Les « vrais hommes » se doivent d’être sans pudeur

C’est un fait « divers », fait de société et info sportive, qui m’a interpellé. Il m’a fallu travailler pour aboutir à cette réflexion.

Des jeunes sportifs ont été sanctionnés (« privés d’entraînement », donc exclus temporairement) dans un club de football de la région anversoise (Le Soir du 16 novembre 2019). Parce qu’ils avaient refusé de se doucher nus. On apprend qu’il y avait dans le règlement du club une obligation en ce sens « pour des motifs d’hygiène ». Et qui s’appliquait aux « équipes de jeunes » également, soit dès 10-12 ans ou même moins. Puis on avait retiré la mesure durant quelques années, et elle a été restaurée à la rentrée de septembre. Des jeunes s’y sont refusé (d’où la sanction) et d’autres s’en sont plaint, ce qui a amené les parents à protester. Conciliants pourtant, ceux-ci demandent que la mesure soit reportée d’un an (les transferts à un autre club ne se font pas en cours d’année, la « propriété » des joueurs par le club l’interdit !). Le club s’est donné 15 jours de réflexion en suspendant l’obligation.

Il apparaît du reportage que cette obligation est abandonnée depuis longtemps dans d’autres clubs. « Il s’agissait d’une pudeur souvent liée à la culture et à l’origine du joueur. Mais cela m’énerve qu’on y oppose une question d’hygiène. Si un garçon garde son slip sous la douche, je sais qu’après au moins, il le change. Ce qu’il faut, c’est protéger les jeunes, leur laisser le choix. Et ce n’est pas un enjeu de diversité mais seulement d’adolescence, de peur des moqueries », dit l’entraîneur de jeunes Mohammed Ouahbi, au célèbre club bruxellois d’Anderlecht. (Or le club anversois de Berchem Sport se réclamait de « discussions avec plusieurs imams » pour pouvoir maintenir l’obligation de nudité « concernant les moins de 16 ans »).

Cela m’a évoqué un souvenir de jeunesse. Dans un club d’alpinisme, j’avais à 18 ans été choqué par l’impudeur de deux hommes nus en grande conversation dans un vestiaire collectif, sans se cacher aucunement.

Dans l’apparence des sexes masculins, intervient aussi la circoncision, ne l’oublions pas. Si elle est « culturelle » pour certains, j’avais été très jeune traumatisé par une circoncision « médicale » peu ou pas légitimée. Dans ma vie d’adulte, j’ai toujours fait preuve de « discrétion » dans les vestiaires sportifs.

C’est connu : les vestiaires sportifs sont un haut lieu de camaraderie virile. On se montre, on chahute en groupe. Les moqueries fusent, la domination des plus forts et le mépris des faibles s’exprime. C’est la compétition stupide entre mâles sur leur « degré de virilité ». On retrouve l’idée des « échelles (symboliques) de virilité » qui s’imposent aux mâles humains, selon l’image de John Stoltenberg, que j’ai expliquée dans de précédents articles.

L’obligation de nudité serait donc une part de la culture masculine collective : manifester la vigueur de son sexe. Il y a des caches-sexe de cérémonie dans certaines tribus ; la cravate est un relent de célébration du sexe masculin (déroulez le nœud, et votre sexe est « habillé »).

Les « danses » des vestiaires de sport sont viriles et en même temps homophobes, anti-sexuelles. Il faut rire et faire violence, ne laisser vivre aucune émotion. Ne même pas rougir ! Pratique réservée aux sports collectifs donc, impensable dans les sports à deux (tennis, etc.).

Pour certains hommes (dont mes deux alpinistes), l’impudeur est acquise : ils se montrent, ils ne se cachent pas (nous étions en 1964). Ce fut un des leitmotivs issus de la libération (sexuelle) de mai ’68 : les parents peuvent être sans pudeur devant leurs enfants, etc. Il y a un retour de pudeur ensuite, aujourd’hui aggravée par la publication de photos intimes sur les réseaux sociaux : vous êtes priés de laisser les téléphones à l’entraineur avant d’entrer au vestiaire de foot, apprend-on !

En principe, un peu de pudeur est de mise… sauf dans une danse ostentatoire et collective. Et cette danse est sûrement aussi en jeu dans les viols collectifs, en bande : on fait preuve de virilité « entre nous » en brutalisant un objet sexuel méprisé.

Les « vrais hommes », les hommes formatés à l’école de la virilité, se doivent d’être sans pudeur. Dans ces moments de cérémonie virile, de camaraderie et de compétition et de non-émotion.

C’est ce qui est manifesté dans ce règlement typique des clubs de football : le sport doit formater les hommes. Il n’y a aucune nécessité d’hygiène là-dedans, mais une religion de la virilité, imposée par les dirigeants (mâles) du sport collectif.

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