Rester un être humain

Dans l’époque cruciale que nous vivons, trois pensées qui nous parlent et qui ont pourtant 100 années ou plus ; trois pensées d’une femme militante, et pourquoi des hommes ne pourraient-ils y trouver leur inspiration ?

« Fais donc en sorte de rester un être humain. C’est ça l’essentiel : être humain. Et ça, ça veut dire être solide, clair et calme, oui, calme, envers et contre tout, car gémir est l’affaire des faibles. Être humain, c’est, s’il le faut, mettre gaiement sa vie toute entière sur la grande balance du destin, tout en se réjouissant de chaque belle journée et de chaque beau nuage. » (Lettre du 28 décembre 1916, à Mathilde Wurm)

« Je me sens bien plus chez moi dans un petit bout de jardin comme ici, ou dans la campagne, entourée de bourdons et de brins d’herbe que dans un congrès du Parti. À vous, je peux bien dire cela tranquillement : vous n’irez pas tout de suite me soupçonner de trahir le socialisme. Vous savez bien qu’au bout du compte, j’espère mourir à mon poste : dans un combat de rue ou au pénitencier. Mais mon moi le plus profond appartient plus à mes mésanges charbonnières qu’aux camarades. » (Lettre à Sonia Liebknecht, 2 mai 1917)

« Sur ma tombe, comme dans ma vie, il n’y aura pas de phrases grandiloquentes. Sur la pierre de mon tombeau, on ne lira que deux syllabes : tsvi-tsvi. C’est le chant des mésanges charbonnières que j’imite si bien qu’elles accourent aussitôt. » (Lettre du 7 février 1917, à Mathilde Jacob)

Trois extraits de lettres de Rosa Luxembourg, militante assassinée il y a 100 ans. Ces extraits sont présentés parmi d’autres sous forme d’abécédaire dans la revue Ballast (ici), mais les liens ne fonctionnent pas vers les documents originaux.

 

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Une « leçon de choses » : les fruits des adultes

Récréation. Le texte qui suit a été conçu en prévision d’une « soirée poétique pour adultes » proposée comme animation dans notre bibliothèque municipale. Je l’ai appelé une « leçon de choses » : c’est une technique éducative de la fin XIXe (et après) qui consiste à partir d’un objet concret pour transmettre un savoir à l’auditeur. Et ici, il s’agissait de parler d’un fruit que les hommes devraient mieux connaître. Ce n’est pas un poème, mais seulement un texte rythmé pour une lecture publique. Il a eu son petit succès. Bonne lecture.

Nous aimons les fruits retrouvés,

nous redécouvrons avec plaisir les légumes oubliés.

Qu’on songe seulement au fameux verger conservatoire associatif d’un village voisin, comportant 200 arbres fruitiers : c’est encourageant !

Des pommes, des poires, des scoubidous, non, mais des cerises des prunes, de la vigne aussi.

En outre, on voit fructifier bien des livres sur le sujet qui nous parlent de plus de 600 variétés de fruits.

N’évoquons qu’une pomme de notre région, (même si j’ai récemment goûté à une autre, la mystérieuse « Patte de Loup »), je parlerai brièvement de la Pomme « Barbe ».

Si la barbe est à la mode dans certains pays, à certaines époques, si c’est une question pour tout homme un jour (« La barbe, la porter ou pas ? »), au point que d’un sujet ennuyeux, on dit « La barbe! » ,

eh bien, il existe en Ardèche, en Drôme, et à la limite de l’isère, dans les régions montagneuses, me dit-on, un fruit excellent qu’on appelle « la Barbe ».

Précision : Elle n’a rien à voir avec la barbe à papa ! À l’épiderme jaune ou rouge, à la chair blanc verdâtre, elle est délicieuse en bouche…

On l’appelle aussi « Courby » ou « Courbis ».

***

Mais je m’égare, hésitant d’aborder un sujet plus piquant. Je souhaite en réalité vous parler d’un légume récemment redécouvert. Un légume qu’en vérité, on n’avait jamais sérieusement étudié. Pourtant c’est un légume très courant, que nous avons qui sous les yeux, qui sous la main.

Oh c’est un légume discret, caché presque sous la surface, tout petit Et caché sous une jolie touffe, herbeuse disons. Et pour le faire apparaître, on a coutume d’y passer le doigt, délicatement, écartant des pétales extérieures comme des lèvres, pour faire apparaître un joli bouton de fleurs, plutôt un bourgeon.

Pour autant qu’on le caresse ainsi adroitement, ce légume se fera plus gros, plus juteux et, disons le mot, plus appétissant, propre à nous appeler à une promenade gustative.

Mais, me direz-vous, ce n’est pas un légume ! Ce n’est pas le bon mot, c’est plutôt un fruit, en apparence un petit fruit rouge !

Bref un légume dénommé le plus souvent par toutes sortes de noms d’emprunt, imprécis mais imagés, qui sont des noms de fruit : un abricot, une prune, que sais-je encore.

Un fruit, j’en conviens, et ce fut ainsi jusqu’il y a peu.

Pour tout dire, les hommes de science ne s’étaient jamais penchés sérieusement sur le sujet, à croire qu’ils se déchaussaient de leurs lunettes quand ils s’approchaient de la chose…

***

Petit fruit qui resta donc toujours enrobé de mystère. À la vérité, que de bêtises les hommes ont pu raconter sur ce petit fruit ! Trois petits mots d’histoire…

L’antique Hippocrate estimait que les femmes ont une « semence » : la cyprine, et qu’il leur suffit de jouir pour être enceintes.

Par suite, au Moyen Âge, selon cette doctrine et malgré la profonde méfiance de l’Église vis-à-vis du plaisir charnel, les médecins préconisent des traitements pour assurer une bonne fertilité : enduire d’huile parfumée un doigt et frotter le bouton d’amour dans un mouvement circulaire.

En 1751, un médecin philosophe français, Julien Offray de La Mettrie, , écrit L’Art de jouir, une apologie de la volupté, évoquant le bouton de rose.

Tout au contraire, en 1760, Samuel Tissot, médecin suisse, dénonce vigoureusement la masturbation clitoridienne dans L’Onanisme, dissertation sinistre sur les maladies produites par la masturbation.

Robert Bourguignon, un assistant du chirurgien de Napoléon, exécute plusieurs ablations de clitoris, le considérant déjà comme une excroissance tumorale bénigne.

D’autres scientifiques en prônent l’excision, comme excroissance hermaphrodite, une erreur de la nature en quelque sorte.

Cette manie de l’excision sera pratiquée dans les pays protestants, plus puritains, mais aussi en France, jusque dans les années 1960 ! Qui l’eut cru !

Il s’agissait, prétendait-on, de guérir l’hystérie, la nymphomanie , l’épilepsie, etc.

Alors que d’autres voyaient un meilleur traitement dans le petit massage déjà connu d’Hippocrate… remis au goût du jour vers mai 1968 !

Voilà pour les bêtises masculines.

Ce n’est qu’en 1998, qu’un premier résultat un peu sérieux de recherche mené par une femme, Helen O’Connell, nous est venu d’Australie. Elle avait voulu retrouver chez la femme l’équivalent du « nerf érecteur » présent chez l’homme et avait ainsi relancé un secteur de recherche très négligé.

Et ce n’est qu’en 2009 qu’on va faire la découverte, grâce à la technique du sonographe, utilisée par la gynécologue Odile Buisson, avec l’aide d’un urologue.

Et ce n’est que depuis un an ou deux, que j’ai appris la découverte : non ce n’est pas un fruit de surface, mais c’est tout un légume, qui comporte deux bulbes (cela, on le savait depuis 1668 avec un médecin hollandais, mais on y avait pas attaché d’importance, durant quelques 340 ans), des bulbes qui deviennent avec l’excitation des excroissances qui s’enfoncent bien profondément, sur quelques 10 centimètres.

Et vous, le saviez-vous ? Moi, je l’ai trouvé sur l’encyclopédie du Web !

***

J’entends déjà ici les commentaires des jardiniers prétentieux,

s’exclamant : « Comment ! Seulement 10 centimètres ?

Mais chez l’homme, le légume atteint couramment 14 centimètres ! »

Ouh, les prétentieux, n’allez pas trop vite en besogne,

car chez la femme, il y en a deux !

Et dix plus dix, faites le compte, vous voilà méché !

Bien plus, en se gonflant, ce petit légume ouvre un long chemin sous la surface, vers ce nid fameux, qui accroit la fertilité du jardin humain.

***

Quand on y pense, c’est proprement incroyable. Nous sommes si souvent passé auprès de ce légume, plongeant notre petit outil, passant et repassant selon notre bon plaisir, et nous n’avons rien vu de cela, résumant le monde à notre propre vision d’homme. Faut-il être bête !

Et c’est bien l’avantage des fruits retrouvés, des légumes oubliés, qui nous fournissent l’occasion d’une « leçon de choses », cette belle expression de jadis pour les leçons simples et pratiques, indispensables à l’enfant comme à l’adulte.

Aujourd’hui je vous en ai évoqué deux : la Courbis et le Clitoris, en français courant la Barbe et l’abricot.

A la réflexion, c’est peut être un autre nom qu’il faudrait adopter pour ce légume/fruit : puisqu’il n’est pas très différent de celui de l’homme, on pourrait désigner le petit fruit des femmes sous le nom de GLAND !

Et vous penserez à tout cela quand vous y goûterez un de ces prochains jours.

***

Revenant sur ce sujet, notamment sur la page Wikipédia qui m’avait instruit, je vois qu’elle a fortement évolué depuis 2015 et que ma trouvaille du nouveau nom de fruit pour le clitoris (le gland) était déjà adoptée  par les scientifiques depuis des décennies ! J’ai lu récemment un article sur Mme Helen O’Connel, l’australienne devenue première urologue féminine ; et cet article de commentaire montre que le clitoris est périodiquement « découvert » tout simplement parce qu’il est régulièrement « remis dans le tiroir » par les faiseurs d’opinion scientifique : abandon des illustrations, des références, etc. Une méconnaissance organisée, contre laquelle les chercheures femmes doivent lutter. Cet article est ici.

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Quand un homme prétend « faire son marché »…

(Avec rajout d’un postscriptum) Ainsi donc un homme de 50 ans, faisant le métier de « bonimenteur médiatique » (un saltimbanque de notre société du spectacle) a déclaré tout de go à la question  » Pourriez-vous draguer quelqu’un de 50 ans et plus ? « :

« Ça, ce n’est pas possible. Je trouve ça trop vieux. Quand j’en aurai 60, j’en serai capable. 50 ans me paraîtra alors jeune […] Je préfère le corps des femmes jeunes, c’est tout. Point. Je ne vais pas vous mentir. Un corps de femme de 25 ans, c’est extraordinaire ».

Auparavant, il avait annoncé qu’il n’était plus célibataire depuis quelques mois :

« Je ne sors qu’avec des Asiatiques. Essentiellement des Coréennes, des Chinoises, des Japonaises. Je ne m’en vante pas. Beaucoup de gens seraient incapables de vous l’avouer car c’est du racialisme. C’est peut-être triste et réducteur pour les femmes avec qui je sors, mais le genre asiatique est suffisamment riche, large et infini pour que je n’en aie pas honte ».

Passons sur l’intérêt et la qualité des questions, passons sur les thématiques avancées par un « magazine féminin », passons sur la personnalité du type « sale gamin » de l’interviewé. Et passons sur les répercussions en tous sens que cette déclaration a suscité : on y revient plus loin.

L’intérêt, c’est de voir affirmé le privilège du dominant. Monsieur a ses préférences, Monsieur a ses exclusions, Monsieur a ses choix. Et cela lui parait tout normal. Tout normal de l’afficher sans honte. Son sexisme et son racisme et son âgisme. Monsieur ne cherche pas à rencontrer une personne humaine, une relation qui enrichit sa vie. Non, il a des critères d’âge et de physique. Son idéal ; « un corps de femme de 25 ans ».  Monsieur prétend avoir le droit de « faire son marché ».

Et Monsieur ne voit en cela aucun problème. C’est « tout naturel ». Et bien non, cela ne l’est pas. Il faut se limiter à une objectivation pure de l’Autre pour agir ainsi, sans tenir compte des gouts de l’autre. Il faut réduire sa vie sexuelle à ses fantasmes, sans souci du désir de sa partenaire. Pour ne pas être rejeté, Monsieur préfère s’intéresser à des femmes sans doute doublement dominées, en tant que femmes et en tant que non-blanches. Il peut espérer que leur exaspération devant sa superbe soit moins puissante.

Et cela marche. Cela marche souvent. Souvent même des femmes jeunes avouent préférer un homme dominant. Quitte à se rendre compte plus tard qu’elles ont en fait été abusées, que leur consentement était un simple aveu de faiblesse. Ou même à trouver un compromis déséquilibré mais durable avec quelqu’un qui pourrait être leur père.

Mais cela marche bien moins qu’auparavant. Les déclarations de Monsieur ont provoqué un tollé, même à l’étranger. On voit bien que #MeToo est passé par là : des déclarations qui auraient été source de curiosité ou même de fierté envers l’intéressé lui sont aujourd’hui refourguées dans la gorge. De très nombreuses femmes ont réagi.

Monsieur en a donc rajouté une couche, sans s’excuser du mépris qui traverse ses propos, en estimant que c’est une affaire de gout et, pour sa défense, en se définissant comme un « adolescent névrosé ». Cela excuse-t-il tout ? Non, un tel genre de « sale gamin » mérite assurément une baffe (ou tout autre signal « stop »), surtout s’il a cinquante ans. (On peut s’étonner que ce soit ce types de personnages immatures qui dominent le spectacle médiatique aujourd’hui, et même la littérature masculine, en étalant leur névrose narcissique avec aplomb).

En fait, la plupart des hommes sont aveugles. Ils pensent que leur comportement est la norme. Il sont dans le déni de ce qui est problématique chez eux. Comme tout dominant ne peut ni prendre conscience de son statut ni imaginer qu’il puisse abandonner ce statut.

Post-scriptum. Je n’ai pas voulu dire qu’on ne peut avoir des préférences sexuelles. Tant les hommes que les femmes ont des fantasmes et des désirs qui sont une partie de notre sexualité. Toute sexualité masculine ou féminine comporte une part d’objectivation. Mais rien qu’une part. Et se focaliser sur des « critères » c’est se limiter à cette part fantasmatique. Ou d’ailleurs se limiter à une part de symbolique sociale : se montrer avec (attention : clichés !) une « blonde ravissante » ou une « petite asiatique » devant les copains, cela « flatte » une homme. Se faire voir avec un homme puissant, cela « flatte » une femme. Mais se limiter à ces « parts de sexualité », c’est manquer la part de sexualité qui se fonde sur une rencontre humaine, sur l’écoute de deux désirs et le partage de plaisirs. C’est une sexualité à sens unique, sans préoccupation d’un retour. Beaucoup d’hommes plaideront que c’est le prix de la bandaison victorieuse (d’où le recours au porno). Mais c’est faux : relier la bandaison au seul fantasme, c’est appauvrir le désir, n’avoir pour énergie que l’excitation. Alors que la puissance du désir peut venir après un préliminaire de rencontre et de rapprochement. Bien sûr le fantasme vous chante que « ailleurs l’herbe est plus verte » car il est le rêve d’un objet qui brille.

Mais faire étalage de ses préférences sexuelles réduites au fantasme, c’est écraser toutes&tous les partenaires comme un objet déshumanisé. Si je disais que je voudrais botter le cul à ce sale gamin, non pour stopper son discours mais pour le désir de mon pied pour ses fesses, ce serait odieux.

 

 

 

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Statistiques odieuses

  • « Selon l’Organisation des Nations Unies, une femme sur trois subira des violences au cours de sa vie ;
  • En France, chaque jour, 250 femmes sont violées ;
  • une femme sur trois a déjà été harcelée ou violentée sexuellement au travail ;
  • 16 % de la population a été victime de violences sexuelles durant son enfance. »

Voila les premiers mots d’une tribune portée par #Noustoutes et signée par 250 personnalités pour soutenir cette marche contre les violences faites aux femmes aujourd’hui dans toute la France »

Entendu sur France Culture le 24 novembre 2018, en introduction d’un interview de Manon Garcia qui a publié « On ne nait pas soumise on le devient »

Pour le dire autrement : toutes les six minutes, de jour comme de nuit, un homme viole en France. Plus de 90.000 hommes par an. Sur 25 millions d’hommes adultes (ce qui est compter largement), c’est un homme sur 200.

Tous les jours, les femmes doivent craindre un harceleur ou un agresseur sexuel : un tiers d’entre elles le subira bien un jour. Et un enfant sur six.

 

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Petit bilan d’étape

Ce blog ayant été entamé en novembre 2014, il a quatre ans et quelques semaines. Mais sur le plan statistique, les données sont en années civiles, de sorte qu’on est à l’entame d’une sixième année.

L’année 2018 a donné une nouvelle progression encourageante des visites : 6.800 pages vues par 4800 visiteurs. Soit 1300 visiteurs de plus et 1500 pages vues supplémentaires.

Pourtant la fréquentation a connu une nette décrue vers le mois d’août. Rappelez-vous, suite au scandale Facebook et au nouveau règlement européen de protection des données, il était recommandé de prendre des mesures de protection. Et je suis tombé sur une recommandation, pour qui voulait se protéger de « Google Analytics », d’insérer une application dans son navigateur. Google Analytics est un logiciel qui enregistre votre activité sur le web, et qui en constitue un profil qui peut intéresser les publicitaires. Et Google fournit lui-même une application Google permettant de s’en protéger. Je l’ai donc installée. J’ai immédiatement constaté une baisse importante de la fréquentation. Voici les statistiques de fréquentation, en nombre de visiteurs puis en pages vues et, parmi elles les visites de moteurs de recherche. La chute est sensible depuis septembre (et même déjà la mi-aout :

Janv Fév Mars Avril Mai Juin Juil Aout Sept Oct Nov Déc

423

308

403

714

745

699

697

423

55

156

94

104

522

388

591

1098

1094

921

975

540

108

247

161

194

183

162

194

183

146

150

134

117

33

72

34

69

Mais j’avais été incité à ce changement et cette prudence du fait du surcroit de visites intervenu à partir d’avril :  le double par mois ! 500 visites de plus ! On en était donc à près de 25 visiteurs et 35 pages vues par jour en mai et on est tombé à 3 visiteurs et moins de 6 pages vues par jours en novembre.

Or je ne m’explique pas vraiment cette progression puis cette chute. J’avais supposé que c’étaient les moteurs de recherche qui faisaient des lectures inutiles plusieurs fois par jour (la plupart des lecteurs venaient des USA). J’ai maintenant tendance à penser que le moteur de recherche Google a cherché à me sanctionner pour les avoir privé d’un profil monnayable (le mien et peut-être le votre quand vous venez sur mon blog). Je suis toujours référencé, mais tout en bas des listes de recherche. Mais ces hypothèses que je fais sont peut-être tout à fait erronées.

J’ai cherché à me débarrasser de cette application empêchant le suivi pour voir ce qui se passerait, mais cela n’a pas été possible. De même, je me suis demandé quel était le « modèle économique » de WordPress qui accueille mon site : que faisaient-ils de mes données et de vos données ? Je n’ai pas trouvé réponse à ma question.

En attendant, merci à ceux qui font connaître ce blog, en faisant des liens à partir de leur blog, leur site facebook, de seenthis, etc.

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Pardonner ce qu’on peut punir

Je partage ici un lien vers un article de Crêpe Georgette sur son blog. Il est devenu trop rare de voir paraître un de ses articles de critique féministe sur son blog, peu actif aujourd’hui, alors qu’elle est active désormais sur les réseaux sociaux (où je ne vais pas…). J’ai souvent dit ma dette envers le travail de Crêpe Georgette sur son blog pour m’interpeller (comme tant d’autres hommes), pour ferrailler contre les raisonnements sexistes masculins (dont les miens) et m’amener ainsi à faire un travail sur ma position masculine au regard du féminisme radical. Elle a soutenu l’initiative d’un membre du forum pour réunir un groupe d’hommes pour le féminisme, dont je fus, et qui a rapidement foiré. C’était il y a cinq ans.

Source : Pardonner ce qu’on peut punir

Dans l’article « Pardonner ce qu’on peut punir », elle part d’une lecture qui l’a interpellé à propos d’un cas qui n’est pas donné en référence :

Je lis ces juristes, réels ou autoproclamés, parler à des féministes, qu’ils jugent, forcément, incapables de comprendre le droit, incapables de comprendre une décision de justice, toutes pleines qu’elles seraient, de ressentiment, de pensées terre à terre, de bile et de colère. C’est ce qui nous caractériserait, leur semble-t-il, cette incapacité à prendre de la hauteur face à une décision de justice qui a, encore, acquitté un violeur.

Et elle démontre, avec de nombreuses études pertinentes et intéressantes à l’appui, combien l’idée d’une justice impartiale et indifférente aux discriminations sexistes et racistes est un leurre, une illusion, en France comme ailleurs. Elle nous fait ressentir, en prenant un scénario anti-sémite comme exemple, combien on peut s’en tenir à des clichés et ainsi déstabiliser une victime et mettre en doute sa vision des faits parfaitement sincère. Elle souligne donc combien les préjugés sexistes parmi les acteurs du Tribunal orientent les jugements.

J’avoue ne pas bien comprendre le titre de l’article. Les mots « pardonner » et « punir » ne sont pas repris dans ce texte. Je lis (entre les lignes) : « quand on acquitte alors qu’on devrait punir ».

Bonne lecture sur son site.

 

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Très vite, le pouvoir aux femmes ?

Dans le débat sur l’effondrement à venir de nos sociétés, on tente souvent de se convaincre que la solidarité humaine va prendre facilement le dessus pour gérer les difficultés à venir ; et que tout se passera bien, du moins qu’il y a des raisons d’espérer ; bref, qu’il faut rester optimiste… Malgré l’annonce évidente de l’effondrement prochain 1) du système financier, 2) de nos ressources énergétiques, 3) des ressources naturelles (minérales, végétales, animales), en général, et 4) des conditions climatiques de la vie sur terre (4).

Vous connaissez la démarche du colibri, qui s’en va étendre l’incendie grâce à la goutte d’eau qu’il peut emporter dans son bec et dit « je prends ma part ». Je connais de nombreux intervenants sur le sujet de cette solidarité positive, et notamment sur le site de Paul Jorion , »le site le plus optimiste du monde occidental ».  Et j’ai repéré, sans avoir voulu le lire, le dernier livre de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Grégoire Chapelle, Un autre monde est possible, Paris 2018, après que le premier ait écrit L‘entraide, l’autre loi de la Jungle, Paris 2017. Tout un programme… pour ceux qui nous avaient expliqué déjà « Comment tout peut s’effondrer ».

J’ai toujours pensé que cette pensée « positive » relevait de l’angélisme et ne correspondait à aucun pronostic sérieux. Et que la solidarité humaine ne se construit qu’au sortir des catastrophes et des conflits et non auparavant. C’est ainsi que de fortes avancées sociales ont été décidées à la fin des deux guerres mondiales, parce que la légitimité des dirigeants était fortement compromise au vu des épreuves subies, qu’ils n’avaient pu prévoir et écarter. Je me disais souvent qu’une « guerre civile » de tous contre tous était le plus probable, en vue de maintenir son confort contre les autres, sans aller très loin dans cette analyse.

Mais la réalité est bien pire. Je suis en train de lire L’Europe barbare de Keith Lowe, Paris 2012, qui fait un tableau saisissant de la désorganisation, de la violence meurtrière, de la famine, des haines, des exécutions ou liquidations et des expulsions qui sont survenues à la fin des combats de 44-45. Et évidemment (?), des violences sexuelles faites aux femmes, des viols et des vengeances opérées sur elles et sur leurs enfants.

J’en retiens deux-trois choses. La violence provient en 43-44 d’abord de l’armée d’occupation et de ses méthodes nationalistes, racistes, génocidaires, globalement inhumaines. Quand celle-ci recule, la population est prise elle-même d’un sentiment de colère et de vengeance. Cette vengeance peut être meurtrière et sexiste aussi. Elle cherche à faire fuir une communauté non acceptée (parfois depuis longtemps, tels les juifs ou les tziganes dans certaines contrées) par la terreur. Parfois des arrangements sont trouvés entre deux nations voulant renvoyer la minorité de l’autre, telle la Pologne et l’Ukraine, pour des expulsions tout aussi inhumaines. Il faut imaginer aussi que plus aucune force de police n’est légitime pour s’opposer à la violence. Dans ce contexte de désorganisation après les combats, des groupes nationalistes violents, donc d’idéologie raciste et d’extrême-droite, sont à la manœuvre et profitent de leur proximité avec l’armée vaincue, de leurs méthodes et de leurs moyens. L’armée victorieuse, auréolée de victoire et assoiffée de vengeance, ne peut gérer immédiatement des questions humanitaires et applique elle même des méthodes racistes et sexistes dans les pays ennemis qu’elle conquiert. La famine est là, les maisons sont détruites, les viols sont partout, les dénonciations hasardeuses sont fréquentes. Les vols et les pillages sont l’œuvre de tous. D’un autre côté, des milices de défense et de résistance contre l’occupant, souvent à l’extrême-gauche, doivent utiliser eux-aussi la violence contre l’ennemi, mais aussi contre l’ennemi de l’intérieur. De ce fait, ces deux groupes de milices finissent par s’en prendre indistinctement aux populations civiles, de manière tout aussi inhumaine. Dans le cas de l’Europe d’après 44, le camp allié occidental n’a pas voulu laisser les groupes communistes participer au pouvoir en Italie, en Grèce, faisant le choix de la répression et donc de la guerre civile.  Le camp de l’Union soviétique n’a pas voulu accepter les démarches de gouvernement d’alliance de gauche, imposant son contrôle absolu. Il est remarquable de noter que,en Italie, derrière les lignes alliées, des villages agricoles du Sud ont voulu proclamer leur libération autonome et pratiquer des réformes agraires en cultivant des terres en friche (réaction positive dans un contexte d’effondrement) et que leur mouvement d’autonomie et de survie a été combattu par les propriétaires bourgeois, par les notables de droite (le fascisme local au pouvoir depuis 25 ans) et de gauche, par l’Église, et finalement par les forces alliées ou les forces communistes.

Comment se prémunir des haines, des haines populaires émeutières et des haines des groupes politiques ? et de l’esprit de revanche des élites au pouvoir et voulant conserver ses privilèges, y compris par la violence ? et de la violence sexiste « spontanée » des mâles quand ils sont embrigadés ?

Bien sur, on peut souhaiter qu’un mouvement populaire de paix s’oppose à ces violences.  On peut espérer que des méthodes non-violentes d’action populaire politique soit connues et expérimentées. Mais cela n’apparaitra pas spontanément. Les mythes de nations, alliées et toutes très unies contre le nazisme, ayant combattu et gagné d’un seul mouvement, sont des constructions d’après-guerre pour légitimer les autorités et pour s’unifier contre le camps de l’URSS. Ce n’était absolument pas la réalité.

J’en suis venu alors à l’idée générale de donner au plus vite le pouvoir aux femmes. Depuis 5000 millénaires que les hommes dominent les femmes, le résultat n’est pas convainquant ! Même si les femmes n’ont aucune qualité plus humaine que les hommes (ce qui est intrinsèquement probable, si nous avons une nature commune, et seulement une culture genrée distincte), elles pourraient difficilement faire pire. Il est hautement probable qu’elles pourront faire un peu mieux.

Frans De Waal expliquait ce matin du 25 décembre sur France Culture que le Mâle Alpha a pour fonction de maîtriser (et d’apaiser) les conflits. S’il n’est pas apte à sa fonction, et ne rassemble donc pas un réseau de pouvoir, une coalition pourrait se monter contre lui et profiter d’un moment de faiblesse pour le renverser. Il soulignait qu’il y donc deux sortes de mâles Alpha, les bons et les mauvais, et donnait l’exemple du Mâle Alpha d’un grand pays occidental comme néfaste et isolé de plus en plus. On a évidemment pensé aux USA (et pourquoi pas à la France ?). Les milices d’extrême droite peuvent être aussi vues comme des petits mâles Alpha négatifs se soulevant quand le pouvoir est affaibli.

Et Frans de Waal a souligné que nous avons deux lignées de singes proches de nous : les gorilles et les bonobos. Dans cette dernière peuplade, ce sont les femmes qui ont le rôle du Alpha. Une femme dirige et maîtrise les conflits. Elle a un réseau de mâles (pour la force) et de femelles (pour la consolation, les séances d’épouillage).

Tout ceci m’amène à conclure qu’il faudra donner au plus vite le pouvoir aux femmes. Les femmes dirigeantes devront faire des compromis avec les hommes violents dans le groupe qu’elles dominent légitimement, mais aussi les maîtriser socialement. Eux devront se plier à leur stratégie et s’y soumettre. Ce sera surtout le projet d’un mouvement pacifiste, voulant imposer la paix par la non-violence qui se reconnaitra dans ce changement.

Pour autant que ces dirigeantes soient mieux éprises de comportements humains, mais sans faiblesse devant la violence adverse, on peut espérer que les conciliations et réconciliations soient mieux mises en œuvre.

***

Post-scriptum. Et alors, nous les hommes, on aurait rien à dire ? cette question m’est venue « spontanément ». Non, ce ne serait pas acceptable, on est en démocratie, que diable ! Il faut que les hommes puissent avoir leur mot à dire, donner leur avis, être écoutés sur la stratégie et sur les méthodes… Et pourquoi ? Pourquoi ne pourraient-ils déléguer leur part de pouvoir aux femmes ? Leur faire confiance si, entre elles, elles font preuve de participation, de démocratie, d’intelligence collective ? Bref, se soumettre à ce pouvoir légitime ?

Quand on y réfléchit, c’est cette position de soumission intolérable pour nous  que les hommes laissent aux femmes, en trouvant cela « tout naturel ». C’est cela, la domination masculine : imposer l’idée que nous sommes si intelligents et si aptes à décider du meilleur qu’il faut nous faire confiance. Et d’abord s’en convaincre nous-mêmes de cette supériorité stupide et sans fondement.

Il y a un fil caché qui ressort soudain de cette réflexion : le déni. Les hommes ne veulent pas voir leur violence et se convainquent qu’ils seront mutuellement bons. Les hommes ne veulent pas voir leur difficulté à gérer entre eux les conflits et à se maîtrise, aveuglés qu’ils sont à vouloir détenir le pouvoir. Les hommes ne veulent pas voir que le résultat est humainement indéfendable et que c’est leur culture de la compétition qui est en jeu. Enfin les hommes ne veulent pas voir que c’est eux qui sont le problème et que la domination masculine est le nœud qui maintient ce problème.

 

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Ces choses que les hommes trouvent normales alors qu’elles devraient les interpeller : les « privilèges »

Voici un document exceptionnel : « 120 exemples du privilège masculin dans la vie de tous les jours », que vous pouvez trouver sur le blog « Dialogue avec mon père », page « Everyday feminism », en cliquant ici.

J »ai toujours trouvé inadéquat le mot de privilège par lequel on désigne ce que dont jouit un groupe dominant, au détriment des dominées. Privilégié, moi ? Vous m’avez bien regardé ? Je ne suis pas Louis XIV ! Ni un des membres de sa cour ! Mon compte en banque est pauvrement garni !

Effectivement, on peut toujours être le dominé de quelqu’un, on peut toujours exprimer de la frustration et de la jalousie : vis-à-vis d’un hyper-riche, d’un hyper-séducteur, d’un hyper-président, d’un hyper-chef religieux. Et pourtant…

Rappelons d’où vient cette démarche et ce mot. Un jour une femme noire américaine reproche à une femme blanche : « mais vous avez tant d’avantages, que vous ne pouvez pas savoir ce que je vis ». La femme blanche a été choquée de cette assertion, entre militantes luttant pour la même cause féministe. Mais elle a réfléchi et elle en a conclu : j’ai dès l’origine tout une série de ressources, d’avantages, de facilités, qui sont autant de privilèges qui seraient dans un sac à dos que je ne vois pas, mais que l’autre aperçois très bien.

On devrait donc s’attendre à ce que moi aussi, je puisse décrire les ressources et avantages qui me sont octroyés et dont les femmes ne disposent pas. Mais non, je n’y arrive pas. Pourquoi ? D’abord parce que je ne partage pas une même lutte contre un Dominant qui nous oppresse toutes&tous deux. J’ai été syndicaliste et je peux comprendre mes facilités (se documenter, faire une synthèse, écrire) par rapport à mes camarades ouvriers. Mais peut-on me le reprocher ? Ou doit-on se réjouir de mon apport à notre lutte ? Je peux désigner les travers de ces autorités « hyper » qui nous dominent (bien que je puisse être moins bon pour cette désignation, car mon indignation est moins concrète, moins aiguisée, que celle de mes camarades). Mais les discriminations qui émanent de moi, comment les percevoir ? Pas évident.

D’ailleurs, la première attitude du dominant est celle du déni. Ma position, dit-il, est toute naturelle, je l’ai acquise par mes qualités qui m’ont permis de grimper les échelons et d’être choisi. Je ne vois pas où est le problème, ou alors c’est le problème des autres et qui relève de « pas de chance ». Cette position est spécialement celle des hommes, qui se pensent comme l’exemple complet de l’être humain normal. Il n’y a en moi rien d’illégitime, rien que les outils nécessaires pour jouer mon rôle et ma partie en société, pour gagner plus ou moins dans le jeu social entre nous les être humains qu’on appelle les hommes. (Certains dominants vont plus loin et accusent les dominés de manquer d’effort pour acquérir une position égale à moi : « il suffit de se lever tôt, il suffit de traverser la rue, il suffit de travailler un peu pour se payer un costume comme moi ». C’est lui qui est aveugle, pas moi !). Le déni peut être même dénigrant. En fait, il l’est toujours.

Et c’est de cette logique qu’il faut sortir. Il est traditionnel de définir les femmes comme des êtres humains incomplets, à qui « il manque quelque chose », et qui donc ne peuvent assumer certaines taches ou responsabilités humaines « nobles ». C’est une position du XVIIIe siècle, qui n’a plus cours en médecine, mais qu’on a encore trouvé chez Freud (1910) avec « le désir de pénis » des femmes (car il leur manque). Et cet inachèvement est encore une idée de « sens commun » masculin !

Quand on comprend que les êtres humains masculins sont dans l’excès, dans la domination et dans l’abus de pouvoir (sous différentes formes), on commence à s’interroger : pourquoi j’écoute mais je ne retiens pas ce que disent les femmes en réunion ? Pourquoi je ne perçois pas cette tâche ménagère pourtant évidente ? La liste est longue.

C’est en ce sens que cette liste des « 120 exemples du privilège » est bien utile. Elle part de l’anodin et cerne finalement l’étendue du problème.

Il s’agit au départ d’une liste d’une autrice étasunienne, Maisha Z. Johnson. Elle a été publiée en 2016 et comporte 167 items. Celle qui l’a traduite en français n’a retenu que 120 items. Je vais en citer un extrait. Et je ne vais qu’en évoquer quelques-uns de chacun des dix domaines analysés : 62 au total..

Normes Sociales

1. En tant qu’homme, tu peux dominer la conversation sans être jugé. Les femmes sont perçue comme « trop bavardes » même quand elles parlent moins. Une étude montre que les femmes doivent représenter 60 à 80% d’un groupe pour avoir un temps de parole égal aux hommes dans une conversation.

2. Tu as moins de risque d’être interrompu quand tu parles – des études sur des hommes et des femmes ont montré que les deux genres interrompent les femmes plus que les hommes.

3. On ne suppose pas d’emblée que tu ne sais pas de quoi tu parles, et tu es moins sujet au mansplaining (c’est-à-dire être interrompu.e par un homme pour qu’il répète exactement ce que tu viens de dire ou parle à ta place d’un sujet que tu connais mieux – souvent avec condescendance).

4. Le vocabulaire courant favorise ton genre comme le genre par défaut, avec des mots comme « les Hommes » (pour l’humanité en général), « homme d’affaires » ou « homme politique » ou des noms de métier qui sont inféminisables.

5. On n’attend pas de toi que tu dises moins de gros mots, que tu t’excuses plus, ou d’autres comportements dits « féminins » qui renforcent le stéréotype selon lequel ton genre doit être délicat et soumis.

6. On n’attend pas de toi que tu te décales quand une personne d’un autre genre est sur ton chemin. (…)

Sexe et relations

16. En tant qu’homme, il est plus probable que l’on te félicite pour tes nombreuses relations sexuelles, plutôt que l’on te traite de « salope ».

17. On ne te traite pas de « salope » pour des choses qui n’ont même rien à voir avec ta vie sexuelle, comme ta façon de t’habiller ou les formes de ton corps.

18. On ne te traite pas de « prude » ou de « coincé » quand tu choisis prudemment les personnes avec qui tu veux coucher.

19. On ne t’apprend pas que ta sexualité existe seulement pour autrui,et tu n’es pas stigmatisé parce que tu te masturbes.

20. Les médias, les conseils sur le sexe et la définition du sexe se concentrent avant tout sur ton plaisir, surtout si tu es hétérosexuel et cisgenre (ton genre correspond au genre qui t’a été assigné à la naissance).

21. L’éducation sexuelle à l’école, la religion et autres institutions donnant une définition normative du sexe ne traitent pas ton genre comme plus sale, impur, ou indésirable quand tu perds ta virginité.

22. La majorité de la production pornographique vise ton genre (ce qui crée des idées bien néfastes sur les femmes et les autres genres)

23. Tu peux dire que tu aimes le sexe sans que ton interlocuteur le prenne pour une invitation à coucher avec toi. (…)

Harcèlement et violence

32. En tant qu’homme, tu as moins de risque d’être la cible de harcèlement de rue. La majorité des femmes ont été victimes de harcèlement de rue dans leur vie, et la plupart des hommes victimes sont queer ou gender non-conforming (c’est-à-dire qu’il n’apparaissent pas au premier coup d’oeil comme « hommes » et ne respectent pas les normes du genre).

33. Tu peux échanger un sourire ou un bonjour avec un étranger dans la rue, sans que cette personne le prenne comme une invitation à te draguer.

34. Tu peux repousser un.e prétendant.e sans t’inquiéter d’être attaqué verbalement ou physiquement.

35. Tu peux boire un verre seul au bar sans te faire déranger. Même chose pour tous les espaces publiques d’ailleurs (cafés, librairies, concerts etc.)

36. Tu peux voyager seul sans t’inquiéter des violences possibles à ton encontre.

37. Tu as moins de risque de faire l’expérience de violences au sein du couple.

38. Tu as moins de risque d’être suivi ou stalké.

39. Tu as moins de risque d’être la victime de revenge porn (c’est à dire la diffusion sans ton consentement d’images ou vidéos à caractère sexuel par ton partenaire après une rupture, dans le but de se venger).

40. Tu as moins de risque de te faire violer, surtout si tu ne vas jamais en prison.

41. Tu as moins de risque d’être sans abri à cause de violences conjugales. La moitié des femmes et enfants vivant dans la rue aux Etats-Unis fuient les violences au sein de la famille.

42. Tu as moins de risque d’être blessé physiquement par un partenaire. La violence au sein du couple est la première cause de blessure chez les femmes, plus que les accidents de voiture, les vols et les viols. (…)

Corps et santé

48. Tu peux vieillir naturellement sans qu’on considère que tu « te laisses aller » si tes cheveux deviennent gris, que tu prends du poids, ou que tu as des rides.

49. On considère que ton genre « s’améliore avec l’âge » alors que les femmes sont considérées comme moins désirables.

50. Tu as moins la pression d’être mince, et être gros a moins de conséquences sociales et économiques pour toi que pour une femme.

51. On n’attend pas de toi que tu manges moins.

52. Les médecins te prennent plus au sérieux quand tu leur expliques tes symptômes. (…)

Médias

60. Ton genre domine les institutions médiatiques influentes, comme les Oscars, dont le jury est à 77% masculin.

61. La fiction peut décrire la vie banale, quotidienne de ton genre sans être taxée de « littérature d’hommes » et être moins prise au sérieux que la « vraie » littérature.

62. Tu as plus de chance d’être publié.

63. Les personnages de films de ton genre ont plus de dialogues, et des dialogues plus profonds. Voir le Bechdel Test.

64. Les personnages de ton genre savent plus souvent quoi faire – combien de fois voit-on une femme dans un film demander « et maintenant, on fait quoi? » ?

65. Les athlètes et acteurs de ton genre sont respectés pour ce qu’ils font – et pas pour leur apparence ou leurs vêtements.

66. Tu peux facilement regarder du sport avec des athlètes de ton genre, parce que le sport masculin est beaucoup plus diffusé que le sport féminin.

67. La pub a beaucoup moins tendance à te représenter comme un objet ou un outil de plaisir pour l’autre genre, comme c’est le cas pour les femmes.

68. Les films romantiques ne représentent pas le harcèlement d’un personnage de ton genre comme un mignon signe d’affection.

69. Les humoristes de ton genre ne sont pas considérés comme universellement « pas drôles ».(…)

Droit et Politique

75. Un candidat politique masculin n’est pas soumis au regard inquisiteur des médias visant à prouver qu’il n’a pas l’étoffe d’un leader.

76. Un candidat politique masculin n’est pas plus jugé sur son apparence que sur ses compétences.

77. Un candidat politique masculin ne sera pas pénalisé par l’idée qu’il ne peut pas équilibrer vie privée et vie publique.

78. On ne dit pas des hommes politiques que leurs capacités sont affectées par des causes physiologiques, comme les règles.

79. La fiction a tendance à plus souvent représenter des hommes en position de leader, ce qui donne l’impression que tu es né pour commander.

80. Ce ne sont pas des personnes d’un genre différent du tien qui décident ce que tu fais de ton corps. (…)

Travail et Economie

83. En tant qu’homme, tu peux choisir d’avoir une carrière et une famille sans que les gens pensent que c’est difficile ou inhabituel.

84. On ne dit pas que tu vas « contre ta nature » si tu choisis d’avoir une carrière et pas d’enfants.

85. Tu es mieux payé.

86. Tu obtiens plus facilement des financements pour tes projets ou tes équipements.

87. Tu peux demander une augmentation ou une promotion sans être considéré comme « agressif ».

88. On ne considère pas que tu n’es « pas à ta place » dans les métiers les mieux payés, comme par exemple quand une femme docteur est prise pour une infirmière, ou une avocate pour une secrétaire. (…)

Enfance et Education

104. Les jouets que tu reçois sont plus souvent éducatifs, visant à développer des aptitudes, et te laissant imaginer un spectre plus large de carrières et d’opportunités. Contrairement aux jouets pour filles, où il s’agit la plupart du temps de beauté, de ménage ou d’enfants.

105. Tu peux t’affirmer sans qu’on te dise « ne sois pas trop autoritaire » ou « arrête de vouloir commander ».

106. Les adultes te complimentent plus pour tes capacités que pour ton apparence.

107. Tes notes ne dépendent pas de ton apparence – des études montrent qu’on donne de meilleures notes aux filles quand elles sont jolies, ce qui renforce l’idée que leur valeur est dans leur apparence plus que dans leur intelligence.

108. Tu reçois plus d’attention de la part de tes professeurs, comme des commentaires plus étoffés qui te permettent de t’améliorer. (…)

Religion (Ou son absence)

116. Si tu es croyant, tu as beaucoup plus de chance que le chef de ta religion soit de ton genre.

117. Si tu es croyant, on ne pense pas de toi que tu es incapable de choisir toi-même ta religion et tes pratiques, comme ceux qui veulent « sauver » les femmes musulmanes par exemple.

118. Si tu es croyant, personne n’attribue cela à « l’irrationalité » de ton genre ou à une naturelle inaptitude scientifique.

119. Si tu es croyant, les textes saints de ta religion ne sont pas interprété d’une manière qui justifie la maltraitance des personnes de ton genre, ou qui ignore les passages qui présentent ton genre sous un jour positif. (…)

Il y a donc 100 remarques supplémentaires dans la version anglaise ! Et il y a des commentaires en introduction et en conclusion, repris dans la version française, qui sont bien utiles.

Il y a sans doute des inégalités qui vous parleront moins, parce que les hommes sont différents. Et il y a des inégalités de culture et de classe sociale, dont il faudrait tenir compte. (J’en parlerai un jour, je trouve cela important… : Pas d’analyse de genre sans analyse de classe.)

L’article commence par poser la question : En tant qu’homme, qu’est-ce que ça veut dire l’égalité des genres pour toi ? Sans doute nous ne songerions pas à la majorité de ces discriminations et réciproquement de ce qui est pour nous un privilège. C’est dire que les hommes ont une version très édulcorée du combat pour l’égalité : ils entrevoient une égalité qui ne changerait rien à leur propre situation. L’homme doit donc faire un intense « travail sur soi » pour percevoir puis modifier ces facettes de la domination qu’il impose inconsciemment (dans la plupart des cas).

Ma question de départ a souvent été : comment les hommes pourraient ils prendre conscience de la domination, non de ses excès  (ceux qui sont le fait des « autres ») mais de la domination ordinaire (qui est aussi pleine d’excès…. de mépris, de dénigrement, à tout le moins). Je considère cette liste comme une très bonne entrée en matière.

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« Tu ne tueras point », cette hypocrisie masculine

On pourrait se moquer du pape. Mais le problème est bien plus général.

Une des caractéristiques de l’espèce humaine, c »est sa propension à tuer ses congénères. En général, les animaux mâles se mesurent au combat, mais ils en arrivent rarement à s’infliger des blessures mortelles. Ils ne tuent pas gratuitement. Les humains au contraire ont développé ce travers à un point terrifiant, et ils l’ont décuplé par l’invention d’armes de plus en plus sophistiquées.

Par ailleurs, notre espèce a eu le malheur de « dépasser les limites ». Sans pouvoir s’en rendre compte à temps, elle est arrivée à un point d’exploitation des ressources terrestres qui menace son existence sur terre : trop d’humains demandent trop de confort qui compromet l’environnement naturel nécessaire à la survie humaine, à commencer par les conditions climatiques, mais en songeant aussi aux moyens de se nourrir, de se chauffer, d’assurer sa sécurité. Il semble qu’elle doive aujourd’hui prendre des mesures draconiennes dans la précipitation. Et la limitation de l’accroissement démographique est une de ces mesures importantes.

Mais pour le pape, l’important n’est pas là. L’intolérable, c’est l’avortement.

« Interrompre une grossesse, c’est comme éliminer quelqu’un. Est-il juste d’éliminer une vie humaine pour résoudre un problème ? », a demandé le pape argentin aux fidèles rassemblés sur la place. « Ce n’est pas juste de se débarrasser d’un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème ».

L’Église catholique a toujours eu un problème avec les enfants. Jadis elle a imaginé un « jugement dernier » à la fin des temps : mais alors où se trouvaient conservés les innombrables enfants qui mourraient en naissant ou en bas âge : elle a imaginé un paradis provisoire, les Limbes, réservé à ces âmes pures. Par la suite, ayant imaginé un jugement dernier immédiat à la mort de chaque individu, elle a sacralisé tout enfant dès avant la naissance.

On sait que le patriarcat masculin a pour volonté de s’approprier les enfants des femmes (ce sont elles qui portent et développent, qui font naître et qui nourrissent les enfants) en leur donnant le nom paternel et en revendiquant l’autorité sur leur destin. On sait que les hommes ont longtemps négligé la survie des femmes au cours de leurs trop nombreuses grossesses.

L’église catholique pousse cette prétention jusqu’à l’absolu en prétendant que le foetus est dès l’origine un être humain, un « quelqu’un ». Ce qui est absurde. Et, sachant que le personnel de santé aujourd’hui assure heureusement les avortements dans des conditions suffisantes d’hygiène pour ne pas mettre en danger la femme gestatrice, elle s’en prend à ces personnes en les traitant de « tueurs à gages ». C’est odieux.

Elle n’avait pas de prise jadis sur les « faiseuses d’anges » qui se savaient dans la clandestinité, dans la solidarité féminine.

On aimerait que l’Église soit plus prompte à résoudre les conflits armés ! (Il ne suffit pas de proclamer « Plus jamais la guerre !). On souhaiterait que l’Église soit plus prompte à dévoiler les criminels dans ses rangs, auteurs d’agressions pédophiles et autres viols au lieu de devoir admettre les rapports des autorités civiles.

On souhaiterait que l’Église montre sa capacité à mobiliser les hommes pour le bien de l’humanité, pour sa sauvegarde face au dérèglement du climat, aux guerres endémiques et face à l’exploitation excessive des ressources.

L’humanité masculine s’entretue et elle ne s’offusque que de ce que font les femmes. Or les grossesses sont aussi dues aux hommes ! Ceux-ci devraient donc se taire à ce sujet, rien de plus.

Rajout : L’Ordre des Médecins français s’est offusqué par une lettre ouverte au pape, des propos scandaleux qu’il a tenu. Quand j’ai avancé mon argument, je me demandais si cette analyse était fondée. Voilà une belle confirmation ! L’église n’a pas réagi, mais les divisions augmentent manifestement parmi les ecclésiastiques, et le récent forum sur les jeunes n’a pas convaincu grand monde.

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Pourquoi s’acharner encore sur Jacqueline Sauvage ?

Lettre ouverte au procureur de la République : pourquoi s’acharner encore sur Jacqueline Sauvage ?

Ce mardi 2 octobre, Frédéric Chevallier, le « magistrat représentant de l’Etat qui a plaidé en principe pour l’intérêt collectif » (c’est cela, un procureur) dans le procès en appel contre Jacqueline Sauvage, lui a adressé une lettre ouverte, parue dans Le Monde.

Pourquoi s’adresser ainsi à elle ? Le procureur profite du passage d’un téléfilm sur le sujet ce 1er octobre à la TV, pour asséner encore sa version des choses. Mais au lieu de s’en prendre au téléfilm, à son auteur, à ses acteurs (dont Muriel Robin), il s’en prend à nouveau à Jacqueline Sauvage.

Dans plusieurs interviews de ce jour pour expliquer sa démarche (auxquels j’ai eu accès, sans avoir pu lire encore la lettre ouverte, mais seulement des extraits), le procureur avoue sa frustration. Il a plusieurs fois été interviewé, il a été « écouté mais pas entendu ». Ou ses phrases ont été coupées au montage. Donc il a choisi le mode de la lettre ouverte, pour être « certain de ne pas être coupé ».

La démarche est tout à fait inhabituelle. Les magistrats ont pour devoir de ne pas commenter une décision de justice, de ne pas réagir aux commentaires des médias. Une exception peut être admise. Mais ici, profitant d’une occasion, le magistrat s’en prend une nouvelle fois à la personne jugée, près de deux ans après le jugement. Ce n’est pas admissible.

Comme cela a été souligné (sur le blog Eolas) et repris dans un de mes articles sur mon blog, le procureur est loin d’être un Chevallier blanc dans cette affaire : il a donné au juge et aux jurés une information erronée en leur disant que l’accusée serait libérée dans quelques mois si la condamnation à dix ans était confirmée en appel. On ne sait si cette mauvaise information a été rectifiée durant la délibération du jury.

Alors, Monsieur le procureur, pourquoi cet acharnement ?

Et un acharnement sans nuance. Le procureur en vient à dire que « beaucoup est fait » pour la répression des violences conjugales (et le journaliste radio que j’ai entendu lui permet de s’étaler sans apporter aucune contradiction). Pourquoi, alors, une femme meut tous les trois jours  sous les coups de son compagnon (ou ex), en moyenne en France ? Pourquoi la plupart n’ont pas déposé de plainte ou n’ont pas pu être protégées malgré des plaintes ? Monsieur Chevallier nie une réalité qu’il doit pourtant bien connaître, mieux que tous. Il néglige le fait que l’accusée a connu une autre expérience que lui de cette lutte policière et judiciaire, cela durant 47 années : les améliorations éventuelles d’aujourd’hui sont récentes, sont dues aux luttes des femmes, et notamment durant ces procès au déroulement contestable, et le procureur ne devrait pas en tirer gloriole à bon compte.

Sa proposition de « recevoir Madame Muriel Robin durant une journée au Tribunal » pour constater les efforts, est dérisoire et ridicule : il confond l’actrice et l’accusée, le téléfilm et la réalité.

Plus grave, il s’en prend au caractère de l’accusée : « une femme déterminée » (et non une femme soumise), dit-il. Par cette remarque, il conteste à nouveau ce qui a été dit au tribunal sur les femmes battues. Il accuse les victimes des violences conjugales d’avoir une part de responsabilité, pour ne s’être pas assez défendues et assez plaintes. C’est odieux. Prétendre que la Justice a été privée d’une opportunité de condamner le mari violent, c’est tout aussi odieux. Car cette mort, autant que les meurtres commis sur les épouses, c’est aussi un échec de la Justice. Le Maire du village concerné l’a dit au premier procès : « tout le monde s’attendait à un drame dans cette famille ».

Le procureur conclut que Madame Sauvage est un « symbole inadapté » pour une noble cause, pour une question sociale. Mais ce n’est pas à lui d’en juger. Et il est mal placé pour en discourir, tant par son action de procureur, que par son attitude dans cette démarche de lettre ouverte.

Je voudrais être plus nuancé, car je ne voudrais pas laisser croire que je néglige les principes d’une justice démocratique. J’ai écrit précédemment là-dessus. Mais j’estime que des nuances ne sont pas obligées pour répondre à une démarche « inadaptée », le mot est faible.

Chester Denis

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