Bon petit papa noël, es-tu patriarcal ?

Suite à un intéressant travail sur « la charge mentale de noël » fait par Egalitaria, qu’on pourra consulter ici, et au fait que j’ai dû un peu y réfléchir pour le commenter (sur un thème que je n’aborde pas ici, allez le voir en bas de son article), je me suis soudain penché sur la figure du Père Noël. Tilt ! En tant que figure paternelle, et figure de patriarche, quelles significations sont attachées à ce personnage ?

Faisant une brève recherche sur « Père Noël et sexisme », je suis tombé sur de nombreux débats, remontant à 2001, 2007, 2010, 2015, 2018, etc. Mais revenant toujours peu ou prou sur le thème des « jouets genrés », du rose et du bleu, des pages publicitaires et des vitrines de commerces, etc. En bref : pourquoi du sexisme dans le don à l’enfant de jouets comme cadeaux « tombés du ciel ». Et aussi : faut-il culpabiliser les parents ? (remarquez le pluriel !) Réponse, non, les parents offrent ce que l’enfant attend… Voici cinq conseils pour des parents intelligents…  Etc., etc. Tout est pour le mieux, rassurez-vous et passez votre chemin.

Parlons donc ici du personnage. Remarquez que pour la Belgique et quelques régions du nord de la France ‘(et de l’Europe), on parle aussi de Saint-Nicolas ; j’y reviendrai.

  • Le Père Noël est un homme, d’abord.
  • C’est en plus un père, un vieux, un grand père.
  • C’est ensuite un homme avec des pouvoirs magiques : il vole dans le ciel, il passe au-dessus des maisons, il s’y introduit et en ressort sans faire peur à personne.
  • Et puis c’est un homme bon, un homme qui donne des cadeaux, des récompenses.
  • C’est enfin un seigneur, qui roule en carrosse attelé de plusieurs animaux dressés.

En voilà un drôle de personnage, avec autant d’attributs ! Et ce bonhomme, on l’aime, on s’attendrit sur lui, on raconte ses histoires. « Surtout ne prends pas froid », comme chantait Tino Rossi, mais aussi Léo Ferré à propos des vieux en couple.

Donc bravo à l’homme, bravo au patriarche, bravo à son pouvoir absolu, magique, bravo à son autorité pour juger et récompenser celles&ceux qui sont soumises&is et sages, bravo à sa puissance et sa richesse, bravo à sa bonté qui ne lui coûte rien.

Quand certains utilisent la technique du « tapis de bombes » (de décisions répressives), lui utilise la technique du « tapis de cadeaux » !

Dans les traditions nordiques, le Père Noël est un homme caché dans la forêt, entouré de nains et d’animaux, dans un monde magique, hors du temps (il n’y entre que durant un mois d’hiver). Ce n’est donc pas un sauvage, mais un habitant positif et béni de la Nature paradisiaque. Dans la tradition de Saint-Nicolas, le personnage est un religieux de niveau supérieur (évêque), qui a fait des tours miraculeux comme de reconstruire des enfants tués et découpés dans un saloir (mis en conserve pour l’alimentation !). A l’époque de la colonisation et la découverte des humains noirs, il s’est adjoint le « Père Fouettard », un aidant punitif, un sauvage (noir à la présence mystérieuse) qui réprime les enfants, et explique le pouvoir autoritaire du saint homme. Il n’a pas de lien avec la Nature, il préfigure le Jugement dernier, dans sa grande bonté.

Quelle signification se cache derrière cela ? C’est évidemment une magnification de l’homme et de son rôle de père aimant, malgré sa sévérité, et source de toute chose pour le cercle de famille. C’est aussi une célébration du pouvoir et de la richesse. C’est donc un enchantement du Patriarcat, au sens fondamental de pouvoir du patriarche, du père ancestral. C’est un mythe qui transforme et enchante la réalité prosaïque des femmes et des hommes. Et des enfants. On peut supposer que l’église catholique a produit des récits mythologiques pour recycler un personnage déjà célébré et ainsi recouvrir de cette construction des histoires présentes dans des peuplades « barbares » anciennes. Mais aussi pour construire et ancrer le personnage du père marié et à la fonction parentale apaisée (L’église lutte pour imposer le mariage aux hommes vers 1000-1100, avec l’aide des femmes, car eux se font tirer l’oreille).

Soulignons que dans cette tradition, la femme est absente entièrement. C’est une magie masculine. (Même si c’est les mères qui choisissent les cadeaux…).

* * *

Dans mon commentaire à l’article d’Egalitaria, je parlais de la fête de Noël comme fête traditionnelle, avec son menu traditionnel, son sapin traditionnel, ses cadeaux, confettis et cotillons et autres traditions. Bref comme rituel imposé par la collectivité. La société impose à mère et père une pression sociale pour faire et réussir la fête familiale, l’essentiel du travail reposant sur la femme. Le père va choisir et chambrer le vin, acheter le sapin (tradition du lien à la forêt !) et… tilt ! revêtir un costume de Père Noël qui apparait furtivement aux yeux des enfants. C’est pour lui l’essentiel, la femme s’occupe de tout le reste.

Les enfants sont en quelque sorte pris en otages dans cette célébration du patriarcat : ils doivent croire à un mensonge, magique, explicatif, structurant, qui abuse tout le monde. Et tout le monde doit être heureux car les enfants sont heureux avec une abondance de cadeaux. Vraiment ? Ne rêvons pas, l’hiver donnait un peu de temps au pauvre bucheron pour assembler ou sculpter un morceau de bois en jouet unique. Mais ce don, il a fallu l’enrober de magie. Aujourd’hui, nous souffrons d’une tradition pourrie, récupérée.

Et cette manipulation est prégnante. Il ne suffit pas de la refuser, refuser sa célébration et son rituel, le mythe magique persistera en creux, en souvenir.

Il faudrait la remplacer par un autre rituel festif hivernal, sans mise en avant du père, sans adjonction de cadeaux abondants, sans mensonge de pouvoir magique et désillusion postposée (la désillusion est une technique de manipulation pour renforcer l’histoire dans le rêve, comme enchantement perdu et accepté volontairement, mais à retrouver, à rejoindre). Qui souligne des relations humaines, par un don et contre-don personnel (conçu, fabriqué, choisi) entre égaux. Et aussi en partageant la charge mentale et les devoirs ménagers !

Cet article, publié dans Féminisme, patriarcat, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.