégorie de personnes souvent déclarées hors course par le capitalisme en crise, les ouvriers blancs, et les appelle à le soutenir dans sa course solitaire au sommet de sa propre échelle virile.

John Stoltenberg a construit une autre image pour illustrer le caractère stupide et inhumain de cette course à la domination virile. Voilà qu’il se met à enquêter sur « la personne la plus virile au monde », et chaque homme dominant le renvoie à un autre plus dominant que soi, jusqu’au jour où quelqu’un peut lui indiquer le chemin vers cette personne recherchée comme la plus virile : au fond d’une sombre forêt. Il appelle et finalement un grognement lui répond : qu’est-ce qu’on me veut ? L’homme le plus viril au monde est un fou acariâtre et brutal qui ne s’intéresse plus à aucune relation humaine, c’est un animal humain sans valeur aucune !Voilà effectivement le summum de la virilité illustré.

Et c’est un peu le personnage que Trump cherche à incarner aujourd’hui, dans sa pré-campagne électorale. Il n’est absolument dans aucun débat, il est une toute puissance qui agresse tout le monde et personne, afin de polariser le public sur son image.

Il avait, dans la campagne électorale précédent son élection en fin 2016, assumé son sexisme de la même manière : son discours le plus méprisant envers les femmes, partagé jadis avec un journaliste pour illustrer et souligner sa puissance majeure (une mise en connivence très pratiquée par certains hommes pour mettre l’autre en infériorité complice), il ne l’a pas démenti quand il fut rendu public, il l’a assumé.

D’un certain point de vue, il ne sert à rien de réagir par un « sursaut moral » aux agressions de Trump : c’est justement ce qu’il recherche, pour opposer sa « force brute », sa domination, aux attitudes démocratiques et respectueuses, qui seront toujours plus bas sur son échelle.

Cette attitude, qui est la quintessence d’une stature masculiniste, ne peut être comparée à un « mâle Alpha » dominant un groupe de singes mâles et femelles. Comme le primatologue Frans De Waal l’a montré (De la réconciliation chez les primates), le pouvoir chez les singes est toujours affaire d’alliance. Un mâle Alpha va s’allier à un de ses compétiteurs contre l’autre, et il va s’allier à la femelle Alpha qui organise les femelles, celles qui consolent et assurent la pacification du groupe d’ensemble et surtout des compétiteurs mâles après la bataille, par des séances d’épouillage rituel. Aucun singe ne pourrait dominer son groupe, s’il ne pouvait faire preuve d’alliance, de réconciliation, de tolérance et s’il avait au contraire tout le monde contre lui.

Non, la personnalité de Trump est plutôt celle d’un « homme dominant toxique », incapable de créer des relations positives dans le groupe qu’il domine, mais seulement de faire des rodomontades et assurer qu’il est celui qui décide. Quitte à mettre en danger l’économie mondiale ou la paix. Il est toujours difficile de retenir un tel humain toxique. Ses congénères hommes se sentent spécialement démunis, pris à contre-pied. Dans le cas de Trump, seul l’électorat peut le désavouer (son parti a trop besoin de s’accrocher au pouvoir, à la distribution des honneurs et des places), ou les milieux économiques peuvent refuser d’enrichir sa cassette électorale.

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