« La honte n’atteint pas ces messieurs » – Explications

J’ai pensé soudain que mon approche de l’événement « Ligue du LOL » pouvait être mal compris, et j’ai décidé de taper sur le clou.

Je considère que tout ce que font les hommes comme délits ou crimes concernent TOUS les hommes. Je n’ai pas sonné aux portes, mais j’aurais pu le faire. Je n’ai pas violé mais j’aurais pu le faire. Se conduire comme un sale gamin, quel gamin peut dire : je ne sais pas ce que cela veut dire ? Pas moi : j’ai volé dans le tiroir à monnaie des parents, ouvert à toutes les mains, de quoi m’offrir une petite balle de jeu, j’avais 10 ans. Se conduire comme un violeur, quel homme peut dire : je ne sais pas ce que cela veut dire ? Pas moi, je sais ce dont je serais capable, je ne l’ai pas fait mais je n’aurais pas juré que cela n’arriverait jamais. Des femmes m’ont traité de « connard ! » (pas vous ? vraiment ?) et je n’en suis pas fier.

Aucun des crimes ordinaires dont sont capables les hommes ne m’est étranger. Or c’est l’attitude inverse qui prévaut chez les hommes : un homme coupable est un homme qui n’a pas su se maîtriser. Tout homme est innocent jusqu’à preuve du contraire, innocent, beau, grand et fort. Voilà le mythe satisfaisant et confortable qui prévaut parmi les hommes.

Ce matin, Florence Patel, une victime s’exprimant sur France Culture, disait : « depuis ce jour, je n’ai plus qu’une confiance limitée envers les hommes « .

Dans l’affaire de la ligue du LOL, ce sont les restrictions mises au sein des aveux de ce lundi qui m’ont frappé. Depuis, on en sait plus : ces aveux ont été SOLLICITES aux coupables qui avaient cru s’en tirer avec des excuses privées. Les victimes ont dit : nous voulons des aveux publics.

Parce que les hommes connaissent la honte, celle qui découle de leur comportement permissif et irrespectueux des faibles. Mais ils la dénient, en dénigrant les victimes : les conséquences ne sont pas graves, elles ne m’atteindront pas. Ce déni est celui de tous les dominants. Seule est risquée la compétition entre dominateurs.

Repartons du début. Des tas d’hommes ont commencé leur vie de liberté en sonnant aux portes. Pas aux portes des gendarmes ou des hommes forts ! Non, des vieux, des vieilles surtout, des gens sans défense. C’est leur culture. Bien sur, ils sont passés à autre chose. Mais quelque chose en nous de cette culture nous reste. Une culture du mépris et de l’impunité.

Voilà pourquoi nous sommes tous concernés. Et qu’il faut cibler cette culture.

Bien sur il y a des crimes exceptionnels, imputables à des hommes « caractériels ». Bien sur, il y a des femmes manipulatrices aussi. Je ne parle pas de ces gens-là.

Mais les crimes de la ligue du lol ont paru à ses participants très drôles, et rien que cela. Leurs regrets sont actuels et circonstanciels. Ils refusent de prendre conscience. D’où mon titre et ma démarche.

 

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Ligue du Lol : « La honte n’atteint pas les messieurs »

C’était nouveau. C’était le début des réseaux sociaux, Tweeter et Facebook. C’était si fun. C’était pour rire. Un amusement de potaches, de sales gamins. Ils sont des hommes connus, ils l’étaient déjà à l’époque. Une trentaine. Membres d’un « groupe secret » qui existe toujours. Ils avaient des followers qui les ont aidé à mieux rire avec eux.

Ils ont profité de leur pouvoir pour harceler. Ils se sont amusés à dire du mal de certaines personnes. Ils ont invité leurs amis à en rajouter. A les dénigrer par des images. Fausses. A les abuser par des fausses nouvelles, par des pièges téléphoniques.Ce furent jusqu’à des campagnes terrorisantes, traumatisantes. Qui vous blessent à jamais. Qui laissent des cicatrices, une faiblesse définitive.

Parce qu’elles étaient femmes, parce qu »elles étaient grosses, parce qu’elles étaient non blanches. Parce qu’elles n’étaient pas comme eux. Et qu’ils pouvaient les dominer à plaisir. Elles étaient parfois leurs collègues, ou candidates dans ce milieu professionnel.

On en a tous entendu parler de ces harcèlements traumatisants sur les réseaux sociaux. On accusait souvent la bande des « 18-24 » sur un site de forums autour des jeux vidéos. Il n’y avait donc pas que cela : il y avait des hommes arrivés, installés. C’était de la masculinité ordinaire. La part de mépris, indifférente aux conséquences, présente en toute domination. Qui rend la domination si fun. Le plaisir pris entre soi.

***

Suite à un article dans une sous-page web de « Libération », ils ont commencé à reconnaitre. A minimiser ( » Les images, c’est pas moi » ; « après deux ans seulement, j’ai arrêté »).

Il y avait beaucoup de fascination autour de nous, on était un peu les caïds de Twitter. Il y a une part de vrai là-dedans, une part de gens qui ont pu se sentir légitimement harcelés. Mais il y a aussi une grosse part de fantasme. On nous a un peu attribué tous les malheurs d’Internet.

Et à « s’excuser » :

Aux personnes qui se sont senties visées ici ou ailleurs depuis 11 ans par une ou plusieurs de mes saillies ricaneuses, je peux difficilement dire autre chose qu’un sincère « je m’excuse, c’était vraiment pas malin, et ça ne se reproduira plus, dit l’un.

« (Ce que j’ai fait) c’est de la merde, on est d’accord. (…) Ce n’est pas un truc de groupe, j’ai fait ça tout seul, dans mon coin. C’était des personnages qui avaient une résonance un peu plus forte sur Twitter, qui pouvaient t’agacer, et tu viens les titiller de manière bête. Mais ce n’était pas dans le but de faire du mal. On ne se rendait pas compte des conséquences. Ce n’était pas spécialement ciblé contre les féministes ; à l’époque, je ne savais même pas vraiment ce que c’était. Avec le recul, ça peut donner cette impression, c’est vrai», concède un autre

J’espère avoir cessé depuis, et je me sens très stupide d’avoir eu à attendre des témoignages pour me rendre compte de cet effet de meute, a écrit un troisième.

Je mesure aujourd’hui la dégueulasserie de ces actes et je n’ai pas d’excuses pour cela. Je suis désolé.

Ce qui me frappe, c’est l’incapacité des mecs à avoir vraiment HONTE. Et à le dire. A trouver les mots. Si, il y a quelques aveux sincères. Mais partiels, mais minimisés. Et avec toujours l’affirmation d’une bonne foi de gamin surpris par les conséquences.

Les hommes n’étalent pas leurs turpitudes en public. Même pas à leurs amis. Parfois ? Très rarement. Ils ont très difficile à reconnaître qu’ils ont honte. Le déni, l’effacement, cela les connaît.

ET pourtant la honte, les hommes connaissent. Tous nous connaissons des personnes « qui devraient avoir honte » : ce n’est que l’expression de notre mépris (qui est parfois justifié). Cela nous donne un sentiment passager de pouvoir et de domination.

Mais pratiquer le dénigrement en groupe en visant des personnes plus faibles, leur « faire honte », c’est spécialement une pratique d’hommes. Et exiger des femmes qu’elles soient assez irréprochables pour « éviter la honte » qui les menace, c’est une pratique d’hommes. Et les punir d’avoir « attiré la honte sur le clan » en les tuant, les lapidant, les bannissant, c’est une pratique d’homme. En groupe ou individuellement, c’est une pratique de dominant.

Aujourd’hui, le cyberharcèlement en groupe est un délit. Punissable. Suite à ces abus constatés depuis longtemps. Aujourd’hui #MeToo a renversé la peur.

Mais la plupart des faits sont antérieurs à la loi. Et effacés. En fait, le phénomène était connu depuis longtemps. L’article fait faussement l’impression de répondre à la question « cela a-t-il vraiment existé » mais donne aux criminels la possibilité de donner leur version d’abord. Il a fallu que les victimes s’expriment pour que l’affaire soit médiatisée.

Les femmes sont souvent méfiantes envers les hommes. Tous les hommes. Et autant envers les hommes « alliés » au féminisme. Ou alors une confiance limitée. On ne peut leur donner tort.

Tant que le dominateur en nous ne sera pas déconstruit.

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Le spermatozoïde est un paresseux qui cherche à ne pas se consumer (Ne dites plus : « le papa met la petite graine » 3/3)

On trouve dans Slate du 5 février un très bon article de de Daphnée Leportois, à lire ici, qui décrit à quel point nos conceptions de la « fécondation » (sic ?) sont marquées par des clichés masculins, malgré des découvertes biologiques progressives qui sapent toujours plus le moindre mythe du spermatozoïde « preux chevalier » forçant l’enceinte du donjon (de l’ovule) pour y piquer son dard.

Elle s’appuie notamment sur les articles de Ellen Martin et les commentaires recueillis auprès de Thierry Hocquet :

«L’ovule et le spermatozoïde interagissent mutuellement. Que la biologie refuse de les dépeindre ainsi n’en est que plus dérangeant», écrivait déjà en 1991 Emily Martin[1], professeure émérite d’anthropologie à l’université de New York, qui tenait dans cet article à «mettre en lumière les stéréotypes de genre cachés dans le langage scientifique de la biologie». Eh oui, «la simple formule “l’œuf est fécondé”, le simple syntagme “fécondation” implique une représentation de la conjonction des deux gamètes donnant un rôle prépondérant au spermatozoïde», indique le spécialiste de la philosophie des sciences Thierry Hoquet. Preuve que les clichés sexistes vont jusqu’à imprégner la science. Et qu’il n’est pas si facile de s’en débarrasser.

Ce qui l’amène à montrer que toute une série de livres récents de sensibilisation des enfants (et aussi de dictionnaires pour adultes) sont encore à renforcer ces clichés anciens. Anciens de trois siècles et demie, pas plus : auparavant, on ne connaissait que le sperme, puis on découvre le spermatozoïde ; durant encore cent ans, on ne savait rien de ce qui passait chez les femmes, et les hommes échafaudaient des théories fumeuses à leur avantage. Depuis cette période, c’est le langage scientifique qui continue à perpétuer une partie du mythe de l’homme actif auprès de la femme passive et en attente.

Or rien n’est plus faux, ainsi que l’indique mon titre :

En 1984, poursuit Emily Martin, des chercheurs de l’université John-Hopkins vont plus loin. Ils remarquent, «à leur grande surprise, que la poussée du spermatozoïde vers l’avant était extrêmement faible» et que «la tête du spermatozoïde, au lieu de pousser vers l’avant, effectuait surtout des mouvements d’aller et retour» (une observation qui ne doit rien aux nouvelles technologies mais obtenue «à l’aide de pipettes en verre, d’un manomètre et d’un simple microscope, soit des techniques vieilles de plus d’un siècle», précise la chercheuse en anthropologie). La découverte est de taille. Elle confirme que les spermatozoïdes ne franchissent pas cette «barrière» de l’ovule à coups de tête et de flagelle car, même s’ils avaient une force suffisante, «cette force se dirigerait principalement vers les côtés plutôt que vers l’avant». En somme, puisque «la propension la plus forte des spermatozoïdes, par un facteur dix, consiste à s’échapper en tentant de s’extraire de l’ovule», cela signifie que «la surface de l’ovule doit être conçue pour capter les spermatozoïdes et prévenir leur fuite». (…)

«Pourquoi, alors que manifestement dans l’espèce humaine la contribution mâle est secondaire ou mineure, prend-elle dans les récits populaires toute la place, comme s’il s’agissait de l’unique élément fondateur de la formation du nourrisson?» La réponse est dans la question de Thierry Hoquet. Le rôle symbolique conféré au spermatozoïde vient en quelque sorte compenser le fait que la gestation soit féminine. «Le travail reproducteur est profondément inégal dans sa répartition», ajoute le spécialiste de philosophie des sciences. Pas seulement lors du développement de l’embryon. Mais aussi en raison du lieu où se rencontrent les gamètes, qui n’est pas un milieu neutre car situé dans les trompes utérines, au sein même du corps du sujet féminin. Et le zygote, la cellule avec une paire de chromosomes, n’est pas vraiment une fusion des deux gamètes mais plutôt un enveloppement du mâle par le femelle. «Dans notre espèce, le spermatozoïde est réduit à son élément génétique, ce n’est pas la cellule entière qui joue un rôle, par exemple nutritif.» Si l’on voit dans les gamètes des mini-individus, pas étonnant que cette asymétrie biologique ait été masquée.(…)

Sans oublier que l’autre danger de voir dans le spermatozoïde un valeureux guerrier et dans l’ovocyte une demoiselle endormie, comme l’analysait Emily Martin, c’est celui de la naturalisation. «Le fait que ces stéréotypes soient maintenant inscrits au niveau cellulaire constitue un déplacement très puissant, permettant de les faire paraître naturels et impossibles à défaire.» C’est bien pour cela qu’il convient de rétablir la vérité biologique, et strictement biologique. Sans en inférer aucun investissement social ou parental prédéterminé. «Il ne s’agit pas de dire que les gamètes mâle et femelle ont une situation symétrique mais de souligner que les deux font quelque chose et non de supposer que l’un fait tout et l’autre rien, insiste Thierry Hoquet. Sinon, on réduit tout à l’opposition actif-passif, et alors on ne fait plus de la biologie mais de la métaphysique.»

Il est vraiment salutaire de lire l’article !…

***

Je m’étais déjà penché sur le sujet en septembre 2017 ici et en juin 2016 ici.

Dans ces précédents articles, j’ai un peu tenu à la théorie de l’activité partagée. J’ai dit que le papa est un parasite mais un parasite utile, car il rajoute du code au logiciel préparé par la maman.

J’y cite un livre que j’ai lu avec intérêt à ce sujet : « Comme des bêtes – ce que les animaux nous apprennent de la sexualité, Schilthuizen, M., préface de P.-H. Gouyon, Fayard 2016. Je croyais avoir été plus loquace, mais je ne sais plus où j’ai pondu ces oeufs-là (sans doute dans des commentaires sur d’autres blogs…). J’avais cru comprendre que la stratégie de l’insecte mâle est de répandre son sperme auprès du maximum de femelles, et que la stratégie de l’insecte femelle est de sélectionner la « semence » (sic ?) du mâle le plus chouette à ses yeux. Et elle est en capacité de le faire en stockant divers spermes dans divers voies de garage bouchonées, puis d’aller chercher la case préférée en temps utile. J’en avait gardé l’idée que « le mâle c’est la quantité, la femelle c’est la qualité ».

Joli, non ? Une idée à remettre en question avec l’article d’aujourd’hui. Le spermatozoïde est un paresseux, mais son sperme parle pour lui : c’est là que se trouve la quantité abusive de spermatozoïdes, tous paresseux et cherchant à tourner autour du pot et à trouver la sortie (fini la « course du premier qui arrive à l’ovule et claque la porte aux autres »). Et c’est donc la cellule féminine qui se tape le boulot et qui cherche à en envelopper un et se l’approprier. Il faut croire qu’elle trouve cela utile, sans quoi elle élimine son ovule cyclique.

En fait , dans toutes ces expressions, on tombe toujours dans un discours finaliste, où « les choses » auraient une intention. Et pour un dominateur masculin, c’est horrible de penser que c’est la volonté féminine qui prévaut. Ira-t-on jusqu’à prétendre que c’est l’ovule qui harcèle le pauvre spermatozoïde ? Ouille !

Mais on voit ici que ce sont des cellules qui se combinent du fait de l’accrochage de l’une sur le fainéant qui passe. On peut considérer que ce travail est « spontané » , mais c’est risquer de très vite tomber dans l’hypothèse d’un dieu qui veut ou d’une nature qui veut. Or la reproduction cellulaire présente des tas de modes divers, hasardeux, indexés sur le maintien de la vie, sans qu’on sache pourquoi. Ne tranchons pas : se fonder sur le hasard ou se fonder sur l’énergie et la vitalité chimique présentent à chaque fois des ornières.

Alors ne dites plus « la petite graine » mais dites quoi ? Je dirais que « il y a une graine dans la maman qui se frotte à un dépôt/apport paternel pour provoquer la réaction de production d’un enfant en son ventre ». Est-ce mieux ? C’est une réponse provisoire, manifestement. Elle évite la « semence » mâle, affaiblit l’idée de « fécondation » et même d’oeuf.

Une image, pour comprendre ? On dit que pour avoir de belles plantes de tomates, il faut glisser une feuille d’ortie sous la poignée de compost qui va accueillir en terre votre plant à repiquer… Oui, mais : d’abord le spermatozoïde paresseux ne pique pas et ensuite il n’a pas d’apport nourricier : juste une lettre de génétique, point.

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Affaiblir la lutte des femmes ? Jamais !

(article incomplet – attendez la suite)

Je viens de consulter un très bon article sur la question du « sexe choisi par auto-proclamation ».  On le trouvera ici et ici. Il commence ainsi :

Dans une lettre adressée aux Nations Unies, le gouvernement britannique a récemment recommandé de cesser d’utiliser le terme « femmes enceintes » et de le remplacer par « personnes enceintes », la raison étant que le mot « femmes » pourrait s’avérer offensant puisqu’il exclut les hommes enceints. Et personne ne voudrait offenser qui que ce soit, n’est-ce pas ? Nous cessons donc d’utiliser le mot « femme », car il est jugé insuffisamment inclusif, voire discriminatoire. Or, quiconque souscrit aux principes d’inclusion s’aperçoit rapidement que ceux-ci viennent de pair avec une nouvelle définition de ce qu’est le sexe.

C’est un débat qui fait rage parmi le mouvement féministe et d’autres,  et je me sens appelé à mettre mon grain de sel, à partir du point de vue de la déconstruction du masculin.

C’est une question qui fait rage, mais c’est une question secondaire, rappelons-le. Selon une étude australienne, dont l’échantillon est massif (30.000 répondants, ce qui réduit beaucoup les marges d’erreur) parmi un public jeune (ce qui permet d’espérer une bonne représentativité des tendances d’aujourd’hui), sur les 30.930 répondants, 25.960 se sont dits des personnes héréros, 1.164 des personnes gays ou lesbiennes et 1.640 des bissexuel.les (et un nombre faible de transgenres, d’asexués et de sans réponses). Soit 83% de répondants hétéros, 5% de bi et 4% de gays ou lesbiennes. Les transgenres ne représentent que 1% de l’échantillon (mais ils sont le groupe le plus harcelé : un trans sur deux, contre une femme sur trois et un homme hétéro sur six).

Cette question du sexe « adopté » fait rage, à deux niveaux : parce que les trans-femmes (hommes ayant transitionné vers le sexe féminin) revendiquent une reconnaissance comme totalement femme, et notamment de fréquenter les WC des femmes et les vestiaires des femmes par exemple ; et surtout parce que toute personne qui s’oppose au « sexe choisi par auto-proclamation » est déclarée « transphobe » et souvent « féministe radicale excluant les trans », selon l’acronyme anglais TERF. Il est important de consulter l’article pour voir les implications concrètes de cette question : tel cet homme condamné deux fois violeur et s’affirmant femme ; ou ces sportives (tifs) ayant été célébrés comme hommes et se présentant soudain comme femme, par exemple aux poids et haltères. Et j’ai pu consulter jadis d’autres aspects du problème, tel cette femme, trans en fait, logée par une militante pour un rassemblement féministe, et s’y comportant comme un homme : aucune participation aux taches ménagères, pérorant avec un avis « autorisé » sur tout, et incapable de réparer un bouton ou de s’intéresser à la femme qui le reçoit.

Sur cette question, je voudrais dire deux choses. La situation des personnes qui se sentent en contradiction avec le sexe (ou genre) qui leur a été assigné à la naissance est certainement très perturbante personnellement, et source d’incompréhension des proches et de menace sexuelles des hommes (pour l’essentiel). Une démarche de modification du genre et/ou du sexe, tant au niveau de l’état-civil (ce que j’ai appelé la « déclaration » ou l’auto-proclamation) que de l’état physique (traitement hormonal, chirurgie, etc.) est très lourde de décision et de vécu, d’expérience de vie. Mais cela ne donne pas à ces personnes des droits supplémentaires sur les femmes et sur le milieu des femmes. Or c’est bien ce qui se passe dans la controverse évoquée : ces hommes trans-femmes exigent que les femmes acceptent toutes les conséquences de leur choix. Et cela se pose aujourd’hui au plus haut niveau : Grèce, Suéde et Norvège, Grande Bretagne et même ONU !

Selon moi, personne, et même pas les trans, ne peut affaiblir le mouvement des femmes pour leur autonomie, pour leur pouvoir reconnu (empowerment) et leur égalité. Le mouvement de libération des femmes, depuis 1970, a procuré un bénéfice immense au plan de fonctionnement de la société, pour les femmes elles-mêmes, mais aussi pour les personnes gays et les personnes lesbiennes, qui ont pu afficher leur orientation publiquement, et donc finalement pour ces personnes « en transition » dont la situation est prise à cœur en principe par tous ces groupes concernés. Et aujourd’hui, le mouvement féministe est encore le principal moteur de modification sociale sur les questions de sexualité et de genre. Sans lui, nous n’aurions rien appris, nous ne serions rien !

Je voudrais évoquer une « anecdote »(?) cruciale du mouvement féministe des années 70. Les lesbiennes se sont insérées dans le mouvement féministe et combattent âprement le positionnement des hétérosexuelles : vous luttez contre les hommes , mais vous faites des compromis avec eux en rentrant dans votre domicile de couple chaque soir ! Seule les lesbiennes ont résolu la question du statut des femmes » !  A la fin (fin 70-début 80), les hétérosexuelles, majoritaires, choississent d’exclure les lesbiennes, au nom de l’unité du mouvement. Il faudra les travaux de Monique Wittig pour mieux théoriser la place particulière des lesbiennes parmi les femmes (cfr le fameux principe « les lesbiennes ne sont pas des femmes »). Et ainsi permettre de donner aux lesbiennes une place légigtime, non clivante, non théoriquement destabilisante, au sein du mouvement féministe.

Aujourd’hui, les hommes « trans » devenant femmes doivent s’en prendre en priorité aux  hommes. Et à la masculinité.

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Non merci ! Nous les hommes

La lettre ouverte que voici est proposée par l’association Zéromacho, en lutte contre le détricotage de la loi sur le système prostitutionnel et la pénalisation des clients. C’est une action parallèle à celles de nombreuses organisations féministes avec cet objectif.

Non, merci !

Nous, les hommes, ne tenons pas du tout à nous voir reconnu un statut d’agresseur sexuel.

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil constitutionnel, vous allez examiner une Question prioritaire de constitutionnalité visant à abroger la pénalisation des clients-prostitueurs prévue par la loi du 13 avril 2016, c’est-à-dire à rendre de nouveau légal l’achat d’actes sexuels.

Nous, les hommes, sommes l’immense majorité des clients de la prostitution. Avant la loi « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées », nous jouissions librement et sans complexes du droit, contre paiement, de disposer sexuellement de personnes dites prostituées. C’est ce même droit que certains voudraient aujourd’hui graver dans le marbre constitutionnel au nom de curieux principes : est-ce à dire que nos éventuelles difficultés sociales ou relationnelles, nos fantasmes, nos pulsions prétendument irrépressibles, ou notre simple statut d’homme nous autoriseraient à louer un être humain, le plus souvent une femme, sans aucune considération pour elle et pour son propre désir ?

Ce privilège archaïque nous permettant de contraindre une personne à un acte sexuel contre de l’argent, nous n’en voulons pas ! 

Nous n’avons rien à gagner à cet acte qui fait de nous des agresseurs ne pouvant jouir qu’en dominant l’autre. Acheter un corps, très majoritairement celui de femmes en situation de précarité ou de détresse, souvent trompées par des proxénètes ou des trafiquants, nous enferme dans un rôle de prédateur.

Un principe de précaution élémentaire nous impose de ne pas ajouter cette violence à toutes celles qu’elles ont, le plus souvent, déjà subies : machisme, maltraitances, agressions sexuelles…

Pénaliser depuis 2016 des clients-prostitueurs a été un puissant symbole adressé à tous les hommes. Cela nous a obligés à réfléchir à notre rapport avec les femmes, à notre sexualité.

Voulons-nous continuer à contraindre et à violenter des femmes ? À ignorer la situation sociale, économique, culturelle qui les condamne à la prostitution, et donc les inégalités dont elles sont victimes, en France et dans le monde ?

A l’heure où, dans le monde entier, elles sont enfin des millions à dénoncer le harcèlement sexiste et sexuel qu’elles subissent, n’y a-t-il pas d’autre urgence que celle d’inscrire dans nos principes fondamentaux un « droit de harceler » tristement négocié avec un billet ?

Nous ne voulons plus de ce système patriarcal, inégalitaire et porteur de toutes les violences : verbales, physiques, sexuelles, psychologiques.

En nous interdisant d’acheter le corps d’autrui, le législateur a posé comme principe que les femmes ne sont pas prédestinées à servir d’exutoires ou d’objets de défoulement aux hommes, lesquels ne sont pas davantage prédestinés à se comporter en prédateurs sexuels. C’est plutôt ce principe-là que nous voulons voir confirmé par la loi.

Nous affirmons que les femmes sont nos égales en tous points, et qu’il ne peut y avoir d’égalité tant que des hommes pourront, en payant des femmes, leur enlever le droit de dire non, droit si chèrement acquis et aujourd’hui si unanimement célébré.

Nous affirmons que la liberté sexuelle n’est pas à sens unique : elle ne peut se construire que dans une relation égalitaire, sur la base d’un désir réciproque. Nous voulons vivre dans une société où les infinies possibilités de la sexualité humaine s’expérimentent entre personnes libres et désirantes.

Mesdames et Messieurs les membres du Conseil constitutionnel, ne sanctuarisez pas le statut d’agresseur sexuel ! En cette période de grands changements dans la société, offrez-nous la possibilité de changer avec elle, affirmez le principe d’égalité femmes-hommes !

https://zeromacho.wordpress.com/2019/01/20/action-68-lettre-ouverte-dhommes-adressee-aux-membres-du-conseil-constitutionnel

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Rester un être humain

Dans l’époque cruciale que nous vivons, trois pensées qui nous parlent et qui ont pourtant 100 années ou plus ; trois pensées d’une femme militante, et pourquoi des hommes ne pourraient-ils y trouver leur inspiration ?

« Fais donc en sorte de rester un être humain. C’est ça l’essentiel : être humain. Et ça, ça veut dire être solide, clair et calme, oui, calme, envers et contre tout, car gémir est l’affaire des faibles. Être humain, c’est, s’il le faut, mettre gaiement sa vie toute entière sur la grande balance du destin, tout en se réjouissant de chaque belle journée et de chaque beau nuage. » (Lettre du 28 décembre 1916, à Mathilde Wurm)

« Je me sens bien plus chez moi dans un petit bout de jardin comme ici, ou dans la campagne, entourée de bourdons et de brins d’herbe que dans un congrès du Parti. À vous, je peux bien dire cela tranquillement : vous n’irez pas tout de suite me soupçonner de trahir le socialisme. Vous savez bien qu’au bout du compte, j’espère mourir à mon poste : dans un combat de rue ou au pénitencier. Mais mon moi le plus profond appartient plus à mes mésanges charbonnières qu’aux camarades. » (Lettre à Sonia Liebknecht, 2 mai 1917)

« Sur ma tombe, comme dans ma vie, il n’y aura pas de phrases grandiloquentes. Sur la pierre de mon tombeau, on ne lira que deux syllabes : tsvi-tsvi. C’est le chant des mésanges charbonnières que j’imite si bien qu’elles accourent aussitôt. » (Lettre du 7 février 1917, à Mathilde Jacob)

Trois extraits de lettres de Rosa Luxembourg, militante assassinée il y a 100 ans. Ces extraits sont présentés parmi d’autres sous forme d’abécédaire dans la revue Ballast (ici), mais les liens ne fonctionnent pas vers les documents originaux.

 

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Une « leçon de choses » : les fruits des adultes

Récréation. Le texte qui suit a été conçu en prévision d’une « soirée poétique pour adultes » proposée comme animation dans notre bibliothèque municipale. Je l’ai appelé une « leçon de choses » : c’est une technique éducative de la fin XIXe (et après) qui consiste à partir d’un objet concret pour transmettre un savoir à l’auditeur. Et ici, il s’agissait de parler d’un fruit que les hommes devraient mieux connaître. Ce n’est pas un poème, mais seulement un texte rythmé pour une lecture publique. Il a eu son petit succès. Bonne lecture.

Nous aimons les fruits retrouvés,

nous redécouvrons avec plaisir les légumes oubliés.

Qu’on songe seulement au fameux verger conservatoire associatif d’un village voisin, comportant 200 arbres fruitiers : c’est encourageant !

Des pommes, des poires, des scoubidous, non, mais des cerises des prunes, de la vigne aussi.

En outre, on voit fructifier bien des livres sur le sujet qui nous parlent de plus de 600 variétés de fruits.

N’évoquons qu’une pomme de notre région, (même si j’ai récemment goûté à une autre, la mystérieuse « Patte de Loup »), je parlerai brièvement de la Pomme « Barbe ».

Si la barbe est à la mode dans certains pays, à certaines époques, si c’est une question pour tout homme un jour (« La barbe, la porter ou pas ? »), au point que d’un sujet ennuyeux, on dit « La barbe! » ,

eh bien, il existe en Ardèche, en Drôme, et à la limite de l’isère, dans les régions montagneuses, me dit-on, un fruit excellent qu’on appelle « la Barbe ».

Précision : Elle n’a rien à voir avec la barbe à papa ! À l’épiderme jaune ou rouge, à la chair blanc verdâtre, elle est délicieuse en bouche…

On l’appelle aussi « Courby » ou « Courbis ».

***

Mais je m’égare, hésitant d’aborder un sujet plus piquant. Je souhaite en réalité vous parler d’un légume récemment redécouvert. Un légume qu’en vérité, on n’avait jamais sérieusement étudié. Pourtant c’est un légume très courant, que nous avons qui sous les yeux, qui sous la main.

Oh c’est un légume discret, caché presque sous la surface, tout petit Et caché sous une jolie touffe, herbeuse disons. Et pour le faire apparaître, on a coutume d’y passer le doigt, délicatement, écartant des pétales extérieures comme des lèvres, pour faire apparaître un joli bouton de fleurs, plutôt un bourgeon.

Pour autant qu’on le caresse ainsi adroitement, ce légume se fera plus gros, plus juteux et, disons le mot, plus appétissant, propre à nous appeler à une promenade gustative.

Mais, me direz-vous, ce n’est pas un légume ! Ce n’est pas le bon mot, c’est plutôt un fruit, en apparence un petit fruit rouge !

Bref un légume dénommé le plus souvent par toutes sortes de noms d’emprunt, imprécis mais imagés, qui sont des noms de fruit : un abricot, une prune, que sais-je encore.

Un fruit, j’en conviens, et ce fut ainsi jusqu’il y a peu.

Pour tout dire, les hommes de science ne s’étaient jamais penchés sérieusement sur le sujet, à croire qu’ils se déchaussaient de leurs lunettes quand ils s’approchaient de la chose…

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Petit fruit qui resta donc toujours enrobé de mystère. À la vérité, que de bêtises les hommes ont pu raconter sur ce petit fruit ! Trois petits mots d’histoire…

L’antique Hippocrate estimait que les femmes ont une « semence » : la cyprine, et qu’il leur suffit de jouir pour être enceintes.

Par suite, au Moyen Âge, selon cette doctrine et malgré la profonde méfiance de l’Église vis-à-vis du plaisir charnel, les médecins préconisent des traitements pour assurer une bonne fertilité : enduire d’huile parfumée un doigt et frotter le bouton d’amour dans un mouvement circulaire.

En 1751, un médecin philosophe français, Julien Offray de La Mettrie, , écrit L’Art de jouir, une apologie de la volupté, évoquant le bouton de rose.

Tout au contraire, en 1760, Samuel Tissot, médecin suisse, dénonce vigoureusement la masturbation clitoridienne dans L’Onanisme, dissertation sinistre sur les maladies produites par la masturbation.

Robert Bourguignon, un assistant du chirurgien de Napoléon, exécute plusieurs ablations de clitoris, le considérant déjà comme une excroissance tumorale bénigne.

D’autres scientifiques en prônent l’excision, comme excroissance hermaphrodite, une erreur de la nature en quelque sorte.

Cette manie de l’excision sera pratiquée dans les pays protestants, plus puritains, mais aussi en France, jusque dans les années 1960 ! Qui l’eut cru !

Il s’agissait, prétendait-on, de guérir l’hystérie, la nymphomanie , l’épilepsie, etc.

Alors que d’autres voyaient un meilleur traitement dans le petit massage déjà connu d’Hippocrate… remis au goût du jour vers mai 1968 !

Voilà pour les bêtises masculines.

Ce n’est qu’en 1998, qu’un premier résultat un peu sérieux de recherche mené par une femme, Helen O’Connell, nous est venu d’Australie. Elle avait voulu retrouver chez la femme l’équivalent du « nerf érecteur » présent chez l’homme et avait ainsi relancé un secteur de recherche très négligé.

Et ce n’est qu’en 2009 qu’on va faire la découverte, grâce à la technique du sonographe, utilisée par la gynécologue Odile Buisson, avec l’aide d’un urologue.

Et ce n’est que depuis un an ou deux, que j’ai appris la découverte : non ce n’est pas un fruit de surface, mais c’est tout un légume, qui comporte deux bulbes (cela, on le savait depuis 1668 avec un médecin hollandais, mais on y avait pas attaché d’importance, durant quelques 340 ans), des bulbes qui deviennent avec l’excitation des excroissances qui s’enfoncent bien profondément, sur quelques 10 centimètres.

Et vous, le saviez-vous ? Moi, je l’ai trouvé sur l’encyclopédie du Web !

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J’entends déjà ici les commentaires des jardiniers prétentieux,

s’exclamant : « Comment ! Seulement 10 centimètres ?

Mais chez l’homme, le légume atteint couramment 14 centimètres ! »

Ouh, les prétentieux, n’allez pas trop vite en besogne,

car chez la femme, il y en a deux !

Et dix plus dix, faites le compte, vous voilà méché !

Bien plus, en se gonflant, ce petit légume ouvre un long chemin sous la surface, vers ce nid fameux, qui accroit la fertilité du jardin humain.

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Quand on y pense, c’est proprement incroyable. Nous sommes si souvent passé auprès de ce légume, plongeant notre petit outil, passant et repassant selon notre bon plaisir, et nous n’avons rien vu de cela, résumant le monde à notre propre vision d’homme. Faut-il être bête !

Et c’est bien l’avantage des fruits retrouvés, des légumes oubliés, qui nous fournissent l’occasion d’une « leçon de choses », cette belle expression de jadis pour les leçons simples et pratiques, indispensables à l’enfant comme à l’adulte.

Aujourd’hui je vous en ai évoqué deux : la Courbis et le Clitoris, en français courant la Barbe et l’abricot.

A la réflexion, c’est peut être un autre nom qu’il faudrait adopter pour ce légume/fruit : puisqu’il n’est pas très différent de celui de l’homme, on pourrait désigner le petit fruit des femmes sous le nom de GLAND !

Et vous penserez à tout cela quand vous y goûterez un de ces prochains jours.

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Revenant sur ce sujet, notamment sur la page Wikipédia qui m’avait instruit, je vois qu’elle a fortement évolué depuis 2015 et que ma trouvaille du nouveau nom de fruit pour le clitoris (le gland) était déjà adoptée  par les scientifiques depuis des décennies ! J’ai lu récemment un article sur Mme Helen O’Connel, l’australienne devenue première urologue féminine ; et cet article de commentaire montre que le clitoris est périodiquement « découvert » tout simplement parce qu’il est régulièrement « remis dans le tiroir » par les faiseurs d’opinion scientifique : abandon des illustrations, des références, etc. Une méconnaissance organisée, contre laquelle les chercheures femmes doivent lutter. Cet article est ici.

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Quand un homme prétend « faire son marché »…

(Avec rajout d’un postscriptum) Ainsi donc un homme de 50 ans, faisant le métier de « bonimenteur médiatique » (un saltimbanque de notre société du spectacle) a déclaré tout de go à la question  » Pourriez-vous draguer quelqu’un de 50 ans et plus ? « :

« Ça, ce n’est pas possible. Je trouve ça trop vieux. Quand j’en aurai 60, j’en serai capable. 50 ans me paraîtra alors jeune […] Je préfère le corps des femmes jeunes, c’est tout. Point. Je ne vais pas vous mentir. Un corps de femme de 25 ans, c’est extraordinaire ».

Auparavant, il avait annoncé qu’il n’était plus célibataire depuis quelques mois :

« Je ne sors qu’avec des Asiatiques. Essentiellement des Coréennes, des Chinoises, des Japonaises. Je ne m’en vante pas. Beaucoup de gens seraient incapables de vous l’avouer car c’est du racialisme. C’est peut-être triste et réducteur pour les femmes avec qui je sors, mais le genre asiatique est suffisamment riche, large et infini pour que je n’en aie pas honte ».

Passons sur l’intérêt et la qualité des questions, passons sur les thématiques avancées par un « magazine féminin », passons sur la personnalité du type « sale gamin » de l’interviewé. Et passons sur les répercussions en tous sens que cette déclaration a suscité : on y revient plus loin.

L’intérêt, c’est de voir affirmé le privilège du dominant. Monsieur a ses préférences, Monsieur a ses exclusions, Monsieur a ses choix. Et cela lui parait tout normal. Tout normal de l’afficher sans honte. Son sexisme et son racisme et son âgisme. Monsieur ne cherche pas à rencontrer une personne humaine, une relation qui enrichit sa vie. Non, il a des critères d’âge et de physique. Son idéal ; « un corps de femme de 25 ans ».  Monsieur prétend avoir le droit de « faire son marché ».

Et Monsieur ne voit en cela aucun problème. C’est « tout naturel ». Et bien non, cela ne l’est pas. Il faut se limiter à une objectivation pure de l’Autre pour agir ainsi, sans tenir compte des gouts de l’autre. Il faut réduire sa vie sexuelle à ses fantasmes, sans souci du désir de sa partenaire. Pour ne pas être rejeté, Monsieur préfère s’intéresser à des femmes sans doute doublement dominées, en tant que femmes et en tant que non-blanches. Il peut espérer que leur exaspération devant sa superbe soit moins puissante.

Et cela marche. Cela marche souvent. Souvent même des femmes jeunes avouent préférer un homme dominant. Quitte à se rendre compte plus tard qu’elles ont en fait été abusées, que leur consentement était un simple aveu de faiblesse. Ou même à trouver un compromis déséquilibré mais durable avec quelqu’un qui pourrait être leur père.

Mais cela marche bien moins qu’auparavant. Les déclarations de Monsieur ont provoqué un tollé, même à l’étranger. On voit bien que #MeToo est passé par là : des déclarations qui auraient été source de curiosité ou même de fierté envers l’intéressé lui sont aujourd’hui refourguées dans la gorge. De très nombreuses femmes ont réagi.

Monsieur en a donc rajouté une couche, sans s’excuser du mépris qui traverse ses propos, en estimant que c’est une affaire de gout et, pour sa défense, en se définissant comme un « adolescent névrosé ». Cela excuse-t-il tout ? Non, un tel genre de « sale gamin » mérite assurément une baffe (ou tout autre signal « stop »), surtout s’il a cinquante ans. (On peut s’étonner que ce soit ce types de personnages immatures qui dominent le spectacle médiatique aujourd’hui, et même la littérature masculine, en étalant leur névrose narcissique avec aplomb).

En fait, la plupart des hommes sont aveugles. Ils pensent que leur comportement est la norme. Il sont dans le déni de ce qui est problématique chez eux. Comme tout dominant ne peut ni prendre conscience de son statut ni imaginer qu’il puisse abandonner ce statut.

Post-scriptum. Je n’ai pas voulu dire qu’on ne peut avoir des préférences sexuelles. Tant les hommes que les femmes ont des fantasmes et des désirs qui sont une partie de notre sexualité. Toute sexualité masculine ou féminine comporte une part d’objectivation. Mais rien qu’une part. Et se focaliser sur des « critères » c’est se limiter à cette part fantasmatique. Ou d’ailleurs se limiter à une part de symbolique sociale : se montrer avec (attention : clichés !) une « blonde ravissante » ou une « petite asiatique » devant les copains, cela « flatte » une homme. Se faire voir avec un homme puissant, cela « flatte » une femme. Mais se limiter à ces « parts de sexualité », c’est manquer la part de sexualité qui se fonde sur une rencontre humaine, sur l’écoute de deux désirs et le partage de plaisirs. C’est une sexualité à sens unique, sans préoccupation d’un retour. Beaucoup d’hommes plaideront que c’est le prix de la bandaison victorieuse (d’où le recours au porno). Mais c’est faux : relier la bandaison au seul fantasme, c’est appauvrir le désir, n’avoir pour énergie que l’excitation. Alors que la puissance du désir peut venir après un préliminaire de rencontre et de rapprochement. Bien sûr le fantasme vous chante que « ailleurs l’herbe est plus verte » car il est le rêve d’un objet qui brille.

Mais faire étalage de ses préférences sexuelles réduites au fantasme, c’est écraser toutes&tous les partenaires comme un objet déshumanisé. Si je disais que je voudrais botter le cul à ce sale gamin, non pour stopper son discours mais pour le désir de mon pied pour ses fesses, ce serait odieux.

 

 

 

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Statistiques odieuses

  • « Selon l’Organisation des Nations Unies, une femme sur trois subira des violences au cours de sa vie ;
  • En France, chaque jour, 250 femmes sont violées ;
  • une femme sur trois a déjà été harcelée ou violentée sexuellement au travail ;
  • 16 % de la population a été victime de violences sexuelles durant son enfance. »

Voila les premiers mots d’une tribune portée par #Noustoutes et signée par 250 personnalités pour soutenir cette marche contre les violences faites aux femmes aujourd’hui dans toute la France »

Entendu sur France Culture le 24 novembre 2018, en introduction d’un interview de Manon Garcia qui a publié « On ne nait pas soumise on le devient »

Pour le dire autrement : toutes les six minutes, de jour comme de nuit, un homme viole en France. Plus de 90.000 hommes par an. Sur 25 millions d’hommes adultes (ce qui est compter largement), c’est un homme sur 200.

Tous les jours, les femmes doivent craindre un harceleur ou un agresseur sexuel : un tiers d’entre elles le subira bien un jour. Et un enfant sur six.

 

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Petit bilan d’étape

Ce blog ayant été entamé en novembre 2014, il a quatre ans et quelques semaines. Mais sur le plan statistique, les données sont en années civiles, de sorte qu’on est à l’entame d’une sixième année.

L’année 2018 a donné une nouvelle progression encourageante des visites : 6.800 pages vues par 4800 visiteurs. Soit 1300 visiteurs de plus et 1500 pages vues supplémentaires.

Pourtant la fréquentation a connu une nette décrue vers le mois d’août. Rappelez-vous, suite au scandale Facebook et au nouveau règlement européen de protection des données, il était recommandé de prendre des mesures de protection. Et je suis tombé sur une recommandation, pour qui voulait se protéger de « Google Analytics », d’insérer une application dans son navigateur. Google Analytics est un logiciel qui enregistre votre activité sur le web, et qui en constitue un profil qui peut intéresser les publicitaires. Et Google fournit lui-même une application Google permettant de s’en protéger. Je l’ai donc installée. J’ai immédiatement constaté une baisse importante de la fréquentation. Voici les statistiques de fréquentation, en nombre de visiteurs puis en pages vues et, parmi elles les visites de moteurs de recherche. La chute est sensible depuis septembre (et même déjà la mi-aout :

Janv Fév Mars Avril Mai Juin Juil Aout Sept Oct Nov Déc

423

308

403

714

745

699

697

423

55

156

94

104

522

388

591

1098

1094

921

975

540

108

247

161

194

183

162

194

183

146

150

134

117

33

72

34

69

Mais j’avais été incité à ce changement et cette prudence du fait du surcroit de visites intervenu à partir d’avril :  le double par mois ! 500 visites de plus ! On en était donc à près de 25 visiteurs et 35 pages vues par jour en mai et on est tombé à 3 visiteurs et moins de 6 pages vues par jours en novembre.

Or je ne m’explique pas vraiment cette progression puis cette chute. J’avais supposé que c’étaient les moteurs de recherche qui faisaient des lectures inutiles plusieurs fois par jour (la plupart des lecteurs venaient des USA). J’ai maintenant tendance à penser que le moteur de recherche Google a cherché à me sanctionner pour les avoir privé d’un profil monnayable (le mien et peut-être le votre quand vous venez sur mon blog). Je suis toujours référencé, mais tout en bas des listes de recherche. Mais ces hypothèses que je fais sont peut-être tout à fait erronées.

J’ai cherché à me débarrasser de cette application empêchant le suivi pour voir ce qui se passerait, mais cela n’a pas été possible. De même, je me suis demandé quel était le « modèle économique » de WordPress qui accueille mon site : que faisaient-ils de mes données et de vos données ? Je n’ai pas trouvé réponse à ma question.

En attendant, merci à ceux qui font connaître ce blog, en faisant des liens à partir de leur blog, leur site facebook, de seenthis, etc.

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