Violences sexuelles masculines : Amnesty encore dans le flou coutumier

Remarque : depuis l’écriture de ce texte hier soir, sur base des infos de presse, j’ai pris le temps de consulter l’étude (lien sur le site d’Amnesty Belgique). Elle est pénible à lire (tableaux et slides touffus) mais mériterait un commentaire approfondi. Certaines données paraissent utiles. De plus, il y a une enquête d’opinion très large, avant un sondage sur l’évocation des faits de violence. C’est l’enquête d’opinion qui intéressait les groupes demandeurs de l’étude. Je n’ai pas le temps pour un travail approfondi de lecture critique. Je vais seulement annuler ou compléter certaines formulations d’hier.

Les journaux belges font état ce 5 mars 2020 d’une enquête demandée par l’association SOS Viol (mandatée par les autorités belges pour l’accueil de plaignantes & plaignants et pour le suivi d’une ligne téléphonique de premier conseil) et par Amnesty International, section belge. , dans le cadre de sa campagne « droits des femmes ». Elle a été confiée à un organisme professionnel de sondages d’opinions et d’études de marché, l’Institut Dedicated.

En principe, le thème portait sur « l’exposition aux violences sexuelles », dont le viol (« rapport sexuel imposé à une personne non consentante ») et la « relation sexuelle forcée par le/la partenaire ». Mais aussi les préjugés sur le viol (analyse d’opinion). Et pour porter l’attention sur les jeunes, l’échantillon avait été surévalué pour cette catégorie (15-24 ans).

Bravo ? Non, les biais sont innombrables. On peut se demander si le but n’était pas uniquement de « faire le buzz » à l’occasion du 8 mars.

D’abord, la notion de « exposition à » pouvait concerner les auteurs autant que les victimes ! Comme le précise le journal Le Soir (les autres négligent ce détail) :

La question posée par le formulaire était : « Personnellement, êtes-vous ou avez-vous été exposé.e à ce type de violence sexuelle ? » Le Soir a décidé de ne pas utiliser le terme victime, mais de conserver la formulation initiale, à savoir exposé. Il est en effet plausible que des personnes sondées aient répondu (…) en tant qu’auteur ou en tant que témoin.

Remarque : cette question est posée après de nombreuses questions sur vos opinions. Ensuite, le « personnellement exposé » peut se comprendre comme « avoir subi », et l’auteur d’étude parle de « victimes ». Mais l’ambiguité signalée par Le Soir reste indéniable.

Cela parait une source réelle de confusion, quand on voit que les femmes ont déclaré avoir été exposée pour 20% d’entre elles, et les hommes pour 14% au viol ; et respectivement à 23 % et 14 % à la « relation forcée par le/la partenaire ». Ces chiffres sont étonnants et flous, surtout avec ce nombre important d’hommes « exposés ».

Ensuite, les chiffres concernant les jeunes sont bizarres. Le sondage a interrogé 2300 personnes, mais il a interrogé parmi eux 300 jeunes pour le sondage d’opinion (soit 13% de l’échantillon, alors que cette catégorie ne fait que 10 % des adultes,  selon moi mais 14% selon l’auteur). Cela parait « mieux » mais c’est en réalité totalement insuffisant.  il faut toujours au moins 360 répondants pour avoir un groupe suffisant, avec une marge d’erreur de moins de 5%. Ici la marge d’erreur est… incalculable, entre 5 et 20 % (je ne suis pas spécialiste, mais c’est l’idée retenue de ce que j’ai appris jadis…).

Que disent les chiffres ? Les jeunes ont déclaré avoir été exposés au viol pour 24% d’entre eux, à la relation forcée pour 23 % d’entre eux. Et quelle répartition entre filles et garçons ? Bonne question, mais réponse impossible : l’échantillon est bien trop petit pour être divisé !

Au total, voilà une enquête qui ne connait pas le nombre de victimes et encore moins le nombre d’auteurs ! Et, comme d’habitude, rien n’est dit sur les auteurs des viols subis par les hommes : les auteurs sont des hommes le plus souvent !

Enquête imprécise encore sur les cas de violences sexuelles, car rien n’est dit (publié, en tous cas) sur les chiffres de harcèlement, par exemple (la question de la demande insistante et celle du consentement imprécis sont pourtant recherchées parmi les opinions des jeunes). Et enquête mal conçue : on ne comprend pas bien cette séparation entre viol et relation forcée ! Alors qu’une remarque générale bien connue que la grande majorité des viols sont commis par des proches de la victime…

***

J’ai discuté précédemment de la difficulté à chiffrer le nombre d’auteurs de violences sexuelles masculines, et la pratique coutumière de négliger cette question. J’en avais parlé ici. C’est un commentaire d’une enquête australienne qui porte sur un échantillon exceptionnel de jeunes étudiants universitaires. Avec des chiffres détaillés sur diverses violences sexuelles masculines. Harcèlement, agressions en groupes, etc. Et pourtant des chiffres pas toujours clairs sur les auteurs. Et surtout, une dissimulation de la responsabilité masculine dans les messages mis en avant par les responsables de l’étude.

C’est que qui motive mes critiques envers l’étude d’Amnesty en Belgique : une étude avec des questions confuses, un échantillon insuffisant et des objectifs limités (promouvoir l’éducation affective et sexuelle à l’école), et se terminant par des messages discutables,  ce n’est pas sérieux, ce n’est pas une avancée. SOS Viol parait vouloir s’appuier sur cette enquête pour justifier une extension de l’aide publique. Mais les chiffres de son activité croissante envers les femmes plaignantes étaient évidents pour cette justification : les pauvres conclusions du présent sondage ne l’aideront pas beaucoup !

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