Ce 2e guide du féminisme pour les hommes ? Bof…

J’attendais beaucoup de ce second livre pour guider les hommes : « Guide du féminisme pour les hommes et par les hommes » (Ed. Massot, 2018, 18€) de Mikael Kaufmann et Michael Kimmel, avec illustrations de Pacco. Car les deux auteurs sont des « pro-féminisme » reconnus. Le premier est un canadien qui a travaillé pour les Nations Unies et pour « le Conseil consultatif sur l’Égalité des Genres du G7 ». Le second est un des pères fondateurs des Men studies et dirige le périodique : Men and Masculinities, qu’il a lancé en 1998.

Eh, bien, j’ai été plus que déçu (un peu en colère, et pas que pour les 18€, mais pour une occasion manquée et donc gaspillée). D’abord, je vais vous présenter le niveau de ce « guide » . Ensuite, plus largement, je vais me demander si c’est bien indiqué de prendre les hommes pour des imbéciles. Finalement, je dirai deux mots de stratégie.

Le livre se présente un peu comme une courte encyclopédie de A à Z (avec un désordre car l’ordre imposé par le vocabulaire anglais a été conservé), développant 80 thématiques sur… une à trois pages maximum. Autant dire rien. On en reste au superficiel. Il y a scènettes à l’humour de premier niveau. Aucune autrice féministe n’est citée.

Ainsi ce texte m’a paru très peu pertinent, sur le thème « Papa »  (p.35) :

L’influence la plus bénéfique du féminisme sur la vie des hommes est de les avoir incités à assumer leur rôle de père. En effet, le féminisme encourage les hommes à s’impliquer pleinement dans l’éducation de leurs enfants? Nous ne sommes pas un simple copain avec lequel leurs nos enfants passent un bon moment. Nous pouvons être de formidables parents. La plupart des hommes relèvent le défi. (…) Bien sûr, ce n’est pas toujours une partie de plaisir –mais cela reste le plus beau cadeau fait aux hommes depuis l’invention de la télécommande. Et on nous mâche encore le travail. En dépit de tous ces changements, ce sont les femmes qui bien souvent prennent en charge l’éducation des enfants, ce qui limite leurs possibilités de carrière. C’est une véritable gageure pour une femme active qui a la responsabilité des enfants.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai hurlé, j’ai pris un crayon et j’ai marqué le passage. Il est vrai que les jeunes papas pouponnent davantage, mais je ne suis pas certain que ce soit dû à l’influence du féminisme (ou alors il faudrait l’expliquer). Ensuite, cela ne veut pas dire qu’ils assument clairement un rôle de « formidable parent » : les statistiques montrent qu’ils n’en font qu’une petite part, celle qui leur convient … comme on prend une télécommande : les papas zappent souvent sur le déplaisir et le délicat. Il parait très contradictoire de dire que « la plupart des hommes relèvent le défi » et de dire EN MÊME TEMPS que les femmes nous mâchent le boulot et ont la plus grosse responsabilité. Et puis, rien sur la « charge mentale » de la prise en charge de l’enfant, rien sur le « care » ou le soin des relations humaines, c’est vraiment enjoliver la situation. Je n’appellerais pas cela un Guide du Féminisme. Je ne vois pas à quel besoin des hommes ce livre veut répondre. Les sensibiliser, les rassurer, les inciter à faire un tout petit effort sans que cela les empêche de dormir ?

De plus, les dessins de Pacco n’ajoutent rien au texte. Ils se décalent à peine du texte, donnent dans l’image caricaturale mais sans subtilité ni empathie aucune.

De la part d’un « PhD » (Docteur en physique ?) et d’un professeur de sociologie spécialisé en étude de genre, c’est un contenu plutôt minable, pour adolescents attardés (ils existent, mais lisent-ils des livres ?).

( Rajout du vendredi 13 : comme petit bémol à ma critique, je viens de lire un interview des auteurs, où ils précisent que leur livre s’adresse d’abord aux jeunes et aux adolescents, à titre de première initiation au féminisme. On pourrait effectivement le comprendre si c’était un recueil de courts billets ayant paru dans un magazine de jeunes et ados. Mais alors le titre du livre, son aspect et sa présentation sont trompeuses. Et je crains même que les auteurs soient peu qualifiés en « littérature jeunesse »).

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De ces deux guides, mais aussi du livre d’Olivia Gazalé que j’ai lu cet hiver, et de quelques autres lectures, je retire le sentiment que le but de ces auteurs est avant tout de séduire les hommes, de ne pas les perturber, troubler leur tranquillité. On leur explique doctement, mais aussi humoristiquement qu’ils n’ont RIEN A PERDRE à écouter un peu de féminisme. Je me demande un peu si on ne prend pas les hommes pour des imbéciles.

La masse des hommes sent très bien qu’elle a des choses à perdre à s’allier au féminisme. Ils ne supportent pas qu’on les culpabilise, qu’on menace leur statut privilégié. Ils refusent de voir où est le problème. Ils ne nient plus qu’il y a des problèmes, mais ils les minimisent et mettent alors leurs problèmes masculins comme plus lourds dans la balance. Moi-même il a fallu qu’une illumination me fasse tomber de mon cheval et de mon sommeil masculin.

Olivia Gazalé est allée un peu plus loin dans l’explication en montrant que la masculinité constitue aussi un carcan qui contraint les hommes, à travers l’histoire, et que le féminisme pourrait les aider à « s’en sortir ». Jeremy Patinier avait eu le mérite de donner un peu de contenu féministe à un livre facile à lire, mais très peu dérangeant aussi pour les hommes (et il a eu le tort de négliger de citer ses sources, alors qu’il avait pioché à gauche et à droite ;  le livre a été donc retiré de la vente).

Nos deux auteurs américains sont ceux qui en restent au plus futile. Peut-être est-ce adapté à la culture américaine de 2011, date de parution aux USA. Peut-être peut-on y espérer motiver les gens à « faire leur différence » et à faire un effort moral pour gagner leur ciel (j’en ai parlé à propos du puritanisme d’origine protestante).

Mais peut-on se tenir en dehors de toute position critique sur l’attitude masculine, sur la domination masculine ?

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En conclusion, cela me parait une attitude erronée de vouloir convaincre tous les hommes. C’est même pernicieux : des groupes d’hommes « masculinistes » prennent à nouveau (au delà du mouvement des pères sur les grues, de début 2000) le devant de la scène et se déclarent en péril et en résistance. Et avec le positionnement de ces livres, on n’atteindra ni ces hommes extrémistes, ni la masse des hommes, car on n’aborde pas vraiment les questionnements des hommes. PEut être les auteurs sont-ils conscients du désarroi des hommes et qu’ils pensent les attirer sans tenir compte de leurs résistances, en la déjouant. C’est de la naïveté, selon moi.

Je suis convaincu qu’il faut d’abord viser les pionniers favorables au féminisme et leur donner des objectifs de changement pratique. Approfondir leur premier engagement, le transformer en une conviction et une fierté de se sentir libéré peu à peu, par un travail sur soi, du comportement masculin dominant. Leur faire ressentir une proximité de milliers d’hommes qui sont dans la même recherche et dans le même travail de changement. Et les accompagner dans une recherche collective de réponse aux questionnements.

Sans cela, les hommes ne changeront jamais ? Oui et non. Le fait est que les femmes ont profondément changé. Leur situation et leur mentalité. Et que ce n’est pas fini, leur évolution se poursuit et leur mouvement s’élargit (malgré que le féminisme ait mauvaise presse). Les hommes vont bien devoir s’adapter. Tant bien que mal. Et ils se sentent très perdus sur les comportements à adopter.

Je lisais récemment cette idée : en sciences, l’essentiel n’est pas de dénoncer une ancienne vérité comme étant erronée, que de proposer une nouvelle découverte de vérité qui soit plus convaincante, et de la faire connaître (d’où le rôle des revues scientifiques). A un certain moment, la théorie ancienne devient obsolète et plus personne n’en parle (plus tard les historiens y reviennent). Bref le nouveau paradigme chasse l’ancien. C »est une inspiration pour cette stratégie de « bâtir avec les pionniers ». Mais il est évident que le nouveau paradigme n’apparait pas sans un travail fondamental de mise en pratique. Il ne tombe pas du ciel.

Bien sûr, l’attitude des hommes change à la marge et de nouveaux comportements sont adoptés. Mais on n’a aucune certitude qu’ils signifient profondément que la domination masculine est obsolète et va disparaître. Celle-ci a pris des formes variées au cours de l’histoire. Il est très possible que c’est en réalité une nouvelle forme de domination masculine qui se construit, plus soft, plus éduquée ou civilisée, mais se voyant toujours supérieure à la situation des femmes.

Pour que les hommes s’adaptent effectivement à la nouvelle situation sociale créée par le féminisme, par l’avancée des femmes, il faut les aider, leur construire un chemin là où ils voient surtout des obstacles, tout en étant désireux de se changer.

Une autre idée est soulignée par le sociologie Eric Fassin (dans sa postface au recueil de textes de Raewyn Connel, Masculinités, Editions Amsterdam , 2014) en disant que la problématique des hommes est restée longtemps invisible, car ils formaient l’humanité indifférenciée :

L’évidence de leur présence dans le tableau de la connaissance tenait à leur statut : c’était encore et toujours l’homme, implicitement universel ; mais qu’en était-il des hommes dans leur spécificité, soit une fois qu’on passait du singulier à la singularité ? [soit de l’Homme aux hommes concrets] (… Après avoir évoqué les questions d’orientation sexuelle et les questions raciales…) C’est à chaque fois la même démarche : aborder la norme universelle dans sa particularité et la révéler ainsi en tant que point aveugle d’une approche de la domination. C’est bien pourquoi les Men Studies, loin de marquer quelque réaction contre les Women studies – en sont le prolongement logique.

Il y a donc bien un chemin à défricher, dans la théorie mais surtout dans la pratique.

 

 

 

 

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Le sport et la domination masculine au coeur de la nation…

C’est un très bon texte que le blog scenesdel’avisquotidien met en évidence à l’occasion de la Coupe du Monde de football (et autres spectacles). Sous le titre « LES FEMMES AU SERVICE DU SPORTIF », l’auteur Frédéric Baillette se penche en réalité sur les effets de la coupe du Monde 1998 du point de vue du genre, et c’est passionnant. Il montre que deux discours sur des phénomènes qu’on a dit spontanés,  » l’éclosion, qualifiée tout à trac de spontanée, d’un grand rassemblement festif Black-Blanc-Beur ; d’autre part, « l’intérêt inattendu » des femmes pour un spectacle qu’elles étaient jusqu’alors supposées abhorrer », ont été élaborés presque consciemment pour s’imposer dans l’opinion.

Je ne vais pas paraphraser l’article, je vous recommande de le lire. Ce texte est extrait d’un livre « Sport et virilité », paru en 1999.

Cherchant à en savoir plus sur cet auteur, Frédéric Baillette, j’ai pu dénicher d’autres textes. Je ne sais plus où il aborde le thème du rassemblement de la nation autour d’une équipe de mecs virils, la nation comme ensemble des hommes, et les femmes « de surcroît » c’est à dire à leur place subalterne.

Tous ces thèmes se retrouvent dans les médias aujourd’hui. C’est important de s’imprégner d’un regard critique à ce sujet !

Ce n’est pas la première fois que je fais le lien avec le site scenesdel’avisquotidien, qui publie régulièrement des textes importants et qui participe au collectif, pardon, à la collective TRADFEM qui traduit en français des textes féministes pertinents.

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Nombre de visiteurs : résultats faussés par le ‘big data’…

J’avais entendu récemment dire que les moteurs de recherche peuvent fausser votre impression d’être lu sur le blog. Il peut y avoir jusqu’à 50 % de pages vues qui sont en fait scannées régulièrement par divers moteurs de recherche, basés principalement aux Etats-Unis.

Or je m’étais réjoui de la progression frappante de mon nombre de pages vues depuis trois mois. Mais je m’étais aussi interrogé en fin d’année sur le nombre de visiteurs venus soudain des États-Unis. En faisant une nouvelle statistique où je sépare les origines des lecteurs, je dois donc rectifier les statistiques de mon lectorat.

Total pg vues USA France Autres
Juin 2017 217 27 151 39
Juill 2017 305 69 170 66
Aout 2017 483 158 217 108
Sept 2017 395 170 188 37
Oct 2017 577 188 301 88
Nov 2017 720 366 266 88
Dec 2017 546 281 166 99
Jan 2018 572 172 285 115
Fev 2018 388 131 175 82
Mar 2018 531 134 291 106
Avr 2018 1098 528 442 128
Mai 2018 1094 635 364 95
Juin 2018 921 644 196 81

On voit que depuis Avril 2018, les visites sont multipliées par deux, principalement par les visites d’USA qui sont multipliées par trois ! Elles atteignent deux tiers du total. Avant juillet 2017, les pages vues depuis les USA se tenaient entre 15 et 25 par mois.

Les pages vues depuis la France sont en progression, mais légérement. Les visites d’autres pays sont irrégulières. Un record est pourtant atteint en avril 2018 avec 570 visiteurs hors USA, puis en mai encore. Cela correspond au moment où un article du Monde a parlé de mon travail. Et à mon commentaire sur les réactions pleines de déni masculiniste à l’article général du Monde. Le nombre moyen de pages vues hors USA oscille entre 250 et 400 par mois.

Restons modestes !

Du fait de ces visites intempestives des moteurs de recherche plusieurs fois par jour (quel gaspillage d’énergie électrique et de volume de stockage de datas et d’infrastructures !), les statistiques sur les articles les plus lus deviennent sujettes à caution. J’en parlerai en début d’année prochaine.

 

 

 

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France : le pouvoir judiciaire et le gouvernement ne veulent-ils pas entendre les femmes violentées par les hommes ?

Dans le dossier « Jacqueline Sauvage », j’avais souligné plusieurs attitudes étonnantes des milieux judiciaires durant les deux procédures (instance et appel) et pour l’examen de la libération sous conditions souhaitée par le président de la république. Que ce soit le procureur, les juges et les commentateurs, que ce soit le tribunal d’application des peines, On a pu relever des erreurs, mais aussi des contre-vérités et des manipulations, et un manque de respect pour la femme violentée qui avait tué. Je ne fus pas le seul à le dire.

Deux chroniqueuses judiciaires ont assisté récemment à une procédure d’appel qui portait sur le meurtre par son fils d’un père violent. Elles en font un récit des débats qui est choquant. Elles soulignent qu’elles ont été choquées.

On y voit la Présidente de la Cour d’assises, statuant en appel après une condamnation à 7 ans et demi de prison,  s’acharner sur la nouvelle épouse du père assassiné, qui avait suivi l’enfance malrtraîtée du fils depuis ses trois ans. Alors que cette femme est appelée à la barre pour témoigner de ce que ce fils a subi et de ce que ce père et époux était terrorisant, voilà qu’elle se fait questionner durement sur sa propre vie et son absence de plainte à la police. Elle est tombée évanouie, et a été évacuée à l’hôpital, sans un regard de la juge qui avait suspendu l’audience et s’était retirée. Et c’est très simple : ce violent questionnement à charge a fait que le témoignage de cette femme en faveur de l’accusé n’a pu avoir lieu.

Le gouvernement espagnol avait décidé il y a peu de donner des formations à ses juges concernant les violences faites aux femmes. Et la libération sous caution de cinq violeurs condamnés en première instance et soupçonnés dans une autre affaire, libération dans l’attente du déroulement du procès d’appel montre à l’évidence que ces formations et sensibilisations sont nécessaires. Cette affaire française montre à l’évidence que le besoin est aussi réel en France !

On trouvera l’article (paru dans l’OBS) ici. (1)

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Mais le gouvernement français donne un signal contraire à cette attention nécessaire. L’association Européenne contre les violences faites aux femmes au Travail (AVFT) avait protesté de manquer de moyens pour assurer une permanence téléphonique d’écoute et d’aide des femmes avec le surcroit de demandes avec la campagne MeToo, et avait interrompu cette permanence (elle a été rétablie depuis). Qu’a fait le gouvernement ?  Il a ouvert sa propre ligne téléphonique et vient de fait paraitre un appel d’offres pour tout organisme qui voudrait assurer non seulement ce service mais toutes les missions dont est chargée l’AVFT, dont l’écoute, l’information, l’accompagnement. Et cet appel vaut pour à peu près 18 mois (jusque fin 2019), durée qui ne permet pas de constituer une équipe compétente et de la conserver… Ici encore c’est le mépris des méthodes et des compétences nécessaires pour aborder la question des violences faites aux femmes, qui est choquant. Une lettre explicative, ainsi que les organisation signataires, peut être consultée notamment ici.

(1) On méconnait aussi les différences de milieu social et culturel entre les personnes qui comparaissent aux Assisses et les autorités judiciaires. On voit les juges dénier toute confiance aux paroles des femmes de ces dossiers, parce qu’il ne peuvent ajouter foi au récit d’un vécu qui est totalement étranger à leur propre culture sociale. Là aussi une formation et sensibilisation devrait veiller à rapprocher le « Siège » du « terrain »…

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Il y a même (presque) deux guides du féminisme pour les hommes…

Le premier est retiré de la vente…

Il y a quelques semaines, j’annonçais qu’il y a un « Petit Guide du féminisme pour les hommes« , de Jérémy Patinier. Patatras, il est retiré de la vente. Pour plagiat. Que s’est-il passé ? Je me doutais bien qu’il y avait quelques « récupérations » de textes trouvés ailleurs, dans le texte de Patinier, et qu’il manquait de certaines références. Je ne m’en étais pas formalisé car l’ensemble me paraissait un joli bouquet.

Une blogueuse, Noémie Renard, qui tient le blog Antisexisme.net, a reconnu des phrases qu’elle avait écrite jadis (c’était en 2011). Et elle considère qu’il aurait surtout été correct de mettre en référence une étude sur laquelle elle s’était appuyée pour ce bref texte, étude de l’Université de Liège. Intriguée, elle a un peu fouillé et reconnu une autre idée provenant du blog d’Anne-Catherine Husson, Ça fait genre, et trouvé à nouveau que plusieurs phrases avaient été collées. De là, décortiquant le texte, elle en a trouvé d’autres, dont une de Wikipedia…

La découverte,, que Noémie Renard lance sur Twitter le 6 juin, est reprise par Pauline Grand d’Esnon, sur le site Néonmag.fr. avec quelques commentaires. Et de là, on la trouve dans les médias mainstream et peu féministes, dont Le Figaro, BibioObs, Libération, et des médias du web.

Jérémy Patinier se défend et s’excuse. Il dit qu’il a fait un travail de journaliste et que malheureusement, des sources de ses lectures de deux années n’étaient plus précises… Oui mais voilà, il a publié un livre, qui se vend (même si les profits vont à une association de lutte contre les violences faites aux femmes, dit-il), et on peut parler juridiquement de plagiat pour ces divers extraits de quelques paragraphes, faute de guillemets et de références pour ces citation cachées. L’auteur se dit prêt à comparaître en justice, d’ailleurs.

Et là dessus, l’éditeur Textuel a pris la décision de retirer le livre de la vente, en déclarant que son honneur était atteint et qu’il allait donner suite judiciaire aussi…

En dehors de ce fait, ce qui est cocasse, c’est de constater qu’effectivement les journalistes n’ont pas peur de récupérer les infos de leurs collègues et de reprendre des mots et des phrases lues ailleurs, en n’utilisant que partiellement les guillemets quand ils y sont obligés. Et en étant vagues sur les références. Et parfois en rajoutant une info de leur cru. Là aussi il faudrait faire un pistage. Ainsi le démenti de l’auteur est souvent évoqué comme « L’auteur nous déclare… » alors qu’il parait ailleurs s’être exprimé lui aussi sur Tweeter d’abord …

Et que l’idée selon laquelle cet homme favorable au féminisme a ainsi exploité « à son profit » le travail de féministes, cette idée a été reprise rapidement en boucle. C’est dommage pour un travail où il y avait aussi beaucoup d’idées originales. Mais le mal est fait. L’auteur, surtout en tant que favorable au féminisme, n’aurait pas dû faire cela. Et certains en profitent…

… mais un second est apparu il y a peu !

En effet, on annonce la parution de « Le Guide du Féminisme pour les hommes et par les hommes », de Mickael Kaufman et Michael Kimmel, chez l’éditeur Massot. Les deux auteurs sont connus comme politologue et sociologue et tous deux militants de l’égalité femmes-hommes.  Leur livre est paru aux Etats-Unis en 2011 déjà, mais la parution française a été adaptée à 2018 par les auteurs. L’un d’eux s’en explique dans Le Point (ici).

Je n’ai pas lu le livre, j’en parlerai dans quelques semaines.

Et déjà certains journalistes se plaignent qu’il y a pléthore sur le sujet du féminisme ! en ce printemps de Metoo !

Merci à un lecteur, Simon, qui m’a mis sur la piste de ces infos.

 

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Les violences sexistes commencent à la première adolescence

C’est un constat qui s’affirme avec force. Aujourd’hui, le journal Le Monde révèle que, selon un rapport publié ce jeudi par l’ex-délégué ministériel à la prévention du harcèlement en milieu scolaire (sous deux gouvernements), il y a une violence quasi ordinaire parmi nos jeunes : plus de 1 sur 2 en fait l’expérience à l’école (primaire), 1 sur 3 au collège, 1 sur 4 ou plus au lycée. Ce rapport est publié dans le cadre de l’Observatoire européen de la violence à l’école. Il en ressort :

« une « énigme » que M. Debarbieux et son équipe (les sociologues Arnaud Alessandrin et Johanna Dagorn et l’auteure Olivia Gaillard, elle-même ancienne victime) entendent résoudre : « Comment passe-t-on d’une surexposition des jeunes garçons à la violence scolaire à une surexposition des femmes devenues adultes ? Est-ce au moins en partie à cette violence contre les garçons (et, présumons-le, entre garçons) que nous devons relier la violence ultérieure contre les femmes ? »

Cette problématique a commencé à être étudiée en l’an 2000, dit le journal. Le rapport a inclus un échantillon du niveau élémentaire, à deux études précédentes sur les lycées puis les collèges, pour toucher au total 47604 élèves agés de 8 à 19 ans. Malheureusement, le rapport n’est pas encore disponible sur le site de l’institution.

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Deux études, menées par des femmes, avaient levé un coin du voile.

Sylvie Ayral a publié La Fabrique des garçons, Sanction et genre au collège (PUF, 2011). Selon l’éditeur,

La grande majorité (80 %) des élèves punis au collège sont des garçons. Comment expliquer ce chiffre en contradiction avec le discours égalitaire officiel ? Pourquoi n’attire-t-il pas l’attention des équipes éducatives ? Ce livre propose d’interroger la sanction à la lumière du genre. Il montre l’effet pervers des punitions qui consacrent les garçons dans une identité masculine stéréotypée et renforcent les comportements qu’elles prétendent corriger : le défi, la transgression, les conduites sexistes, homophobes et violentes. (…) Aux antipodes de la tolérance zéro et du tout répressif, l’auteur plaide pour une éducation non sexiste, une mixité non ségrégative et la formation des enseignants au genre. Ces propositions apparaissent comme une urgence si l’on veut enrayer la violence scolaire.

Sylvie Ayral a été institutrice en milieu rural pendant quinze ans et enseignante d’espagnol au collège. Professeur agrégée, docteur en sciences de l’éducation (Université de Bordeaux), elle est membre de l’Observatoire international de la violence à l’école. Elle enseigne actuellement dans un lycée classé dispositif expérimental de réussite scolaire. Ses recherches portent sur la sociologie de l’adolescence, la construction de l’identité masculine et les violences de genre à l’école ainsi que sur les sanctions scolaires. Sa thèse La fabrique des garçons : sanctions et genre à l’école avait obtenu en 2010 le prix Le Monde de la recherche universitaire.

Anne-Marie Sohn a publié « La Fabrique des garçons, l’éducation des garçons de 1820 à aujourd’hui » (Textuel 2015). Eh oui, le même titre ! Pour deux regards différents, celui d’une sociologue de l’éducation et celui d’une historienne. Selon l’éditeur :

De l’instauration à la déstabilisation du modèle masculin.
Accéder aux privilèges, aux devoirs et attributs masculins s’apprend. La façon d’habiller le garçonnet, la barbe de l’adolescent, les jeux et les héros, l’initiation à la sexualité, au travail et à la citoyenneté, tout dans la formation des garçons les différencie des filles. C’est ce dont rend compte ici Anne-Marie Sohn en s appuyant sur un fascinant recueil d images.

Anne-Marie Sohn est professeur d’histoire contemporaine à l’ENS Lettres et Sciences humaines, à Lyon. Elle est spécialiste de l’histoire du féminisme, de la jeunesse et des rapports hommes/femmes et elle a publié de nombreux ouvrages sur la question. Elle a publié, entre autres, Sois un homme (Seuil, 2009), consacré à la formation de la virilité dans le premier puis le second XIXe siècle. Elle a publié également Chrysalides. Femmes dans la vie privée (xixe-xxe siècles) (Publications de la Sorbonne, 1996) et Âge tendre et tête de bois. Histoire des jeunes des années 1960 (Hachette, 2001).

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Je signale tout de suite que je n’ai pas lu ces deux livres. Mais j’en ai lu plusieurs présentations pour en saisir le contenu. Mon article n’a pour but qu de souligner l’importance du rapport publié aujourd’hui. Même si ce rapport vise en général la violence à l’école (sans poser frontalement les questions de genre).

Je m’intéresse de plus en plus à cette question, car je suis convaincu que la période de la première adolescence est un moment formateur très important de la masculinité et qu’il est mal connu.

On souligne souvent que les injonctions des parents forment la virilité du garçon. Et qu’il faudrait leur donner une autre éducation à l’égalité. Je n’ai pas l’impression qu’on ait beaucoup progressé pour donner un bagage pertinent aux parents. Bien évidemment, on parle de la couleur traditionnelle (bleu ou rose), du choix des jouets, des slogans sexistes à éviter (ne pas pleurer comme une fille, etc.). Mais rien ne garantit que ces gestes sont la source de la virilité. Je ressens bien (par expérience personnelle) que le modèle du père est formateur et important, mais ce n’est pas sous forme d’injonctions que cela s’installe. (Je reviendrai un jour sur cette question de la prime enfance car mon opinion a évolué).

On parle beaucoup moins de la prime adolescence. On évoque pourtant souvent la période du collège comme une période très pénible de violence entre enfants. Il est frappant de penser que les garçons, au moment où ils se retrouvent dans une bande de garçons, en s’éloignant fortement du contrôle parental et de l’éducation familiale reçue, adoptent des attitudes sexistes, souvent même avant qu’ils soient touchés par la puberté (qui est plus tardive que chez les filles). Pour moi, les garçons versent dans la virilité agressive entre hommes, et dans le mépris viril vis-à-vis des filles, par un effet de groupe, un effet d’influence sociale nouvelle, en autonomie par rapport à la famille. Les évolutions récentes de la vie sociale (réalité virtuelle par les écrans, réseaux sociaux, influence de l’image et de la pornographie) accentuent cette plongée des garçons dans un monde nouveau, collectif et violent.

Par la suite, les passages à la vie sexuelle, puis à la mise en couple sont deux autres épreuves formatrices de la masculinité, moins importantes, mais qui peuvent rectifier ou renforcer l’expérience si particulière de la prime adolescence, prépubère.

Ce thème d’étude est pourtant nouveau. Le fameux recueil « Histoire de la virilité » ne l’aborde pas comme tel. Et nous n’avons sans doute pas encore les outils et les méthodes pour l’affronter. Il faudra encore bien des enquêtes.

Je reste donc avec une idée  décalée, à propos de la question posée ci-dessus par le journal. A mon avis, ce n’est pas la surexposition des garçons à la violence scolaire qui induit ensuite une surexposition (sic) des femmes. C’est le fait que le groupe des hommes (jeunes) entraine ses membres dans une violence dominatrice contre l’institution (pour donner des gages de sa masculinité) et contre les femmes.

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Le plus probable est que le rapport publié aujourd’hui ne fasse encore que peu bouger l’institution scolaire et, derrière elle, la société toute entière.

Dans un récent article du Monde, Sylvie Ayral affirme avoir été « barrée de partout » après avoir publié La Fabrique des garçons.

L’université ne m’a pas demandé la moindre intervention à la suite de mes travaux et, lorsque j’ai envoyé des candidatures spontanées pour donner des conférences, je n’ai même pas eu d’accusé de réception, explique-t-elle. Quant à l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM), il a annulé ma venue deux jours avant sur décision du directeur qui trouvait le sujet délicat. L’idée que l’on puisse déviriliser les garçons suscite une panique morale et renvoie à la crainte que la société s’écroule.

J’ai publié également un article présentant une importante étude australienne sur ce que subissent les étudiants universitaires (ici). Cette étude aussi avait reçu un très faible écho dans les médias.

Et Eric Debarbieux, le directeur de l’observatoire européen de la violence à l’école, qu’il a fondé en 1998, témoigne de ses débuts : « Quand on commence les enquêtes de victimation en 1993, on distribue 14 000 questionnaires avec zéro centime. On doit aller à Marseille pour l’enquête, on n’a pas le choix et on descend à cinq dans ma Twingo, on se fait héberger dans le T2 d’une copine et je dois même animer une conférence pour payer l’essence ! » (dans un article du Monde de 2012).

Soyons donc attentifs à ce domaine d’études « nouveau ». Et, pour se convaincre que ces violences entre garçons sont principalement des violences sexistes, je renvoie à cet article du journal Libération qu date de quelques semaines (ici).

 

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Il y a un « Petit guide du féminisme pour les hommes » !

Ce n’est pas difficile de mettre le féminisme au centre de la place publique. En voici un exemple évident.

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« Persistance des rôles de genre » – temps consacrés par l’homme et la femme aux soins du bébé et à d’autres tâches de ménage ou de soin aux personnes

C’est à Figueres, petite ville de Catalogne proche de la frontière française, que j’ai découvert cette exposition en mars (elle n’était plus là en mai). Toute proche des Ramblas et de la Halle de marché, cette place est bien fréquentée. Je crois avoir compris que l’exposition est une création locale.

Avertissement : la présentation du livre faite ci-dessous est caduque ! L’auteur a été convaincu d’avoir emprunté des phrases à des textes disponibles sur le Web, sans donner les références. C’est au moins une négligence, et même une tromperie, et cela sur le dos d’autrices : bravo le féminisme ! Le livre a dès lors été retiré de la vente par son éditeur. J’ai donné plus d’informations sur l’affaire dans un texte du mois suivant.

Un petit livre vient de paraître et il a un peu la même évidence : c’était si simple de faire cela. Cela manquait pourtant. C’est le « Petit guide de féminisme pour les hommes » réalisé par Jérémy Patinier et publié au mois d’avril aux éditions TEXTUEL. Il coûte 14,90 euros.

Vous pouvez vous en procurer pour votre père, pour votre grand-père, pour votre frère, pour votre fils, pour votre ami, et d’abord pour vous même. Il sera encore valable à la saison des cadeaux… Il ne tient qu’à vous de le mettre sur la place publique (car vous devrez sûrement le commander).

Il s’agit d’un très chouette travail. C’est facile à lire et pourtant c’est très complet. C’est égayé avec des quizz, des jeux (listes à compléter, etc.), des moments d’introspection, et même un « cahier d’entrainement féministe » avec 30 propositions d’observation et d’annotation… Et pourtant, c’est un livre sérieux comme il faut aux hommes : il n’y a pas de dessins 🙂 !

C’est un portrait du féminisme, avec beaucoup de ses facettes, avec plein d’explications, mais toujours avec le but d’interpeller le lecteur masculin. Il y a des chiffres et des exemples sur la situation des femmes (démographie, violences, salaires, éducation, santé) en France et dans le monde. Il y a des femmes remarquables pour le féminisme mais aussi les quelques rares hommes à signaler. Il est dit enfin que c’est un « outil de dialogue » et effectivement, cela doit permettre au lecteur d’obtenir des réactions et des compléments de vécu auprès d’amies, sur un sujet qu’on aborderait sincèrement enfin…

Bref un résultat agréable et instructif, à lire sans effort. Un beau travail de Jeremy Patinier qui est journaliste. On dira peut-être que des informations sont banales ? Mais il faut dire avec l’auteur : « Le seul rempart qui garde les hommes à distance du féminisme tient en 8 mots : c’est qu’ils n’y pensent même pas ». (C’est la première phrase du livre). Donc c’est un premier éclairage… mais avec de très nombreux aspects. Et qui permettent d’aller plus loin (il y a de nombreuses références de livres, de sites, de vidéos et audios…). Il propose pour finir un Manifeste des hommes pour le féminisme (une charte d’engagement)… et un questionnaire pour 5 minutes d’introspection.

C’est fait avec une approche d’un féminisme assez soft pour être accepté par les hommes, un peu comme l’avait fait en son temps Benoite Groult. D’elle, l’auteur reprend la phrase  « le féminisme est un humanisme ». Et le féminisme est présenté comme un mouvement pour l’égalité. Mais sans être pointu, il fait état de plusieurs féminismes et de leurs divergences. Les sujets qui « fâchent » sont évités (le voile, la prostitution… ) et c’est sans doute un choix stratégique : ne pas être trop exigeant au début, ne pas induire du rejet. On peut discuter de ce choix, mais on peut le comprendre aussi.

Ce qui me parait surtout positif, c’est que l’auteur a pour objectif de mettre les hommes en route pour le changement. Et qu’il a éparpillé des moments de réflexion et d’action au sein de la lecture. De sorte qu’on peut difficilement en dire « je l’ai consulté et je me suis informé, c’est tout ».

Une réussite, donc, et il faut encourager sa lecture.

 

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Ce que les hommes (dont le pape) disent de l’IVG

(avec un rajout du 16 juin, sur des propos du pape). La Belgique débat actuellement de la dépénalisation entière de l’interruption volontaire de grossesse. En effet, l’avortement est toujours poursuivi pénalement en Belgique. Mais une pratique répondant à divers critères (endéans les 12 semaines de la conception, dans un centre agréé, avec du personnel médical, après un délai de réflexion, etc.). reste « dépénalisée », protégée des poursuites.

Ce pays est resté profondément catholique au plan culturel et institutionnel, malgré une déchristianisation forte depuis 70 ans et un courant puissant de « laïques », présent depuis près de deux siècles. Autant dire que la proposition de permettre l’IVG sans aucune limite ou critère ne passera pas sans débat.

Dans ce cadre, j’ai découvert les phrases qui suivent, seules accessibles d’un article plus long, paru sous le titre : « Éditorial : l’IVG, ce fragile équilibre » dans La Libre, journal belge clairement affiché comme catholique. Elles sont rédigées par un homme, Dorian De Meeûs. Et je me suis interrogé sur ce discours masculin qui tient en un paragraphe de cinq phrases que voici :

1.- « Faut-il dépénaliser entièrement l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ?

2.- Cette question ne peut être banalisée tant elle renvoie à un enjeu majeur pour notre société, en l’occurrence à la nature même de la vie humaine existante ou en devenir. »

Cette entrée en matière est frappante : elle ne parle aucunement des femmes. C’est une question de société. Une question de société est une question qui se pose à tous les hommes de cette société (dont les femmes, cela va SANS dire). L’effet de cette annonce, c’est de déclarer que les hommes ne sont aucunement étrangers au débat. Et que les femmes n’y ont aucune importance particulière.

Ensuite, on nous dit que la nature de la vie, même existante ou en devenir, est un enjeu majeur pour notre société. Vous le saviez, vous ? Nous voyons des morts sur écran tous les jours, des morts de la guerre, des morts parmi des manifestants, des morts parmi des populations migrantes — et les fictions dont nous nous délectons sur un plan culturel parlent avant tout de violences et de morts. Nous ne pouvons nier que la violence masculine frappe les femmes tous les jours, par des meurtres et par des viols notamment. Elle atteint aussi des enfants, et notamment par la pédophilie et l’inceste. Comme on le dit souvent, le viol et le meurtre font partie de notre culture, non pas seulement comme fantasme, mais comme pratique faisant l’objet d’une tolérance sociale et institutionnelle, amoindrissant la répression. On peut donc douter que la vie soit un enjeu majeur de notre société sauf à titre de pieuse déclamation ! (1) Sauf en ISOLANT la problématique de l’avortement comme une problématique différente. C’est bien ce qu’on voudrait faire, mais les défenseurs de l’illégalité de l’avortement ont besoin de partir d’une déclaration sur le caractère sacré de la vie.

3.- « Le Code pénal est notamment là pour protéger la société. A commencer par les plus faibles d’entre nous, les sans-voix. ».

La première de ces phrases est exacte : il s’agit d’exercer une violence légale répressive envers la violence des individus contre les personnes et les biens. Mais la deuxième est manipulatrice : il n’y a aucune priorité à protéger les enfants.  Et moins encore à protéger les faibles et les sans voix : on sait combien les droits économiques et sociaux (un volet des droits de l’homme) sont mal respectés dans notre droit, permettant des inégalités criantes. Parfois la protection des biens passe avant la protection des personnes…

4.- « Depuis près de 30 ans, l’avortement jusqu’à 12 semaines est traité comme une exception à l’interdiction pénale, ce qui permet de reconnaître aux femmes en détresse le droit de ne pas aller au terme d’une grossesse… »

Et voilà ce que devient l’avortement dans la bouche des hommes : « aller au terme » de toute grossesse est la règle, et « ne pas y aller » est une exception reconnue, mais encadrée et conditionnée par divers critères. C’est ici seulement que les femmes entrent en scène, mais sans liberté aucune et dans une passivité totale : un droit va leur être reconnu généreusement par la société des hommes.es. (Admirez la trace inclusive correcte…).

Voilà, le discours masculin neutre est planté. il n’est pas nécessaire d’en entendre davantage (et il faudrait payer…). C’est un discours de déni et de manipulation. L’avortement est une constante de l’histoire humaine, malgré toutes les interdictions. La pratique ne s’est pas accrue avec la légalisation partielle. Par contre, des vies de femmes ont été sauvées et des circonstances d’angoisse et de précarité et de risque sanitaire leur ont été épargnées. Ces simples faits sont disqualifiés d’entrée par le discours masculin neutre.

Les hommes ne peuvent aucunement sentir ce qu’il en est de porter la conception et la première vie, ils ignorent ce que signifie « d’aller à son terme » durant de long mois et, s’ils savent un peu ce que c’est un accouchement pour y avoir assisté de loin, ils avouent le plus souvent qu’ils ne voudraient pas vivre cette épreuve. Face à l’événement d’une grossesse, ils ne peuvent aucunement sentir ce qu’il en est de ne pas la souhaiter et ensuite d’en décider de manière responsable et éthique, en son for intérieur, d’une interruption ou non, ils ne peuvent aucunement savoir ce qu’il en est de partager ce type de dilemme avec diverses personnes au sein d’une institution. Et pourtant, ils se piquent de vous expliquer ce qu’il faut en penser.

On pourrait imaginer de disqualifier tous les hommes du débat sur cette question politique et sa décision, qui serait ainsi réservée aux femmes. J’imagine déjà d’ici le tollé ! Comment ? Une réunion non-mixte et une décision non-mixte ? Sans la présence du président d’assemblée, des assesseurs et questeurs et greffiers ! Vous rêvez.

Rajout sur un article du 16  juin, toujours dans le même journal :

François le moderne associe avortement et nazisme !

Décortiquons à nouveau :

« J’ai entendu dire qu’il est à la mode, ou au moins habituel, de faire au cours des premiers mois de grossesse des examens pour voir si l’enfant ne va pas bien ou s’il naîtra avec quelque chose (un problème, ndlr), le premier choix étant de s’en débarrasser », a déclaré le pape en recevant au Vatican des représentants d’associations familiales.

Bien sûr, le pape n’a pas les mains dans le cambouis, il « entend dire » (par qui ?) qu’il est à la mode (c’est donc une tocade sans réflexion) ou à tout le moins habituel (en fait c’est évidemment exceptionnel) de faire des examens (ben, oui, c’est un progrès de la médecine, qui l’interdirait ?) et, en cas de problème, le PREMIER CHOIX est de s’en débarrasser. Qui a inventé ce scénario d’horreur ? Comme je l’ai dit plus haut, les hommes ne peuvent aucunement ressentir ce que c’est de porter un choix responsable de porter une conception et une grossesse. L »avortement encadré médicalement rend le CHOIX plus sécurisé que les pratiques clandestines d’antan (et encore pratiquées dans de nombreuses sociétés). Que ce soit pour une grossesse non souhaitée ou pour une grossesse montrant un problème pour la vie digne d’un enfant, cela reste un choix difficile pour la femme concernée. Le racontar de l’homme-chef du Vatican sur une décision de type  » faites le choix de la facilité et du bon débarras » est donc profondément injurieux.

« Au siècle dernier, tout le monde était scandalisé par ce que faisaient les nazis pour veiller à la pureté de la race. Aujourd’hui nous faisons la même chose en gants blancs », a déclaré le pontife argentin. Le pape s’est aussi interrogé: « Pourquoi ne voit-on plus de nains dans les rues ? Parce que le protocole de nombreux médecins dit: il va naître avec une anomalie, on s’en débarrasse ».

Par deux fois, le pape enfonce le clou, d’abord par une comparaison de type « point Godwinn » (évoquer les nazis parce qu’on n’a pas de meilleur argument), ensuite en méprisant les handicapés au passage, ainsi que les progrès du suivi de la grossesse, qui a largement amélioré l’espoir de vie à la naissance et de naissance sans problèmes.

et envenime le débat sur le mariage et l’accueil d’enfants pour tous

S’exprimant sur la question de la famille, le pape a observé qu' »aujourd’hui on parle de familles diversifiées, de divers types de familles. Oui c’est vrai: famille est un seul et même mot, on dit aussi la famille des étoiles, la famille des animaux ». « Mais la famille, à l’image de Dieu, homme et femme, il n’y en a qu’une seule », a poursuivi Jorge Bergoglio.

Ce qui revient à affirmer la bonne famille (traditionnelle) est à l’image de Dieu (sic, je ne savais pas que dieu est androgyne), et que toute autre union humaine est un assemblage animal ou une confusion mentale ; il en est de même de tout parent divorcé ou séparé (le souvent des mères d’ailleurs).

C’est pas seulement un discours rétrograde, c’est un raisonnement profondément pernicieux !

(1) Détail désopilant de cette culture du meurtre : dans le même journal, on se réjouit d’une petite sauterie entre une vingtaine de généraux d’aviation de divers pays tenue à Jérusalem pour célébrer le premier tir opérationnel du F35 Loocked-Martin (ce qu’on appelle un « baptème du feu », pour faire joli — car cette expression signifie en fait « subir pour la première fois » le feu d’un tir). Son CEO, Marillyn Hewson, est venue expliquer les mérites des avions de “cinquième génération”. Ainsi qu’on nous l’explique benoitement, « l’échange d’informations avec les militaires israéliens est intéressante dans la mesure où ils sont confrontés à une menace ­- la défense antiaérienne russe en Syrie ­- à laquelle les pays occidentaux risquent d’être un jour confrontés. » Or c’est l’avion israélien qui a tiré « quelque part au Moyen Orient » et on accuse une défense anti-aérienne d’être une menace ! On finira par prétendre que des lances-pierres sont une menace pour la meilleure armée du monde, sans que cela étonne personne dans ce monde-là ! Ou que l’avortement est une menace contre les valeurs les plus sacrées de la société…

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« Visé par une plainte pour viol, le réalisateur dément l’accusation »

Je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai tiqué. On ne dément pas une accusation.

On oppose un démenti à des faits prétendus. Luc Besson « dément catégoriquement tout viol de quelque nature que ce soit », a déclaré à Reuters son avocat, Me Thierry Marembert.

On peut démentir, on peut nier une nouvelle, et même une personne.  Mais on ne peut pas toucher à l’accusation ou la plainte qui existe. Le titre dévalorise à l’excès la plainte d’une femme. Il est centré uniquement sur la version de la personne visée. L’inverse donnerait : Luc Besson nie, mais plainte a été déposée par une femme pour l’accuser de viol. C’est plus exact : car L. Besson est à l’étranger et n’a pas été entendu par la police. Il est à considérer comme présumé innocent à ce stade, seule la plainte existe. Le discours médiatique de son avocat est sans valeur légale, mais il est pris ici pour un fait plus lourd que la plainte. « On ne prête qu’aux riches » dit le dicton. Qu’aux dominants.

Je ne sais plus quel journal m’a servi ce titre. Je constate qu’une dépèche AFP a été reprise par tous les journaux de France (de l’Ardennais à Corse Matin) et de Navarre (de la Belgique à la Suisse), parfois complétée avec la mention « sources concordantes ». La concordance des mâles.

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« Concours Reine Élisabeth: un palmarès inattaquable, la musique sort vainqueur ! »

Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai tiqué immédiatement. C’est un titre du Soir de ce dimanche (ici). Or nous connaissons la musique entrainante, rythmée, colorée, délassante. Mais la musique vainqueur ? Je parie que, si le palmarès devait être attaqué, on aurait titré : la musique sort perdante.

Car le masculin vainqueur l’emporte, même sur une musique victorieuse. Qui pourtant sort grandie du palmarès.

Cet article n’est pas dans la rubrique sportive, non, il est dans la rubrique Culture.

On le sait, la titraille des journaux a toujours été scandaleux. parce que sexist. Na !

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