Les violences masculines dans le couple au quotidien…

Commençons par ce texte de Caroline de Haas, « Arrêtez. Maintenant. », qu’on trouve sur Mediapart ici, et qui a été lu à la fin de la marche #Nous Toutes :

A tous les hommes qui ont déjà dévalorisé, humilié, insulté, harcelé, tapé, violé : arrêtez.

En France, au moins 1,2 millions de femmes sont insultées chaque année en raison de leur sexe.
En France, chaque jour, au moins 250 femmes sont victimes de viol.
En France, depuis le début de l’année, au moins 137 femmes sont mortes de féminicides.


Et si on inversait la perspective ?
En France, au moins 1 million d’hommes insultent chaque année.
En France, chaque jour, au moins 250 hommes violent.
En France, depuis le début de l’année, au moins 137 hommes ont tué leur compagne ou leur ex.

Les violences sexistes et sexuelles que nous subissons ont un nom : elles s’appellent des violences masculines.

Ces violences ne sont pas le fait de monstres irréels qui sortent de leur repaire toutes les nuits pour nous violenter. Si les victimes de violences sont nos mères, nos filles, nos soeurs, nos amies, les hommes qui violent, blessent, harcèlent peuvent être nos pères, nos conjoints, nos fils, nos frères et nos amis. Adèle Haenel le disait : “Il n’y a pas de monstres”. Il n’y a pas de monstres. Il y a une société. Il y a nous, il y a vous. 

C’est dans cette société que nous vivons. Aux côtés d’hommes qui tiennent des propos sexistes. Aux côtés d’hommes qui nous tapent.  Aux côtés d’hommes qui nous violent. C’est dans cette société que nous vivons. Et c’est cette société que nous voulons changer.  

A tous les hommes qui ont déjà dévalorisé, humilié, insulté, harcelé, tapé, violé : arrêtez.

Arrêtez les remarques sexistes qui nous placent systématiquement en situation d’infériorité.
Arrêtez les propos à connotation sexuelle que nous n’avons pas sollicités
Arrêtez de nous envoyer des photos de votre pénis.
Arrêtez de nous siffler dans la rue ou de nous toucher dans le métro.
Arrêtez de nous taper.
Arrêter de nous rabaisser.
Arrêtez de faire comme si, lorsque vous aviez un rapport sexuel avec une femme qui n’en n’a pas envie, vous n’étiez pas au courant.

Arrêtez.

Certes, le changement peut paraître radical. Depuis des millénaires les femmes sont victimes de violences sexuelles massives en raison de leur sexe. Et là, en à peine quelques dizaines d’années, on vous demande de changer radicalement de comportement. Nous voulons vous dire : vous pouvez le faire. Vous devez le faire.

Les violences ne sont pas une fatalité. Vous pouvez arrêter. Alors arrêtez, maintenant. 

J’aime ce texte du fait de cette expression : « inversons la perspective ». C’est souvent la bonne manière d’interpeller les hommes. Et elle est rare. En plus, je crois que cela demande, parmi l’injure (sexisme), le viol, le meurtre, de parler du harcèlement. Dans les plaintes #MeToo, c’est une incrimination innombrable. Je ne pouvais imaginer que tant de mains baladeuses masculines franchissent la zone d’intimité d’une personne. Comme des pickpockets, ils se servent sans égard à la personne qui subit. c’est déjà une perversion odieuse et délictuelle.  C’est pourquoi il faut interpeller tous les hommes. Car un million d’hommes en France, c’est à peu près 1/16e, soit 6,5 % des hommes. C’est peu et c’est beaucoup trop !

***

Deux « faits divers » dans l’actualité de cette semaine en Belgique illustrent la banalité des violences masculines dans le couple et l’inefficacité des mesures judiciaires et policières. C’est au mouvement des femmes, et notamment la manifestation de ce 24 novembre, que nous devons l’attention améliorée des médias pour ce type de faits.

A Couvin (sud-est belge), un homme violent multirécidiviste est condamné à trente mois avec sursis (non prévu en cas de récidive !) seulement :

A 24 ans, Louis (Couvin) a déjà été condamné en 2015 à une peine de travail de 120h et en 2016 et 2017 à quatre mois et un an avec un sursis probatoire pour des coups sur sa mère. Ce mercredi matin, c’est pour de nouveaux faits de violence, à l’égard de sa compagne enceinte cette fois, qu’il a comparu devant le tribunal correctionnel de Dinant. C’était entre octobre 2018 et février 2019. La victime a accouché prématurément une semaine après le dernier fait. On parle de coups, de brûlures de cigarette, etc. « Il y avait des tensions dans notre couple et de la jalousie de part et d’autre. On en venait aux mains tous les deux », a expliqué le prévenu à l’audience. Le fait que sa compagne soit en pleine grossesse ne l’a toutefois pas empêché de se montrer violent. Complètement sous son emprise, la victime n’a pas déposé plainte. C’est le propriétaire de l’immeuble dans lequel ils habitent qui l’a fait pour elle. « Ce dernier occupe l’étage du bas et a été interpellé de voir à plusieurs reprises que la dame présentait des tuméfactions au niveau du visage. Lorsqu’il lui demandait comment elle se blessait, elle répondait qu’elle se cognait. Elle a aussi parlé de griffures de chat ou d’accident d’équitation. Mais, régulièrement, il entendait des cris et des bagarres. Une autre voisine qui entendait aussi des cris a un jour assisté à une scène de coups. Monsieur était sur elle et la frappait pendant qu’elle était au sol », explique le parquet de Namur. Louis a finalement été placé en détention préventive après une nouvelle scène de coups le 21 janvier 2019. Sa compagne était enceinte de six mois. Libéré notamment à la condition de ne plus entrer en contact avec la victime, il l’a à nouveau frappée le 17 février 2019. Une semaine plus tard, elle accouchait prématurément. « Madame est née en 2000. Elle a perdu sa mère en 2010 et son père en 2016. Elle l’a rencontré lorsqu’elle était orpheline. Elle est complètement sous son emprise. Elle lui a par exemple prêté 18.000€ pour qu’il achète des quads et compagnie. Elle a écrit au juge d’instruction afin qu’il soit libéré car elle dit n’avoir que lui… », a conclu le parquet de Namur qui demande deux ans de prison ferme, explique La Dernière Heure. D’autres journaux, moins complets, précisent que « Placé en détention préventive à la suite d’une nouvelle scène de coups sur sa compagne alors enceinte de six mois le 21 janvier 2019, le prévenu a été libéré sous conditions quelques jours plus tard. L’une de ces conditions était de ne plus entrer en contact avec la victime. Mais le 17 février 2019, il a été l’auteur de nouveaux faits de violence conjugale. « Il y avait des tensions dans notre couple et de la jalousie de part et d’autre. On en venait aux mains tous les deux », a expliqué le prévenu à l’audience. Son avocate a plaidé le sursis probatoire.

Et le jugement intervenu cette semaine va dans le sens de la plaidoirie de la défense (selon plusieurs journaux) :

Un Couvinois a écopé, mercredi devant le tribunal correctionnel de Dinant, d’une peine de 30 mois de prison avec sursis probatoire pour des faits de coups et blessures commis à l’encontre de sa compagne enceinte, entre octobre 2018 et février 2019 à Couvin. Le tribunal a notamment tenu compte du mépris du prévenu pour sa compagne, vulnérable et enceinte au moment des faits ainsi que de ses antécédents judiciaires : une peine de travail de 120h en 2015 et à quatre mois et un an avec un sursis probatoire à chaque fois pour avoir porté des coups à sa mère en 2016 et 2017.

C’est donc un sursis probatoire qui a été à nouveau octroyé, ce qui est plus qu’étonnant, et qui ne tient pas compte des échecs précédents et du non respect de l’interdiction de reprendre contact avec sa compagne. Voilà une tolérance très étonnante. D’autant qu’on apprend par le parquet que la jeune femme reste « sous emprise » : les ingrédients d’un nouvel échec sont réunis !

Deux jours plus tard, soit ce 27 novembre , un « féminicide » est rapporté (il y a progrès médiatique par rapport au titre traditionnel du « drame passionnel », et c’est aussi dû à la récente mobilisation des femmes, alors que le mot était souvent décrié) :

Féminicide à Assesse (à deux pas de Couvin) : une femme tuée par son compagnon, connu pour des faits de violence

Le parquet de Namur vient de le confirmer. « Cette nuit, une femme de plus est morte sous les coups de son compagnon.  » a confirmé le procureur du Roi de Namur, lors d’une conférence de presse organisée cet après-midi. L’autopsie a révélé que le femme était décédée à la suite des coups portés contre elle. Les enquêteurs sont descendus sur place en fin de nuit, alertés par l’auteur présumé. Le corps de la victime a été découvert vers cinq heures du matin par les services de secours, au domicile de son compagnon et de sa mère situé rue de la Gendarmerie, à proximité immédiate de l’administration communale. Dans le quartier, les habitants ne se disent pas très étonnés: « Ils se disputaient souvent… » confie une voisine. « Le compagnon de la victime présente de nombreux antécédents judiciaires, notamment pour des faits de violence sur la victime« , précise le parquet. Il est connu de la justice depuis septembre 2018. L’individu a été placé en détention préventive durant 5 mois avant d’être finalement libéré le 3 octobre dernier.

Deux anecdotes « ne font pas le printemps ». Eh oui, en cherchant ces textes des médias, je suis retombé des féminicides d’aout, de juillet…. Et dans les deux cas cités ici, c’est l’inefficacité des actions de la police et de la justice qui saute aux yeux.

Il y a encore du boulot !

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