Tout homme est un abuseur (2)

Au moment où une vague de violences masculines survient, est signalée même par l’OMS, où des mesures de plainte, de refuge sont instaurées en urgence, je me suis souvenu de mon premier article de ce blog, qu’on trouvera ici. J’en reprends le titre : tout homme est un abuseur. Les femmes devront ré-ouvrir les sites « Me Too » avec la mention ‘confinement’… !

La question d’aujourd’hui est : pourquoi, en situation de confinement, les hommes perdent leur maîtrise de soi et s’en prennent avec violence à leur compagne et à ses enfants ? Dans le premier article, je disais combien l’idée avait dû faire son chemin en moi.

En fait, l’abus est en tout homme, mais aussi la maîtrise de soi. Et ce serait une erreur de penser que la maîtrise est morale, culturelle, tandis que l’abus est naturel, instinctif.

La violence est un droit que les hommes s’octroyent. Un privilège. C’est un abus de leur force. Dans le « règne animal » (qui est aussi le nôtre, bien que nous nous en sommes éloignés beaucoup), les mâles défendent le groupe contre les prédateurs d’une autre espèce. Entre mâles d’une même espèce, ils entrent en compétition, pour instaurer des relations de domination au sein du groupe, mais ils se font rarement mal. Ils maîtrisent leur force. Notre espèce est la plus meurtrière d’elle-même. Et j’en arrive à penser que cette violence sans limites va croissant. Avec la venue de l’Homo Sapiens, les autres espèces d’Homo, elles aussi venues d’Afrique, ont disparu soudain (après quelques interactions quand même, car notre ADN d’aujourd’hui garde des traces de croisement avec les Néandertaliens et les Dénisoviens. Serions nous l’espèce qui domine par sa méchanceté ? Ce n’est pas impossible, juste une hypothèse. Bref, l’abus ne fait pas partie de notre nature animale. Mais peut être de notre culture de mâles humains. Aujourd’hui, nous voyons des guerres partout. Comme on l’a fait remarquer, l’image est très mal choisie au moment où l’humanité lutte contre le virus par une marée de « soins » , pratique qui est surtout portée par les femmes (par des infirmiers et médecins mâles aussi).

Et les hommes paraissent mal supporter la frustration. Très mal. Je crois que les hommes comprennent très vite leur position privilégiée de dominant. Elle est visible dans la posture du père. Il coupe la parole, il prend les décisions suprèmes, il a le dernier mot. Et elle est souvent reconnue par la mère qui souhaite voir en son fils les caractères d’un dominant, un homme, un vrai. Un garçon, on lui passe ses caprices et ses violences (jusqu’à un certain point). Les garçons sont donc difficiles à contrôler (j’en ai entendus plusieurs à crier dans les logements, durant le confinement – ce n’est pas un échantillon valable, bien évidemment). A la limite, ils cherchent la confrontation à l’autorité et, comme l’a montré une étude sur les sanctions scolaires, ils tirent une renommée à être sanctionnés, plutôt qu’une dévalorisation.

Il y a donc une conjonction entre l’idée de « force » (défensive), de « domination » sur ses semblables, et de privilèges de jouissance reconnus au dominant. Dans ce cadre, toute frustration remet en cause la hiérarchie vécue. Dans cette situation, le dominant s’autorise à perdre la maîtrise de soi. Et les autres hommes l’autorisent, ils tolèrent le dépassement des limites sociales. Cette violence s’exerce sur des êtres « inférieurs » dans la hiérarchie, et des quasi-objets de jouissance (out en étant des humains), les femmes et les enfants. Cette violence est bien moins tolérée quand elle s’exerce sur des égaux, des hommes (certains confinés ont été condamnés pour avoir craché sur des gendarmes du maintien du confinement).

Rien de cela n’est lié à une nature, à une pulsion (sauf l’avantage de la force). Tout est dans une posture sociale de privilégié qui ne supporte pas d’être frustré de ses marques de domination. On dit souvent que la violence des hommes dans les relations familiales appartient à tous les milieux : c’est que parce que la frustration peut se vivre dans tous les niveaux de domination.

Il faut « détrôner » les hommes. C’est pour cela que toutes les femmes indignées de leur dévalorisation (elles le sont toutes, mais elles font des compromis) sont des féministes, opératrices de ce renversement. Et quasiment aucun homme ne peut arrêter la violence d’un autre homme (sauf à user de la force, en cas de besoin).  Il faut « détrôner » les hommes. Cela passera par un mouvement social dominant, qui va dévaloriser les abus des hommes. Les hommes doivent revenir à la maîtrise de soi, qui est une limite à la force, imposée par une norme sociale (portée surtout par les hommes auprès des autres hommes, mais par les femmes aussi). Ce n’est pas un devoir moral qu’on s’impose individuellement. Car c’est la domination masculine qui doit être détrônée, la hiérarchie sociale qui octroie des valeurs arbitraires et des dévalorisations, qui doit être repensée. Car c’est une culture perverse.

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